MAD MAX 2 : LE DÉFI / THE ROAD WARRIOR (George Miller)

Avant la sortie de Fury Road, un p’tit retour aux fondamentaux !

À l’instar des meilleures suites (Le Parrain 2, L’Empire contre-attaque, Aliens, etc…) cet opus est plus ample et ambitieux, se donnant les moyens de ses ambitions, s’imposant d’emblée comme l’oeuvre phare du genre post-apocalyptique/post-nuke (où il reste toujours inégalé).

L’intro s’avère un modèle de mise en place et d’impact, avec son mélange réussi d’images d’archives et de scènes cruciales du précédent, qui pose tout de suite son ambiance avec cette voix off provenant d’un autre âge.
Le film démarre au quart de tour en présentant la situation et en résumant le background du personnage principal, archétype d’anti-héros solitaire, taciturne et mutique (incarné à merveille par Mel Gibson) du même ordre que Snake Plissken, tous deux héritiers de Blondin/l’homme sans nom de Sergio Leone.

Devenu une figure vengeresse à la fin du premier, sa difficile reconstruction commence avec la rencontre d’un groupe de survivants en mauvaise posture (et se poursuivra dans le mal-aimé Au-delà du dôme du tonnerre).
Max devient une figure légendaire presque abstraite, vu à travers le prisme des souvenirs du gamin sauvage qui se révèlera être également le narrateur de l’histoire, donnant à ce récit des allures de fable intemporelle (un aspect accentué par l’influence des écrits de Joseph Campbell sur la figure héroïque).

Miller et le scénariste Terry Hayes profitent d’un budget largement plus confortable pour dresser le portrait d’un monde en ruines où la loi du plus fort règne.
Là où on ne voyait que les prémisses dans le précédent, le monde a définitivement basculé dans le second, tout reste à reconstruire.
La civilisation n’existe plus, l’humanité est fragmentée en petits groupes qui se combattent dans une course non pas à l’armement, mais à la recherche des denrées rares nécessaires à la survie.

L’intrigue est minimaliste mais hyper efficace, notamment la lutte pour accéder au pétrole de la raffinerie, qui deviendra un fort assiégé pour ses occupants, les indiens et leurs montures étant remplacés par des barbares sanguinaires vêtus de tenues de cuir tendance punks, menés par l’implacable Humungus (au look pour le moins mémorable).
Le supporting cast est également beaucoup plus étoffé, qu’il s’agisse de Pappagallo et sa bande, ou encore le sidekick joué par Bruce Spence qui apporte un peu d’humour salvateur dans cette ambiance pesante.

La réalisation virtuose de Miller imprime la rétine, avec son montage au cordeau et sa gestion du cadre, âpre et nerveux, particulièrement à son aise dans la gestion de l’espace et la représentation d’une violence sèche plus suggérée que véritablement montrée, à quelques exceptions près (le coup du boomerang).
Les courses-poursuites sont tout simplement dantesques, avec ces véhicules aux looks si reconnaissables et au fort pouvoir évocateur, situées dans ces grandes étendues désertiques de l’outback australien qui donnent au film son identité propre, qui a fait date dans la représentation du genre.

Le premier opus est peut être plus intéressant dans son propos avec la montée de la violence dans les deux camps adverses, mais celui-ci compense par son caractère épique et par l’expansion de la mythologie de la saga (ce qui explique en partie qu’il soit le plus populaire de la trilogie).

La réalisation virtuose de Miller imprime la rétine, avec son montage au cordeau et sa gestion du cadre, âpre et nerveux, particulièrement à son aise dans la gestion de l’espace et la représentation d’une violence sèche plus suggérée que véritablement montrée, à quelques exceptions près (le coup du boomerang).

Ce passage est certes violent, mais l’effet est néanmoins amoindri par l’aspect comique de la scène. C’est LA scène qu’on se racontait en boucle avec les potes.

Ou simplement un rapport à l’air du temps, au « zeitgeist », qui pouvait ne pas paraître évident au moment de la sortie, et qui bénéficie d’un baume a posteriori.

Après, en matière de science-fiction / fantastique / horreur / fantasy, il faut aussi compter sur le fait que les œuvres sont souvent consommées par une petite partie de la population, qui voit bien les liens entre l’intrigue et le discours, et de quelle manière ces productions « prévoient » les choses avant tout le monde. J’ai revu le deuxième Mad Max hier, un film qui a trente-huit ans. Qui est sorti quand j’avais douze ans. C’est peut-être mon premier contact fictionnel avec l’idée d’une catastrophe écologique généralisée (quoique, je pense que j’avais vu Soleil Vert et New York ne répond plus avant). Donc pour moi et une partie du public et de ma génération, l’idée d’un monde aride où les céréales ne sont plus cultivées et où les carburant fossiles deviennent l’enjeu de guerres, c’est pas une idée en l’air. Mais revoir le film à une période où l’on chasse le diesel et où l’Australie part en fumée, ça fait bizarre.

C’est une question aussi sérieuse que pertinente.

Jim

C’est une vraie question que je me pose sérieusement. Le côté « Fan » des admirateurs des artistes vont parfois dire qu’en une case, l’auteur a tout résumé, qu’il avait une vision globale tellement en avance sur son temps et qu’il avait imaginé toutes les répercussions …

J’aurais plutôt tendance à me méfier … P.K. Dick a écrit de nombreuses choses et certaines ont servi d’inspiration à des progrès technologiques qui sont survenus des années plus tard. Est ce qu’il a été visionnaire ou source d’inspiration ? Enfin, je me pose souvent cette question parce que pour moi dans la vie d’une oeuvre, il y a sa naissance et ce qu’elle porte en elle mais il y a sa vie derrière et ce qu’en font ceux qui l’utilisent, l’observent … L’exemple des différentes sagas Star Wars est aussi un bon exemple de mon propos.

La nuance est subtile.

Après, quand la (science-)fiction se fait prophétesse, souvent pour le pire, il y a ceux qui estiment que justement, elle a contribué à habituer les gens à un état de fait (selon la théorie de la grenouille dans la marmite d’eau chaude). En gros, si le libéralisme s’est si bien implanté, c’est en partie parce que le cyberpunk a montré par avance un monde crédible dans lequel les multinationales font la loi. C’est un peu ce que Colson et Ruaud ont proposé comme analyse dans Science-fiction : les frontières de la modernité, chez Mnémos. En gros, que la fiction, au lieu d’exacerber la capacité à s’insurger, ne fait que l’endormir, en rendant l’image du futur palpable, concrète, crédible. Donc acceptable.
Rajoutons à cela que la science-fiction est une cible désignée pour les détracteurs (les climato-sceptiques, par exemple, ou les néo-libéraux) qui la pointent du doigt en disant que ce ne sont que des histoires.

Jim

1 J'aime

C’est très intéressant et pour ne pas changer, te lire me donne envie de te lire :wink:
Si j’avais du temps pour lire plus, je sauterais sur l’ouvrage que tu cites rien que pour assouvir ma curiosité mais ma pile de lecture ne fait que croître

Hélas, c’est notre lot à tous.

En fouinant un peu, je retrouve l’expression de Colson : « le monofutur libéral ». Je crois qu’on peut étendre son raisonnement au dérèglement climatique, aussi. En gros, au monde de Blade Runner : on y est.

On a évoqué le truc ici et là.

Jim

1 J'aime

Je n’ai pas votre érudition mais en gros ce sont des prophéties auto-réalisatrices ?
Comme dans Harry Potter !!