NUIT NOIRE t.1-3 (David Chauvel / Jérôme Lereculey)

Discutez de Nuit noire

Joël est incontrôlable, et ce depuis l’enfance. Marc, qui a grandi avec lui, peut en témoigner. Arrivés à l’âge adulte, ils sont toujours inséparables, et Marc continue à observer les bêtises de plus en plus lourdes de son pote.

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Le premier tome commence quand Joël est soupçonné de viol. Il discute avec Marc, chez ce dernier, quand arrivent deux policiers. La discussion tourne mal, les deux flics meurent, et les amis d’enfance prennent la tangente. En alternance avec ce fil narratif, David Chauvel distille différents flash-backs situés à des périodes variés de Marc et Joël, ainsi que des séquences situées dans un futur indéterminé, où Marc, dans sa cellule, discute avec son avocat commis d’office (parfois, ces séquences se résument à des dialogues glissés dans la marche, à la fin d’une séquence du passé, ce qui nous permet de comprendre que Marc raconte sa jeunesse à son défenseur.

Le premier tome de la série sort en 1996. Il est difficile de savoir si Jérôme Lereculey connaissait le travail d’Igor Kordey à l’époque (la Saga de Vam date de 1988, Cinq saisons de 1990, Tarzan: A Tale of Mugambi de 1995), mais force est de reconnaître que les deux dessinateurs travaillent sur des ressorts voisins, comme en témoignent leur encrage épais, les traits grossiers et donc très expressifs de leurs personnages, et plein d’autres détails (certains gros plans, certains raccourcis) qui rapprochent leur style.
Cette proximité me semble évidente sur des travaux récents, notamment l’excellent album Veillée funèbre, et rend le travail de Lereculey très agréable à mes yeux. Sur Nuit noire, où il n’a pas encore la patte qu’il a affirmée par la suite avec Arthur : une épopée celtique, sa narration est déjà précise et il n’hésite pas à faire surjouer ses personnages.

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Fonctionnant sur le principe énoncé dans le premier tome (un va-et-vient entre trois périodes d’une vie), le deuxième volume suit les deux amis dans leur cavale.

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Le titre, « nuit noire », trouve une expression très forte dans ce tome, où une grande partie de l’action se situe dans la voiture, sur l’autoroute, de nuit. Lereculey n’hésite pas à napper ses cases d’aplats noirs que déchirent les phares, appuyant sur la solitude des deux fuyards.

Si l’économie générale de l’intrigue donne plus d’importance aux séquences du procès, c’est aussi l’occasion d’en savoir plus sur Joël et Marc, sur les liens d’amitiés qui les unissent, et sur leurs difficultés respectives à s’insérer, pour des raisons différentes. Le portrait s’enrichit au fil des pages.

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Le troisième tome, construit selon le système édicté dans les deux précédents, offre cependant l’occasion de regarder les deux personnages principaux sous un autre angle. Les événements qui ont tout déclenché, et qui, pour l’heure, n’ont été évoqués qu’à l’occasion de dialogues, sont montrés plus clairement à l’occasion de flash-backs qui dressent un portrait nettement moins noir et désespéré des deux fuyards, surtout Joël.

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Chauvel démontre ici sa capacité à construire des personnages complexes et sensibles, à multiples facettes et pour tout dire touchants. La perception que le lecteur peut avoir de Joël et Marc est différente de celle qu’il a pu avoir au début de la trilogie. Et ça rend le fossé entre le lecteur et les jurés (dans les séquences du procès) encore plus infranchissable.

De son côté, Lereculey consacre de nombreuses cases à des expressions faciales, à des visages écrasés par le doute ou le chagrin. Il parvient à donner beaucoup d’émotion à un final très sombre, levant le voile sur la raison pour laquelle Joël n’est pas présent au procès. Percutant.

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La série a eu droit à une intégrale, au format album et en couleurs, en 1998, un an après la parution du troisième volet.

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Elle sera à nouveau compilée, cette fois-ci en petit format noir & blanc, dans l’excellente collection « Encrages », dont j’ai déjà vanté les mérites, en 2001. Cette édition permet de profiter à plein du trait de Lereculey et de sa science des aplats noirs. Le noir & blanc permet aussi de savourer les parentés graphiques, notamment avec Corben.

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