MARCHE OU CRÈVE (Francis Lawrence)

Hé bé ca vend pas du rêve

Et comme souvent la BA ne restitue pas les qualité réel du film.

Je n’espérais pas grand chose de l’adaptation tant elle me semblait difficile dans la restitution de sa violence extrême mais aussi d’un rythme lent le tout pour un récit portant sur l’introspection.

Et pourtant le travail d’adaptation est d’une efficacité redoutable rappelant à la fois l’origine et l’époque du livre (mais qu’elle idée fabuleuse que de faire en sorte que les numéros des participants évoquent les plaques des militaires) tout en restant intemporel.

Le film compose surtout avec un budget modeste dont découle des choix cruciaux (moins de participants et quasiment pas de publique) permettant de retrouver l’intérêt du livre, celui d’être happé par la vie d’un groupe de personnage dont on sait la fin inévitable.

Avec un très beau travail sur les décors, Marche ou crève restitue totalement bien l’extrême solitude des jeunes gens et leur envie inconsciente de mourir en procédant judicieusement à des mélanges de personnages du livre et en osant de gros changements permettant au connaisseur du roman de tomber à nouveau dans l’incertitude jusqu’à la fin.

Au final je me demande si je ne préfère pas le film au roman

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Note : Je précise d’emblée que je n’ai pas lu le roman de Stephen King (ou Bachman peu importe). Ma critique s’appuie uniquement sur le film en tant qu’œuvre cinématographique, et sur une comparaison qui s’impose d’elle-même : On achève bien les chevaux de Sydney Pollack.

Autant le dire tout de suite : je n’ai pas aimé. Ce qui m’a le plus dérangé, c’est le traitement outrageusement « adolescent » et hollywoodien d’un thème qui exigeait pourtant une noirceur absolue.

La mise en scène commet une erreur fatale dès les premières minutes : elle est bien trop propre pour susciter la moindre croyance. Le pacte d’immersion est instantanément rompu. On nous montre un soleil accablant, mais aucune sueur ne perle sur les visages. Tout au plus, à un moment donné, un personnage arbore un t-shirt légèrement humide — le genre de trace que l’on a après avoir coupé dix bûches dans son jardin, pas après avoir marché 50 kilomètres sous un soleil de plomb. Pas un cheveu n’est trempé, tout au plus une fois une gourde est vidée sur la tête. Tout le long du film, les acteurs restent frais comme des gardons, ruinant définitivement ma suspension d’incrédulité.

C’est là que la comparaison avec le chef-d’œuvre de Sydney Pollack fait mal. Dans On achève bien les chevaux, on ressentait physiquement la tension des participants, leur fatigue crasse, leurs blessures et leur agonie. Ici, les mecs se baladent tranquillement en se racontant des histoires. Quand ils ne parlent pas, le scénario meuble le vide par une succession de « fuck » stériles qui n’apportent rien. Les personnages ne semblent traverser aucune douleur physique ou mentale, sauf au moment précis où le scénario décide qu’il faut en éliminer un. La souffrance est traitée comme une anecdote technique : un coup de projecteur opportuniste sur une entorse ou une envie pressante, et puis rideau.

Pourtant, la réalité d’une telle épreuve est biologique. Après des centaines de kilomètres sans dormir, le cerveau lâche : on hallucine, les démarches chancellent et l’esprit régresse. À ce stade, les garçons ne devraient plus avoir les capacités cognitives nécessaires pour tenir des discours philosophiques sur la camaraderie. Le film montre un seul personnage (celui qui mâche sa gomme) sombrer dans cet état de zombie. C’est une aberration : ils auraient tous dû finir ainsi.
À cause de cette propreté artificielle, on ne ressent jamais le calvaire de ces jeunes. De plus, en focalisant l’attention presque exclusivement sur le duo de protagonistes principaux, le réalisateur sacrifie le reste du groupe. On ne s’attache à personne, et les exécutions successives nous laissent totalement indifférents. Sans surprise, on devine la fin à des kilomètres.

L’autre grand rendez-vous manqué du film réside dans son absence de contexte. Passé une rapide introduction et une scène sur le père du héros, le film évacue toute dimension politique et sociale. Qu’en est-il du public ? Que ressentent ces gens ? Que veulent-ils et comment ont-ils été conditionnés pour regarder des adolescents mourir en direct ? Le film fait l’impasse sur ces questions cruciales. Ce ne sont pas les trois figurants sur le bord de la route qui changent quoi que ce soit. On nous répète que l’événement est ultra-médiatisé et populaire, mais l’écran nous renvoie une ambiance intimiste, presque déserte. Où sont les caméras ? (oui sur la voiture, mais une seule). Où est la ferveur barbare de la foule ?

Cerise sur le gâteau d’un final totalement raté : le déclenchement des feux d’artifice au moment de la victoire. Le film se prend les pieds dans son propre concept. On nous répète qu’il n’y a pas de ligne d’arrivée et que le jeu s’arrête simplement là où le dernier marcheur s’effondre. Comment les organisateurs ont-ils pu prévoir de la pyrotechnie pile à cet instant T et à cet endroit précis de la route ? Cette énième facilité hollywoodienne achève de briser le réalisme. Le réalisateur a préféré s’offrir un plan spectaculaire plutôt que de respecter la logique de son propre univers.

Qu’il s’agisse de contraintes budgétaires ou d’une volonté farouche d’éviter la redite avec Hunger Games, le réalisateur a choisi d’édulcorer son œuvre. En refusant de filmer la déchéance des corps et la monstruosité du voyeurisme social, le film passe complètement à côté de son sujet. C’est juste un survival adolescent linéaire et profondément ennuyeux. Dommage.

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Au-delà du clin d’oeil à On achève bien les chevaux, les références qu’avaient le jeune Stephen King lorsqu’il a écrit Marche ou crève allaient des longues marches de la mort subies par les victimes du régime nazi pendant la seconde guerre mondiale à l’enrôlement des jeunes américains pour le Vietnam…et il est assez judicieux dans ce contexte que les numéros des marcheurs ressemblent à des plaques militaires.
Dès le début, il règne une atmosphère irrespirable dans ces Etats-Unis dystopiques, à peine allégée par les scènes qui voient le noyau principal, les « mousquetaires », nouer une amitié dont on sait bien qu’elle ne peut être qu’éphémère. La Marche fonctionne alors comme une allégorie de ce qu’est devenu le pays…c’est triste, morne, les populations sont espacées et miséreuses, pour moi il n’y a pas besoin d’en faire trop sur ce qu’il y a autour car l’essentiel c’est le cauchemar physique et mental que vivent des adolescents qui n’ont aucun espoir malgré la promesse d’un prix au bout de ce qui ressemble surtout à un suicide collectif.
On peut avoir des visions différentes d’un film, d’une histoire…et l’avis ci-dessus le montre bien. Pour ma part, je trouve que la fatigue croissante des participants est bien restituée, peut-être au-delà de la suspension d’incrédulité (comme le fait de dormir et de rêver en marchant) mais ça ne m’a pas gêné. Les portraits sont bien campés, l’ambiance est désespérée et l’état de fatigue est important, certains ne tenant plus qu’à un fil tandis que d’autres lâchent, n’attendant plus que la mort ou la provoquant quand ils ne tiennent plus. Le film n’est pas « propre », il tient bien son sujet jusqu’au bout et jusqu’à une dernière scène différente du roman tout en possédant son propre niveau d’interprétation. Fort, très bien interprété…et au rayon des adaptations de King, meilleur que le Running Man d’Edgar Wright qui était sorti le mois suivant…

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