MISTER MIRACLE #1-12 (Tom King / Mitch Gerads)


(Le Doc) #61

La couverture variante du 12ème et dernier numéro par Mitch Gerads :

unnamed-27-600x911


(Le Doc) #62

DERNIER NUMERO !

Mister Miracle #12

Written by Tom King, art and variant cover by Mitch Gerads, cover by Nick Derrington.*
It’ll be a miracle if you can get through this mind-bending conclusion with your sanity intact! After his epic battle with Darkseid, Scott Free sees life a whole new way: he’s the new Highfather of New Genesis, and he’s madly in love with his wife and child. But what if it’s all a lie? Did Mister Miracle really escape death way back in issue #1? No one really knows but Tom King and Mitch Gerads!*
32 pages, $3.99, in stores on Nov. 14.*

Source : www.pastemagazine.com


(Ben Wawe) #63

Allez, Tom King, finis ça en beauté.


(Hush2 0) #64

Darkseid en décidera car Darkseid est la décision.


(Ben Wawe) #65

Quelle étrange, surprenante, frustrante mais passionnante fin.
Qui, disons-le directement, n’en est pas une.
A voir, ensuite, si Tom King poursuivra son histoire ailleurs, comme ça semble être évoqué, ou si ce final “à suivre” est sa conclusion, avec une volonté de frustrer et de ne pas finir… alors que si, ça peut être une fin, terrible et absolue, complètement pessimiste, et en adéquation avec plusieurs éléments sous-entendus dans la saga.
Bigre. J’ignore ce que je préfère, entre la promesse d’une suite à mon coup de coeur de l’année, par des auteurs juste parfaits sur le personnage idéal, ou une chute d’une noirceur infinie, mais “juste” dans la saga. Je ne suis même pas sûr de savoir tout de suite ce qu’il en est.

Bref, que dire de plus sur ce numéro, le dernier de ces douze numéros ?
Il s’agit de la synthèse de ce qui a été fait avant, en fait ; ni plus, ni moins. Du quotidien d’un couple, de l’intégration des New Gods dans une approche mi-sérieuse, mi-amusante, mais avec un sous-entendu lourd, des évocations mystiques sur la destinée, une aura de mystère et non-dit, un Scott Free perdu et en fuite constante, de sa vie et de sa responsabilité… et la petite famille qui s’agrandit, encore. Avec aussi un Funky Flashman, dont la réapparition le lendemain du décès de Stan Lee fait bizarre.
Un bon numéro de Mister Miracle, en fait. Un bon numéro, en pleine adéquation avec le reste de la maxi-série.

Mais.
Mais il y a les apparitions de personnages disparus. Mais il y a ce qu’ils disent. Mais il y a ce qui résonne avec le reste de la maxi-série. Mais il y a ce que ça fait penser… envisager ; craindre.
Mais il y a ces derniers mots, aussi. Terribles, et qui changent énormément de choses.
Scott Free, en définitive, a-t-il vaincu ? A-t-il réellement vaincu ? Ou est-il tombé dans un piège… dont il ne voudrait pas s’enfuir ? Ou, plutôt, n’est-il pas en train de s’échapper, encore, mais de la réalité elle-même - en restant dans le piège ?
Je l’ignore, mais c’est passionnant ; riche, intense et passionnant.

Quelle saga. Quelle prestation, de Tom King. Quelle puissance du scénario, quelle force dans les propositions, quelle réutilisation des personnages, quelle diversité dans les concepts, quelle gestion de la narration, visible ou non.
Et quel talent, définitif, absolu, sublime, complètement adapté, de Mitch Gerads, dont il ne faut pas minimiser la réussite et l’apport.

Bref, un #12 terrible, obscur et mystérieux, mais d’une richesse complète.
Je relirais ; ce qui est rare, pour moi. Et ce qui dénote, clairement, l’immense réussite qu’incarne cette maxi-série !


(grey_pigeon) #66

Cette fin me laisse perplexe pour la simple et bonne raison que je ne suis pas sur de la comprendre, à l’image de ce dernier épisode qui ne résout quaisment rien des problématiques posées par la série au fil des épisodes. quel est le nouveau statut quo sur apokolips, qu’en est il de Métron? Darkseid? la guerre a toujours lieu? la scene avec Bug , je ne la comprend pas.


(Ben Wawe) #67

A mon avis, la question est moins de savoir si ces difficultés que tu évoques perdurent (Metron, Darkseid reviendra-t-il, quid de la guerre)… que de savoir si elles sont réelles, en fait.

Le #12 laisse envisager l’hypothèse que tout ce qui est arrivé n’est qu’un enfer, une illusion, un piège dans lequel se trouverait Scott Free depuis sa tentative de suicide dans le #1 ; en bref, le #12 nous interroge : est-ce que tout ceci est réel, ou est-ce que Scott Free est piégé par Darkseid depuis le début… ce qui expliquerait les éléments troublants sur la Réalité ?
Et le final, alors, est terrible : oui, Scott Free peut s’échapper/aurait pu s’échapper, avec Metron ; mais il ne l’a pas fait. Pourquoi ? Parce qu’il ne le peut pas, ce qui impliquerait que c’est bien réel ? Parce qu’il ne le veut pas… mais pourquoi un maître de l’évasion ne s’échapperait pas du piège ?
A cette question, j’ai ma réponse : parce que, plutôt que d’échapper au piège et revenir au monde réel, il préfère échapper au monde réel et s’échapper dans ce piège, si doux et agréable.

Passionnantes hypothèses.


(Oncle Hermes) #68

Difficile, difficile, d’écrire sur cette série et sur cette fin…

Il y a deux semaines, je regardais la dernière vidéo d’un youtubeur que je suis de temps en temps, “Folding Ideas”. Le prétexte en était Annihilation d’Alex Garland ; mais plus généralement c’était une attaque en règle contre le genre de vidéos à deux balles qui prolifèrent en ligne — qu’elles soient le fait de vidéastes “isolés” ou, plus souvent, de sites attrape-clic, comme Looper par exemple — dès qu’un film un peu en vue s’achève sur une fin un peu ouverte qui vient décontenancer les spectateurs. Et quand je dis “un peu ouverte”… ça peut vraiment s’appliquer à un large panel, tapez juste “ending explained” dans le moteur de recherche Youtube, c’est édifiant.

Ces vidéos viennent alors proposer une explication facile (fût-elle, occasionnellement, grotesque), digérable en cinq minutes, qui se propose de rassurer les spectateurs perdus. Le hic, arguait “mon” youtubeur, est que cette approche réduit les scénarios à des jeux d’énigmes à démonter et à résoudre, en s’accrochant aux éléments factuels à l’exclusion systématique non seulement de toute ambiguïté, mais de toute recherche de sens plus profonde. Or, si un artiste choisit de terminer sur une fin ouverte, il y a quand même un pourcentage non négligeable de chances que ce soit pour inciter à la réflexion, et à l’interprétation, ce qui n’est pas la même chose que l’explication. (Ce n’est pas forcément réussi ou génial pour autant, hein, et d’ailleurs, Annihilation, à mon goût… bon… mais c’est un autre problème.)

Pourquoi ce long préambule : normalement vous m’avez vu venir, justement parce qu’avec leur conclusion à Mister Miracle, King et Gerads nous refusent précisément les explications pour nous lancer sur la piste de l’interprétation avec une fin (très) ouverte et passablement énigmatique (autant qu’anticlimatique). Et ça fait sens, si j’ose dire… parce que les néo-dieux sont justement censés être des idées incarnées, des métaphores vivantes. Ce #12 propose d’ailleurs, à sa moitié, une proposition de redéfinition de ce qu’est ce fameux “Quatrième Monde”, dont on nous avait dit, plus tôt dans la série qu’il ne se résumait pas à une affaire de succession chronologique ; et il devient ici la désignation d’un territoire de l’imagination (“the world I see when I close my eyes”), d’un espace mental… dont il s’agit de s’échapper.

Dès le début, la série nous plaçait dans une “réalité” dont tout nous disait qu’elle clochait. Posé d’entrée de façon appuyée, cet aspect ensuite tendait à s’estomper de plus en plus, venant de moins en moins perturber la représentation d’une histoire que le lecteur pouvait être poussé à accepter de plus en plus “au premier degré” quand bien même elle devenait de plus en plus terrifiante. Oui, j’ai cru au début (et pas le seul) à l’hypothèse de la réalité altérée par l’Équation d’Anti-Vie de Darkseid — et que King nous refaisait le coup de la descente dans le trou noir des Sept Soldats de Morrison — et j’ai attendu, moi aussi, que la manœuvre soit dévoilée à un moment. Sauf que non, Tom King creuse dans une autre direction… et nous refuse la solution satisfaisante, le triomphe du héros et le retour à la “normale”… en tout cas pas à la “normale” attendue dans l’univers comics mainstream. Et je crois bien que c’est une fausse piste que de tenter de “rationaliser” la fin sur cette base.

La série s’ouvrait sur un Scott Free qui venait de s’ouvrir les veines. Et peut-être qu’il n’y a pas à aller chercher plus loin, finalement. Mister Miracle ou l’anti-Darkseid War de Johns ? Le cœur du récit, ici, n’est certainement pas dans sa dimension épique mais humaine, terre-à-terre — avec une attention marquée à tout ce qu’on ne voit généralement pas dans ce genre de publication : la relation conjugale y compris dans son aspect charnel, l’accouchement (en assez gros plan), les couches à changer, les courses à faire et les embouteillages sur le périph’… Scott est un super-héros de comics, mais aussi un homme — incidemment un artiste — souffrant assez clairement de dépression, marqué par un passé traumatique “qui ne passe pas” (thème décidément important chez King), et confronté à des questions de parenté et de filiation, qui le laissent pris entre, d’une part, la terreur de faire connaître à son fils les souffrances du même monde “infernal” que lui-même a connues, et, d’autre part, la possibilité de relance vers la vie impliquée dans l’acte même de la procréation.

Au final, il me semble que ce dernier numéro nous montre un Scott Free qui semble avoir arrêté de fuir, et que ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Hanté par ses fantômes (Granny, Forager, Orion, Darkseid, Izayah, Oberon) (et c’est vrai que dans ce contexte l’apparition de Funky Flashman résonne de façon… inattendue), répondant à certains, en ignorant d’autres, conscient que l’ “ennemi” est toujours là, sera toujours là, sous une forme ou sous une autre, mais ayant trouvé une forme d’équilibre qui lui permet aussi d’accepter de continuer sa vie.

“Darkseid is.” “Yeah, I know. But… we are, too.”


(grey_pigeon) #69

et bien merci les gars pour ces passionantes réflexions sur ce numéro et la série en général.


(Oncle Hermes) #70

Je précise, au cas où, que je n’ai pas plus de certitude que quiconque sur la série. J’esquisse juste une voie qui me semble un peu plus porteuse. Mais dans le détail je reste un peu paumé aussi.

Je pense également que c’est une mini-série qui gagne à être lue, et relue, comme un tout, plutôt qu’au fil de la publication épisodique. Raison pour laquelle, pour ma part, j’ai abandonné pendant un moment la lecture au coup par coup, j’ai stocké sagement les épisodes, et j’ai tout repris depuis le début une fois le #12 disponible. Il y a des effets de structures, de reprises, etc., qui doivent être bien difficiles à repérer sur une lecture dispersée au fil de l’année.


(grey_pigeon) #71

tout a fait, sana compter que la série a subie beaucoup de retards surtout en fin de publication. elle n’en reste pas moins un de mes :heart: de l’année et je sais que je m’y replongerai pour la lire d’une traite et essayer d’y voir tous les indices


(Ben Wawe) #72

Ha putain. C’est brillant, et évident.
Et ça me parle tellement.
Ca explique complètement pourquoi j’ai tellement plongé et adoré cette mini-série, sans forcément le comprendre entièrement avant ton message ; merci.
C’est toujours passionnant de te lire et de débattre, mais tu viens d’éclairer ma lecture, en me montrant pourquoi ça m’a tellement parlé et pris aux tripes ; notamment parce que je peux complètement m’identifier dans Scott, tel qu’il est, tel qu’il s’élance dans la vie, tel qu’il s’interroge, tel qu’il flippe.

Pour ça aussi, pour ces échanges, cette mini-série est un bijou.