MARBLE HORNETS (Troy Wagner)

Alex, étudiant en cinéma, a travaillé pendant des mois sur un film, “Marble Hornets” ; mais présentant des signes croissants d’anxiété et d’agressivité, il abandonne le projet et cherche à détruire toutes ses bandes. Il déménage même, non sans confier avec réticence les fameuses bandes à son ami Jay, également étudiant en cinéma.
Celui-ci, en visionnant les bandes, comprend vite qu’Alex filmait aussi bien des bouts d’essais que sa propre vie, bientôt perturbée par l’intrusion d’une mystérieuse entité, The Operator, qui semble suivre le jeune homme. Jay se met à enquêter, et à produire lui-même ses propres bandes. Sa vie aussi ne va pas tarder à être bouleversée…

“Marble Hornets” est une web-série créée par Troy Wagner, co-signée par ses soins et ceux de Joseph DeLage, qui occupent aussi les rôles principaux. La série se présente sous la forme de trois saisons composées chacune de quelques 40 vidéos postées sur Youtube. Les vidéos en question durent de quelques secondes à plusieurs minutes (bonne idée que de ne pas avoir formaté la durée de chaque épisode) et se partagent en deux catégories : celles de la chaîne Marble Hornets, censées être le fait du héros Jay, et celles d’une mystérieuse chaîne anonyme, Totheark. Evidemment une fiction, mais qui se donne beaucoup de mal pour fleurer bon l’authenticité. On est là au coeur du concept.

“Marble Hornets” met en scène une légende urbaine, on peut dire un mème, même (hé hé), né sur le forum du site “Something Awful” en 2009. Lors d’un concours de photos paranormales truquées, un forumer habile invente le Slender Man, sorte de croque-mitaine voleur d’enfants en costume cravate, aux bras anormalement longs et au visage indistinct. Piquant aussi bien à toutes les sources imaginables du “fakelore” (on pense aux Men In Black, mais aussi à Lovecraft et ses successeurs) ou de la mythologie (on pense aussi au Roi des Aulnes), sa création est suffisamment impactante pour se diffuser largement sur le net. Jusqu’au trouble, puisque le nom du Slender Man a été cité par deux adolescentes criminelles perturbées aux Etats-Unis, encore très récemment.

La web-série met en scène ce terrifiant bad guy, rebaptisé “The Operator” pour des raisons de droits on l’imagine.

Premier obstacle en vue pour le spectateur potentiel : sur le papier, ça fait très peur mais pas dans le sens où il faudrait. Les références immédiates, puisqu’on a affaire à du found footage, c’est “Blair Witch” et “Paranormal Activity” : pas spécialement de quoi rassurer. Après la lecture d’un ou deux papiers élogieux (même le regretté critique de cinéma Roger Ebert a adoré), je me suis décidé à me lancer, et je ne l’ai pas regretté (je n’ai vu que la première saison à ce stade). Je dis ça à l’attention des allergiques au found footage, que je sais nombreux.

Deuxième obstacle, et pas des moindres : la forme est, euh, raide. On a là affaire à un travail amateur. Budget de la saison 1 : 500 dollars. Oui vous avez bien lu. Défenseur acharné du petit budget et pourfendeur des pleureuses du circuit pro (je schématise mais pas beaucoup), je ne peux que saluer le travail des deux jeunes auteurs. Avec une boîte d’allumettes vide et deux planches, et un caméscope (pourri) quand même, “Marble Hornets” fout les jetons, pour peu qu’on accepte de jouer un peu le jeu. Exploitant assez peu son dispositif de mise en abyme, jouant la carte d’un certain classicisme dans ses rebondissements à ce stade, la série offre quelques scènes authentiquement réussies, malgré l’aridité de la facture. Si les mystérieux interludes de l’autre chaîne fantôme (brrrrr) sont beaucoup plus chiadés, et parfois même vraiment flippants, les scènes “normales” sont vraiment hardcore dans le genre tournées à l’arrache… Moi je supporte assez bien.
Poussant l’archaïsme assez loin, les auteurs s’appuient de plus sur un système de cartons explicatifs omniprésents, comme au bon vieux temps du muet.

Ce qui fonctionne vraiment bien, c’est qu’il y a une vraie écriture derrière tout ça. Les mecs ont pensé leur truc. Dans l’esprit, ça me paraît assez proche de “Lake Mungo” qui jouait très intelligemment la carte du documenteur.
Formellement, c’est au niveau du son (voilà un truc qu’on peut rendre intéressant sans avoir forcément de la thune, la preuve) que ça assure : les auteurs ont retenu la leçon de “La Maison du Diable” de Robert Wise, ou plus proches de nous, de la franchise video-ludique “Silent Hill”. Sans raison apparente à l’écran, le traitement étrange du son provoque d’authentiques moments de malaises, faisant turbiner à fond l’imagination du spectateur.
Et si le Slender Man n’est pas aussi effrayant que semblent le croire tant d’internautes (même si j’avoue trouver cette histoire de mème assez fascinante…), Wagner et DeLage ont le bon goût de n’user qu’avec parcimonie de leur atout maître.

La très mauvaise nouvelle de l’affaire, ce n’est pas tant que ce soit terminé (la longueur du truc semble judicieusement calibrée), mais plutôt qu’Hollywood ait décidé de se pencher sur une adaptation. Les adorateurs zinzins du Slender Man se réjouissent peut-être du passage à un plan supérieur d’existence de leur monstre chéri, mais encore faut-il préciser que ce sont les immortels auteurs de “Paranormal Activity” qui se chargent de torcher l’affaire : voilà qui pour le coup fait authentiquement peur.
Brrrrrrrrr…

Je suis en train de regarder et effectivement,c’est excellent.

Ah cool, tu as tenté le coup alors…
Et que penses-tu de la facture “misérable” (au niveau du budget j’entends) du show ? Pas trop gênant ?

Non,ça va,ça ne me gène pas.

Vu que c’est censé être un found foutage,ça passe plutôt bien.

On ne voit pas assez the amazing Slenderman…Je veux the Operator,en revanche.

Mais je n’en suis qu’à la saison 1(vost).

Tant mieux qu’on ne voit pas trop “the Operator / Slenderman”, c’est plutôt malin de la part des auteurs d’être économes sur ce type d’effets “chocs”…

[quote]La très mauvaise nouvelle de l’affaire, ce n’est pas tant que ce soit terminé (la longueur du truc semble judicieusement calibrée), mais plutôt qu’Hollywood ait décidé de se pencher sur une adaptation. Les adorateurs zinzins du Slender Man se réjouissent peut-être du passage à un plan supérieur d’existence de leur monstre chéri, mais encore faut-il préciser que ce sont les immortels auteurs de “Paranormal Activity” qui se chargent de torcher l’affaire : voilà qui pour le coup fait authentiquement peur.
Brrrrrrrrr…
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Le film est sorti en début d’année aux States dans l’indifférence générale. Je ne me rappelle même pas avoir vu une info signalant sa sortie…

Voici la bande-annonce :

Ouh la, la BA fait très très peur…mais encore une fois pas dans le sens où il faudrait. :wink:

Etre compréhensif sur la pauvreté de la forme pour une web-série, passe encore, mais des plans aussi indigents pour une sortie ciné, c’est vraiment plus possible compte-tenu des canon actuels. Les passages censés faire peur ont l’air accablants…

“Marble Hornets” restera donc une bonne web-série à défaut de devenir autre chose ; c’est déjà très bien.

Et encore,je suis sur de l’avoir loupé à certains moments.

Il faut dire qu’il est bien caché…