MON PÉPÉ EST UN FANTÔME t.1-4 (Nicolas Barral / Taduc)

Discutez de La vie fantastique de Napoléon Tran

J’ai trois des quatre albums de la série Mon Pépé est un fantôme. Aucune idée de l’endroit où je les ai trouvés (je soupçonne un vide-grenier), mais je sais que je les ai pris pour le dessin de TaDuc, illustrateur réaliste dont j’étais curieux de découvrir la prestation dans un style plus humoristique. En reparcourant mes trois tomes (du deuxième au quatrième), je me rends compte que le scénariste, Nicolas Barral, est l’un des papa de Baker Street et des Aventures de Philip et Francis, deux parodies que je ne peux que conseiller.

Signalons que la série est également connue par son sur-titre, « La vie fantastique de Napoléon Tran » (du nom du jeune héros) et que la couverture du premier tome est un gadget à hologramme que n’aurait pas renié l’industrie des comics (et en plus, c’est une « variante »).

Bon, je vais me faire un thé au miel, histoire de soigner ma petite gorge, et je reviens en parler plus précisément.

Jim

Pour qui commence, comme moi, au deuxième tome, les choses sont posées d’emblée : on sait que le petit Napoléon Tran voit le fantôme de son pépé, qui continue à veiller sur lui, mais il est le seul : ses parents (séparés, pas divorcés) et ses camarades de classe ne le voient pas. Mais tous finissent par accepter ce qu’ils prennent pour une lubie.

Cependant, les parents (un père vietnamien et une mère corse, l’ascendance étant précisé dès le premier gag de ce deuxième album, ce qui est pratique pour un lecteur qui découvre et sera important pour la suite) décident de consulter un psy qui leur conseille d’adopter un animal de compagnie afin de focaliser l’attention de l’enfant sur autre chose. Le choix du jeune Napoléon se tourne vers un iguane, bien sûr surnommé Iggy, pardi.

Les passages sur le racisme à la cour d’école (avec un élève blond appelé Jean-Marie) et sur l’adoption dans une SPA vidée de sa « marchandise » où le réceptionniste est traité à la manière d’un vendeur bien content d’épuiser son stock, montrent que l’humour est cinglant. Et la série parvient à trouver un équilibre intéressant, entre mauvais esprit ravageur et tonalité grand public. En gros, c’est lisible par tous, mais ça remue des choses intéressantes et ça se permet, donc, en filigrane, une approche politiquement incorrecte qui fait du bien. C’est discret, pas revendicatif, mais c’est présent. Ce qui ne peut que faire penser à Titeuf, série qui ne me fait pas toujours rire mais qui a une capacité comparable à dire des choses crues tout en restant à portée de tous et en conservant un potentiel humoristique évident.

Jim

Dans le troisième tome, Napoléon Tran tombe amoureux d’une nouvelle élève arrivée à l’école. Comme son voisin de classe est malade, la gamine s’installe à côté de lui, suit sur ses livres… et c’est là qu’il apprend qu’elle se prénomme Joséphine. Fatalement.

Napoléon, qui cherche à l’impressionner, s’inscrit au cours de danse (sur les conseils d’un jeune écolier qui s’intéresse davantage aux garçons) ou à l’équitation, ce qui lui vaudra des déboires et une opération à la clinique, avec des gags récurrents sur « les dragibus ». Comme le tome précédent, celui-ci est articulé par histoires courtes d’une page ou plusieurs, mais avec un fil rouge suffisamment fort pour qu’on puisse le lire d’un trait, comme un tout.

Ce tome, outre ses blagues et son ton enjoué (avec des références un peu partout, et de tous ordres : bandes dessinées, films… dans le tome 2, il y a même un clin d’œil en direction des Sept Mercenaires), s’interroge sur l’identité sexuelle, sur la découverte de la sensualité à l’adolescence, sur le genre (en 2010, ça semblait moins problématique qu’aujourd’hui). Les planches sont accompagnées d’un complément pédagogique plutôt accessible. Si les interrogations du jeune héros sur le genre conduisent à des gags sympas, on notera un portrait touchant d’un jeune homosexuel, mais on reprochera qu’il soit laissé de côté à la fin du récit.

Jim

La série est découpée en « saisons », et la quatrième d’entre elles, c’est la « saison corse ». Les trois premiers tomes ont mis l’accent sur l’héritage asiatique du jeune personnage, ce quatrième volet va s’intéresser à l’apport maternel au mythe familial : Napoléon, sa mère et deux de ses camarades de classe vont en vacances en Corse, accompagnés bien sûr du fantôme de Pépé.

Portrait d’une famille aux antipodes, décors naturels qui tranchent avec l’univers urbain jusqu’ici mis en scène, convocation des clichés locaux (les fromages, la jalousie, la sœur, la vendetta : Astérix en Corse n’est pas loin, et clairement évoqué à certains moments), l’album réserve son lot de péripéties diverses.

Cette fois, l’album est composé d’un seul récit pas chapitré. Les héros partent en voyage, donc on pensera immanquablement à Boule et Bill Globe-Trotters. Ici, le père de Napoléon est un peu éclipsé, pour mettre en valeur la mère (mais aussi les traits de caractère que le fils a récupérés de son géniteur). L’ensemble est plutôt sympa, et la conclusion de l’album offre une véritable fin à la série, l’inscrivant dans une logique de récit initiatique, de passage à l’âge adulte, à l’occasion d’une dernière pirouette aussi drôle que touchante.

Jim