METROPOLIA t.1-2 (Fred Duval / Ingo Römling)

je bosse je lis en diagonale.

Et tu vends en diagonale aussi ?:grin:

J’allais poser la question !
:wink:

Jim

Reste à savoir si c’est la même.

vu que les gens sont en vacances oui aussi :wink:

Font chier ces vacanciers !

pourquoi ?

T’inquiète, Soyouz n’aime personne, en ce moment, ni les touristes, ni les vacanciers…
On dirait moi.
Ça fait peur.

Jim

Surtout que le vacancier parisien, il vient en Bretagne !
Et ça prend de la place sur les routes, un vacancier parisien.

(quoi ? Je suis en vacances, moi ? Ouais, mais je ne viens pas en région parisienne pour ça, voyons !)

Faut que j’arrête d’aller en Normandie, moi !

Il m’est arrivé de le faire. Paris, entre le 15 juillet et le 15 août, c’est en général vachement sympa : moins de bagnoles, moins de bruit…

Jim

Moins de Parisiens…

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Sinon, revenons à des choses quand même plus intéressantes.

Je finis donc mon cycle (mini ou maxi, comme vous voulez) Römling.
Alors, c’est rigolo, parce que quand j’ai commencé à lire et que j’ai vu le contexte politique de cette époque, avec cette gestion d ela ville par Metropolia, j’ai pensé à Serge Lehman (du moins, ses livres). Et quand j’ai vu l’intrigue se dérouler, notamment le « vilain », j’y trouve donc une certaine filiation entre les deux auteurs, avec ce titre.
Et j’aime bien que le quotidien se mêle à l’intrigue. Alors, évidemment, ça sert également à donner des indices pour la résolution, mais cela dit, que l’intrigue s’appuie sur du réel de cette époque et non sur celle de notre époque, c’est quand même mieux. Et pour autant, les thématiques évoquées sont complètement en lien avec ce qu’on vit actuellement (IA, gestion de l’énergie, etc… et comme par hasard, s’il y a moins de déplacement, on parle aussi moins de pollution). Donc, ça parle des choses, mais sans que ça paraisse déprimant (là aussi, de mes lectures récentes, ça me fait penser à Vega). Et puis ce futur a un côté crédible, je trouve.
Donc, certe, l’intrigue manque peut être d’un côté palpitant, mais c’est le problème des histoires en 56 pages, pas de cliffhanger, donc y a un effet d’attente qui ne peut exister, mais c’est quand même généreux, avec en plus, la difficulté de présenter une autre époque.
Et puis le dessin … ça envoie du bois. Très généreux, dynamique et vif quand c’est nécessaire. Et énormément de détails (la dernière pleine page, c’est quelque chose), on sent la maîtrise technique sans esbroufe.
(par contre, j’ai pas compris où était ce mur de Berlin virtuel… pas bien vu)

Alors, c’est peut être pas la BD de l’année, mais je trouve qu’il sort une SF intéressante et je suis très curieux de lire un prochain tome.

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Fred Duval et Ingo Römling réinvestissent la sphère du cyberpunk, un genre qui a explosé au début des années 1980, qui a laissé de colossaux jalons, que ce soit littéraires comme Neuromancien et une grosse partie de la production de William Gibson, ou cinématographiques comme Blade Runner, Johnny Mnemonic voire Matrix. Mais qui, somme toute, semble un peu en déshérence depuis quelques années, y compris en BD. Ça peut s’expliquer par deux raisons, la première étant que la technologie a commencé à rattraper la littérature, la seconde étant que la ressemblance entre la réalité et la fiction a peut-être étouffé dans l’œuf l’imagination « futur proche ».

On le rappellera, Duval avait déjà exploré le cyberpunk à ses débuts de carrière, puisque des séries comme Carmen McCallum ou Travis étaient clairement inscrites dans le genre (au même titre que les productions de son compère Pécau dans le label « Série B », au demeurant). Le scénariste, qui a ensuite privilégié d’autres genres, dont l’uchronie ou le thriller, semblait avoir fait le tour de la question. Et c’est là que Metropolia se distingue et apporte un truc différent.

Parce que oui, bien sûr, on a les clichés du genre : un enquêteur, une ville, des corps modifiés, l’électronique partout, un monde où la pensée capitaliste demeure. Et Duval s’amuse d’ailleurs à multiplier les clins d’œil, notamment envers la littérature policière, en faisant se bousculer au portillon des personnages classiques : le fouineur solitaire, le policier désabusé et son équipière décalée, l’amour transi et lointain, la voisine démerde… On est clairement, ici, dans un jeu de subversion des éléments d’identification : en gros, le scénariste nous envoie plein de clins d’œil comme pour nous avertir de nous en méfier, il parsème son récit de choses convenues afin de mieux nous surprendre.

L’histoire elle-même est classique, avec son lot d’assassinat dissimulant une arnaque au foncier (d’une certaine manière, Chinatown n’est pas loin). Donc ce n’est pas dans l’intrigue policière qu’il faut chercher l’argument choc (d’autant que, à bien y réfléchir, le méchant de l’histoire abat ses cartes un peu vite et que ses motivations sont peut-être un peu légères, mais dans un polar, comme dans d’autres genres, la résolution du mystère est souvent moins grisante que le mystère lui-même). Non, là où l’album tape juste, c’est en recyclant les poncifs du cyberpunk dans un univers où l’on tient compte des évolutions de notre société. Duval et Römling dépeignent un monde où la classe moyenne est à vélo et vit de missions précaires, où les pouvoirs en place (qui ne semblent pas remplacés par la sphère du privée, grosse rupture avec le cyberpunk eighties) subventionnent les mobilités douces dans un réchauffement climatique accepté de tous, où le soutien étatique crée de nouveaux marchés, une énième mercantilisation, et donc de nouvelles possibilités d’escroquerie (le mystère est en cela lié à l’univers décrit, et c’est bien joué). Et les auteurs multiplient les modernisations, notamment par le biais des objets connectés, de l’art virtuel, des cryptos monnaies ou encore du bornage, autant de nouveautés qui n’avaient pas toujours été pressenties par les écrivains ou scénaristes cyberpunk d’il y a quarante ans.

Au final, au-delà de l’enquête, cela permet de décrire un monde plus optimiste que celui des pluies acides sur des villes grises. Ou plutôt, une population plus optimiste qui a appris à tirer le meilleur de ce monde. Ce qui fait du bien. Si l’on rajoute la dimension urbaine, avec ses mystères, ses appartements fantômes, ses ascenseurs cachés, ses angles morts et ses entités maléfiques, le tout dans une approche lehmanienne comme l’a bien relevé Soyouz, on obtient un album agréable à la première lecture, mais très profond au second degré.

(Bon, je n’ai pas trouvé mon exemplaire particulièrement bien imprimé. Et j’ai vraiment eu l’impression de lire un Delcourt plus qu’un Dargaud, mais tout ceci n’est que ressenti personnel…)

Jim

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Bah, j’ai un doute quand même. J’en suis pas sûr, à la lecture du bouquin. C’est pas clairement dit, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs.

Ouais, c’est ce que j’ai essayé de dire aussi, masi tu le dis mieux que moi.
Bon, la dimension Cyberpunk, genre que je situe pas toujours très bien (moi je dis « façon Blade Runner »), je ne l’avais pas vraiment et ton analyse est d’autant plus intéressante.

Dans la scène où Sasha se balade en ville et où la voix off décrit les structures sociales, j’ai quand même cru comprendre qu’il y a un pouvoir politique, distinct du pouvoir économique, qui intègre des règles un peu coercitives pour « préserver la planète ». Mais l’un n’empêche pas l’autre, tu as raison. Je relirai (bon, dans quelle pile se trouve le bouquin ?).

À ce sujet, d’ailleurs, je trouve la voix off assez bien gérée, d’autant que Duval se sert surtout des bulles de dialogues dans Renaissance et Apogée : ici, il entretient une focalisation interne sur un personnage, et c’est intéressant de le voir passer d’un registre à l’autre.

Grosso modo, c’est un futur proche, souvent terrestre, où la technologie est l’angle narratif principal. Les personnages, souvent des marginaux, des « pirates » à plusieurs sens du terme, ont des prothèses et peuvent se connecter à des réseaux informatiques mondiaux. C’est porteur de thèmes comme la relation homme-machine, l’enregistrement des schémas cérébraux, voire le clonage ou la génétique.
Le genre agrège un peu toutes ces idées qu’on trouve précédemment chez Dick, chez Spinrad, chez Brunner, les revitalise, et les associe à un monde urbain ultra-pollué, ultra-surpeuplé et ultra-capitaliste, où le pouvoir politique a cédé la place à l’emprise de multinationales.

Jim

Merci.

Ingo Römling sur son (désormais fermé) compte Facebook, le 13 janvier 2025 :

Les curieux savent désormais où aller voir son travail (et d’où nous ramener de belles infos).

Jim