MAMORU OSHII: RÊVES, NOSTALGIE ET RÉVOLUTION (Julien Sévéon)

Je connais juste de nom. C’est sorti en DVD par chez nous?

Non, malheureusement, contrairement à “Beautiful Dreamer” dont il existe une belle édition Zone 2.
Par contre il est assez facile (si tu vois ce que je veux dire) d’en dégoter une version VOSTFR sur le Net. Il serait dommage de s’en priver, cette belle parabole “biblique” (le Déluge version S.F. pour ainsi dire) ayant été conçue par Oshii et le grand Yoshitaka Amano (“Vampire Hunter D” pour les designs, mais aussi “Sandman : Dream Hunters” avec Neil Gaiman, et plein d’autres choses…).

La narration est extrêmement singulière : j’ai lu quelque part, et c’est assez vrai, qu’elle repose sur des enchaînements liés au symbolisme et / ou au sens poétique des auteurs, au détriment des connections habituellement “logiques” des plans (la narration cinématographique traditionnelle, on va dire).
Les allergiques à la “lenteur narrative” peuvent s’abstenir par contre, rarement vu un rythme aussi peu trépidant (une constante chez Oshii, mais ici c’est contrebalancé par la brièveté du métrage, 1 h 15 ou quelque chose comme ça…).

Pour ne rien gâter, la musique est sublime, signée par un certain Yoshihiro Kanno, qui oscille entre BO orchestrale classique (mais de toute beauté) et moments autres plus à la Ligeti… La voici d’ailleurs :
classical-music-online.net/en/production/23913

Fortement recommandé donc, et indispensable si tu aimes Oshii (certaines obsessions formelles ou figuratives sont déjà là, la surface de l’eau en guise de miroir, etc…).

[quote=“Photonik”]Non, malheureusement, contrairement à “Beautiful Dreamer” dont il existe une belle édition Zone 2.
Par contre il est assez facile (si tu vois ce que je veux dire) d’en dégoter une version VOSTFR sur le Net. [/quote]

Si tu as un lien à me conseiller par MP, ça m’intéresse, je suis nul pour ce genre de choses.

Du coup, je me suis commandé le blu-ray du premier patlabor (je crois n’avoir vu que des extraits du 2ème film quand j’étais gamin, j’en ai très peu de souvenirs) et le coffret zone 1 Mamoru Oshii : Cinema trilogy collection, qui reprend les trois films Red spectacles, Talking Head et Stray dogs, à un prix raisonnable.

J’ai aussi Tachiguishi en attente de visionnage, mais les 30 premières minutes vues il y a quelques mois (années?) étaient très encourageantes.

Aussitôt dit, aussitôt fait !!

Les deux premiers “Patlabor” sont mortels (j’ai le coffret DVD avec les trois, mais le troisième, très beau, n’est pas de Oshii) surtout le deuxième, à l’intrigue assez complexe, rien de rédhibitoire cela dit.

Par contre, je n’ai pas entendu que du bien sur les films en prises de vue réelles de Oshii (pré-“Avalon”, j’entends), mais ils m’intriguent aussi, il va falloir que je me laisse tenter…

“Tachiguishi”, c’est le film qui vient juste avant “Skycrawlers” chronologiquement, non ? Ca aussi ça va aller sur ma liste…

C’est ça, c’est l’ovni moitié film d’animation (animation réalisée à partir de plusieurs centaines de photos de gens de l’entourage d’Oshii comme le compositeur Kenji Kawai, le producteur Toshio Suzuki, etc…), moitié documentaire, qui retrace l’évolution du Japon de l’après guerre jusqu’à nos jours en suivant le parcours de sept personnages experts dans l’art de manger sans payer dans des restaurants semblables à des fast foods. C’est très dense en information et ça m’avait semblé très intéressant sur le fond, en plus d’être original sur la forme.

Sacrément original, en effet (en tout cas sur le papier). Merci du tuyau, je vais checker ça !

Avalon, je suis très fan. c’est un peu la réponse d’Oshii à la façon dont Matrix avait pillé GITS. donc rien que pour ça, ça me fait rire. et puis plastiquement, c’est absolument épatant, avec un côté Tarkovski dans la photographie.

Absolument, on sent qu’il a attentivement étudié le “Stalker” de Tarkovski avant de travailler la photo de son film, avec une idée géniale (le niveau de réalité le moins “réaliste” est dotée de la photo la plus “naturaliste”).

et puis les explosions en 2D scrollée, et la façon dont les persos naviguent dedans, c’est juste incroyable.

Là , en vous lisant , je me rends compte que cela fait des mois que j’ ai " Avalon " et que je ne l’ ai toujours pas regardé . :unamused:

En tout cas , ce que vous racontez des autres films donne bien envie aussi . :wink: Je note tout ça , merki les gars .

Nouveau report: l’ouvrage est maintenant annoncé pour le 15 novembre.

Et merde, je l’avais pré-commandé !! Pas grave, y’a une pile de lectures en attente au pied du lit…

C’est un ouvrage passionnant, qui aborde les thématiques et obsessions hantant les travaux de Mamoru Oshii par le biais d’une analyse exhaustive, tous médias confondus.

Des premières années commerciales, où il apprenait les différents rouages du métier d’animateur au sein du studio Tatsunoko, en passant par l’éclosion de son style si caractéristique, fait de séquences contemplatives et de réflexions profondes sur la mutation du Japon d’après-guerre, avec Urusei Yatsura : Beautiful dreamer, jusqu’à la consécration internationale avec le film Ghost in the Shell, le livre offre un panorama complet du chemin parcouru par Oshii, dont une bonne partie de la production (romans, mangas, la saga des Kerberos, etc…) reste inédite sous nos latitudes. Même ses projets les plus iconoclastes, comme le pavillon Open your mind mis en scène par Oshii dans le cadre de l’exposition universelle de 2005 ou sa comédie musicale adaptée du manga Tetsujin 28, sont décortiqués.

L’iconographie est riche et Julien Sévéon réussit à disséquer avec une grande clarté la richesse de l’oeuvre d’Oshii, convoquant tour à tour nombre de références cinématographiques (Chris Marker, le cinéma polonais, etc…) et littéraires mêlées au parcours chaotique personnel qui a forgé le caractère du cinéaste. L’auteur n’oublie pas de resituer les développements sociaux et politiques du Japon (la présence militaire et le capitalisme américain, les affrontements entre forces de l’ordre et factions dissidentes du parti communiste qui ont secoué le pays entre les années 1960-1970, le spectre de la remilitarisation du Japon, la course à la croissance au détriment du passé, etc…) pour bien mettre en lumière leur influence sur les préoccupations du cinéaste, souvent peu enclin à donner des clés de compréhension de son œuvre, préférant laisser le public se forger sa propre idée.

Par ailleurs, concernant les deux films Patlabor, il est intéressant de préciser que les récentes éditions de Kaze bénéficient de nouvelles traductions (pour les sous-titres uniquement), qui sont sans doute plus fidèles au sens des dialogues originaux. Par exemple, Sévéon a remarqué qu’une scène clé de Patlabor 2, celle ou l’envoyé de la SDF, Aramaka, disserte sur les notions de guerre juste et de paix injuste (le Japon maintenant la paix à l’intérieur de ses frontières alors qu’il participe à des guerres hors de ses frontières), avait bénéficié d’une traduction erronée dans les précédentes versions, comportant une référence aux nazis qui n’existe pas dans les dialogues japonais.

Pour finir, on apprend également que Julien Sévéon prépare un autre ouvrage sur Satoshi Kon qui devrait sortir en 2013, toujours chez l’éditeur Imho.

Ton post fait chaud au coeur.
Déjà, tu donnes grave envie de dévorer le bouquin sur Oshii, ça tombe bien je le récupère ce week-end.
Je suis particulièrement curieux de ce que dit Sévéon de la période des 60’s / 70’s que tu évoques et qui semble avoir baigné Oshii : c’est peu connu, mais le Japon aussi a eu sa nouvelle vague, et de tout premier ordre. Les films de Wakamatsu et Yoshida sont absolument stupéfiants, par exemple. Politiquement ils étaient d’ailleurs proches de Oshii, donc.

D’autre part, tu m’apprends l’excellente nouvelle d’un ouvrage consacré au regretté Satoshi Kon, très grand cinéaste, il y aura de quoi disserter là aussi (j’ai une faiblesse pour “Paprika”, mais tout ce que j’ai vu de lui est mieux que bien). J’ai sa série “Paranoïa Agent” en attente près du lecteur DVD.

Koji Wakamatsu est cité, au moins par le biais du documentaire *Armée Rouge – Front de Libération Palestinien – Déclaration de guerre mondiale * et de son film *United Red Army *qui témoignent de cette période troublée. J’ai trouvé que Sévéon faisait des convergences intéressantes (difficile d’en citer plus sans remettre le nez dedans parce c’est plutôt dense), en abordant aussi le cinéma underground japonais qui s’est développé en marge de la production des grands studios. Un exemple parlant, qui montre la connaissance de Sévéon sur le Japon et l’esprit subversif d’Oshii même avant d’être reconnu, provient d’un épisode de la série Lamu, dans lequel un des élèves (le sportif qui fait son entrée dans la série en sautant en parachute) fait un discours pour protester contre le corps enseignant, qui veut interdire aux élèves de manger dans des restaurants en dehors de l’école (je crois que c’est le contexte de l’épisode). Et bien, c’est une citation visuelle au discours de l’écrivain Yukio Mishima devant les forces de l’ordre, qui s’est suicidé juste après en se faisant seppuku.

Très très intéressant tout ça, décidément.

Je n’ai encore jamais vraiment été stupéfait par la finesse des analyses de Sévéon, mais son érudition cinéphilique force le respect.
En outre, je le soupçonne (façon de parler, parce que ça me le rend sympathique en fait) d’être sur la même longueur d’ondes politique que Oshii…

Pour Wakamatsu, si certains de ses films (je crois que sa filmographie comprend plus de…100 long-métrages (!), ce qui commence à faire) des années 60 sont incroyables (le fameux “L’Embryon part braconner” dont la ressortie a relancé en France l’intérêt pour son travail, et surtout mon petit préféré “Va, va, Vierge pour la deuxième fois”, quel étrange titre n’est-ce pas), il faut voir l’un de ses derniers films, “United Red Army” donc, qui est un objet filmique et politique absolument passionant, où Wakamatsu fait en quelque sorte la critique de la critique révolutionnaire, dans un film aux séquences hallucinantes, vraiment.

[quote=“Photonik”]Je n’ai encore jamais vraiment été stupéfait par la finesse des analyses de Sévéon, mais son érudition cinéphilique force le respect.
En outre, je le soupçonne (façon de parler, parce que ça me le rend sympathique en fait) d’être sur la même longueur d’ondes politique que Oshii…
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C’est possible, mais même si on sent que c’est quelqu’un de passionné et convaincu par le travail et les thématiques d’Oshii, il n’est pas non plus dupe de certains aspects troubles du cinéaste: une certaine fascination pour l’armement et les véhicules militaires en dépit d’une aversion profonde pour les forces de polices, l’imagerie nazie à laquelle renvoie les armures des membres de la POSEM dans Jin roh, et dans la saga Kerberos en général, qui peut prêter à confusion et une certaine misanthropie de plus en plus prononcée du réalisateur.

Concernant l’analyse de Julien Sévéon, elle m’a parue très pertinente et convaincante dans l’ensemble (même si je ne partage pas son enthousiasme pour le Sukiyaki Western Django de Takashi Miike), proposant de nombreuses clés et niveaux de lecture pour aborder les oeuvres d’Oshii, tout en reconnaissant avec humilité qu’on ne peut objectivement pas prétendre à une totale compréhension du travail du cinéaste. Par exemple, ses différentes grilles de lecture d’Avalon m’ont semblées très intéressantes: le film peut symboliser le passage du bloc de l’ouest vers l’est, du communisme au capitalisme occidental (quand Ash pénètre dans la classe réelle, Oshii filme des pubs pour des marques comme coca cola ou nivea), la tentative d’une IA de s’extraire du programme où elle est née, etc… Je ne suis pas cinéphile et j’ai une connaissance très limitée du cinéma et de la culture japonaise, mais j’ai trouvé qu’il réussissait à bien remettre dans le contexte de l’oeuvre d’Oshii tout ce qui a pu marquer ce dernier, que ce soit dans sa vie personnelle ou dans ses influences cinématographiques et littéraires (allant chercher des connections avec des oeuvres et des écrivains dont je n’avais jamais entendu parler).

Et c’est un livre qui m’a donné envie de (re)découvrir les oeuvres d’Oshii, de The red Spectacles à The sky crawlers, ce qui est plutôt bon signe. C’est vraiment dommage que les OVA Patlabors ne soient pas disponibles chez nous et que ses mangas Kerberos ne soient pas traduits.

Je connais Wakamatsu de nom seulement, mais United Red Army m’intéresse grandement.

Fonce.

Une série épatante, tant par la qualité de son animation que de ses histoires, Satoshi Kon y développant encore une fois ses thèmes de prédilection comme les travers de la société nippone, la recherche d’identité ou encore le rapport fantasme/réalité. L’épisode dans lequel deux policiers procèdent à l’interrogatoire d’un jeune ado coupé de la réalité (il s’épanouit dans des univers de jeux vidéos) est dément: une bonne partie de la trame met en scène les deux policiers transposés dans un univers fictif de jeux de rôles, essayant de suivre le garçon dans son délire et de dégager des éléments de vérité dans ses propos en l’accompagnant dans ses aventures.

Quelques curiosités réalisées par* Mamoru Oshii* dans le courant de la dernière décennie.

En 2010,* Mamoru Oshii* est contacté par le groupe de musique Glay pour réaliser le clip d’une de leurs chansons, intitulée Je t’aime.* Oshii* accepte mais va s’employer à raconter une histoire pour le moins atypique: dans un Tokyo visiblement abandonné, un chien errant (un basset, bien entendu) recherche le contact d’humains et va tenter de nouer une relation avec un… cyborg.

En cherchant sur Daily Motion, il semble que Glay ait souvent fait appel à des gens du monde de l’animation pour réaliser leurs vidéo-clips. En voici un conçu par Koji Morimoto: Survival.

Toujours en 2010,* Oshii *et le studio Production IG sont engagés par Panasonic pour réaliser une vidéo de promotion pour un de leurs téléviseurs 3D. Le résultat est un court clip animé entièrement réalisé en 3D CGI de moins de 5 minutes, et qui a pour particularité de mettre en scène des personnages du manga Cyborg 009 de Shotaro Ishinomori dont les designs sont actualisés pour l’occasion. Les premières images ont des accents d’Avalon, avec les tons oranges, les hexagones et la mise en place de la carte virtuelle où va se dérouler l’action. Le tout est soutenu par la musique très rythmée de Kenji Kawai.

Par la suite, le réalisateur* Kenji Kamiyama* (Ghost in the shell : Stand alone complex) assurera la réalisation d’un film 009 RE : Cyborg, avec une animation plus dans le ton des derniers films de Production IG comme The Sky Crawlers (personnages modélisés en 2D et animés dans des décors en 3D), qui devrait sortir en 2013:

En 2007, dans le cadre du projet Ani Kuri 15 produit par la chaîne de télévision NHK,* Oshii* réalise une courte vidéo d’animation d’une minute, dans laquelle une sirène voyage vers la “réalité”:

Parmi les réalisateurs conviés pour les différents segments d’Ani Kuri 15, on trouve des gens comme Satoshi Kon, Shoji Kawamori ou encore Kazuto Nakazawa. Les segments sont visibles sur youtube.

Voici le segment réalisé par le regretté Satoshi Kon: