MESSALINE (Luca Blengino / Antonio Sarchione)

Il est pas mal du tout, cet album.

Le récit s’ouvre sur l’assassinat de Messaline (dont le commanditaire sera révélé à la fin de l’album). Comme dans Sunset Boulevard, le narrateur en voix off, c’est la victime elle-même, qui porte un regard sur son destin et retourne dans le passé raconter son parcours, donnant son éclairage personnel à ce qui lui arrive, aux événements qu’elle a vécus et aux personnages qu’elle a croisés. Bien entendu, si ce n’est pas embelli, le scénariste en profite pour placer entre le lecteur et l’héroïne le propre filtre que celle-ci propose : après tout, les événements sont vus par ses yeux.

Blengino amène une astuce intéressante, un dialogue irrégulier entre Messaline et son reflet, qui est à la fois une manière de manifester ses psychoses et une trouvaille permettant de décrypter les intrigues et les intentions. La voix off est plutôt réussie (avec notamment une très chouette dernière planche qui se conclut sur un cri du cœur aux connotations presque méta). Vraiment c’est chouette.

On pourra reprocher à l’album un manque de relecture, de finesse en post-production. Une coquille par-ci, une ou deux bulles mal orientées par-là, des élisions un peu abruptes qui donnent une tonalité un peu familière là où l’on s’attend à ce que les protagonistes aient un langage soutenu (souci de traduction ou d’adaptation du script de Luca ?), des personnages qui changent de nom au fil de l’album (« Silan » qui devient « Silane » ou « Silanus »), bref autant de détails qui témoignent que les corrections n’ont pas toujours bénéficié du soin nécessaire. Les dernières planches affichent quelques cases rapides (tant par le dessin que par le lettrage) qui laissent imaginer des délais qui se raccourcissent un peu trop. Dommage, sinon l’album serait parfait.

Jim

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