OLYMPIA #1-5 (Curt & Tony Pires / Alex Diotto)

Eh bien, en voici un !

Elon is a latchkey kid who spends his days alone reading comic books—until his favorite superhero, Olympian, comes crashing off the page and into reality! But as he nurses his wounded hero back to health, he discovers Olympian isn’t the only thing that came through—something evil followed him. A comedic yet heartfelt love letter to the comics medium, OLYMPIA is also a meditation on hope and loss, conceived by CURT PIRES (Wyrd) and his father, TONY PIRES, while Tony was undergoing treatment for cancer.

Le premier numéro est disponible gratuitement et légalement à la lecture sur le site d’Image (en VO) :

Et oui, ça a l’air sympa.

Ah tiens, j’avais vu passer des informations sur le premier numéro, mais j’avais perdu le fil et je constate que l’ensemble de la série est sortie. Je vais lire ça.

Jim

Avec un petit retour pour les pauvres âmes que nous sommes Mr Jim svp… On a besoin de bonnes critiques de connaisseurs :wink:

Je viens de lire le premier numéro.

Pour l’instant, je ne suis pas trop convaincu. Bon, c’est pas mal, hein, mais c’est très basique. Elon est donc en forêt, seul, peinard, il lit un comic book dans lequel Olympian, le roi / boss / chef de New Olympus, siège sur son trône quand Vilayne vient lui réclamer un truc appelé Everflow (sans doute l’épée qu’il brandit à la dernière page de l’épisode qu’Elon est en train de lire). Le garçon referme le comic book, lève les yeux au ciel, voit un météore débouler et s’écraser dans les bois : il s’agit d’Olympian, inconscient.

S’ensuit une enfilade de clichés (Elon rentre vite parce que sa mère n’est pas au courant de ses escapades en forêt, Elon est bousculé à l’école par des balourds, Elon va chercher des médicaments dans l’armoire à pharmacie pour aider son héros et trouve des pilules qui datent du temps où sa mère… souffrait d’on ne sait quoi, mais bon, famille à problème, quoi…), dont le plus gênant n’est pas la teneur en soi (j’ai déjà dit que les clichés, c’est comme n’importe quoi, l’important, c’est que les auteurs en fassent quelque chose) mais l’organisation. C’est là que Curt Pires montre des faiblesses d’écriture, puisque le moindre moment de tension est aussitôt soit dédramatisé soit raccourci pour passer au moment de tension suivant.

Les dessins d’Alex Diotto sont pas mal, évoquant un peu l’épure d’un Paul Azaceta. Je le trouve d’ailleurs plus agréable et efficace quand il s’agit de restituer le quotidien d’un écolier que pour transcrire la force des surhommes. Il y a un côté brouillon à son trait qui ne convient pas formidablement à la partie super-héroïque du récit.

Petite astuce : les cases représentant le contenu des bandes dessinées dont Elon se délecte sont colorisées avec des trames (convention aisément compréhensible renvoyant aux modes d’impression des décennies précédentes et signalant un peu lourdement la différence entre fiction et réalité). Or, ces trames apparaissent à certains moments, dans certaines zones de couleurs, dans la partie réalité, notamment quand Olympian doit faire face à des poursuivants visiblement venus de son monde. Comme si, en redevenant héroïque, en retrouvant ses forces, il redevenait fictif.

Bon, malgré l’avis mitigé que me laisse ce premier numéro, c’est pas mal quand même, hein. Mais très convenu. Curt Pires se fend, à la fin, d’un petit texte pour expliquer que cette histoire est la plus personnelle qu’il ait jamais écrite (liée à la maladie et au décès de son père), et on ne doute pas de sa sincérité bien évidemment, mais ce premier chapitre ne brille pas par son originalité. Ni par son émotion, ce qui tombe à plat.

Jim

Tiens Jay est modo aussi ? xD

Il y a besoin d’être modo pour créer un nouveau sujet ?

Tori.

Ah non mais je pensais qu’il avait créé un sujet avec un autre post mais non j’avais mal vu ^^

Quelle drôle d’idée…!

J’ai évalué. Je me suis adapté. J’ai improvisé.

Le deuxième épisode redresse un peu la barre en ce sens qu’il donne davantage à mâcher à son lecteur.

On en sait un peu plus sur ce qui arrive au personnage dans les pages de la bande dessinée, on comprend un peu mieux le lien et le passage entre fiction et réalité, et on avance sur la compréhension entre le héros hiératique et son lecteur adolescent.

Curt Pires, s’il continue à enfiler des péripéties en les articulant avec une sécheresse telle que l’impact émotionnel est assez réduit, parvient à une très belle scène, quand Elon montre à son ami super-héroïque un comic book de ses aventures : il lui recommande de « ne pas péter un câble ». Ce à quoi Olympian lui répond « Je ne sais pas pourquoi tu m’attends à ce que j’en prenne ombrage. Les grands exploits des guerriers n’ont-ils pas toujours été chroniqués ? » C’est assez bien vu. Dommage qu’il n’ait pas été aussi avisé quand Elon parle de « ton créateur » pour évoquer le bédéaste dont il lit les productions, sans que le super-dieu ne moufte.

Graphiquement, l’intrigue, surtout dans les séquences consacrées aux comic books, rend un vibrant hommage au corpus de Jack Kirby, notamment à travers des clins d’œil en direction de Thor ou des New Gods. C’est joliment fait, même si ce n’est pas très subtil. De même, il n’est pas, en apparence, très subtile de baptiser l’auteur responsable de la série « Olympia » du nom de « Kirby Spiegelman ». Cependant, l’épisode nous démontre aussitôt que la référence est un peu plus complexe. En effet, « Olympia » est le titre de la bande dessinée, mais aussi le nom d’une ville de la région, comme le montre une carte routière dépliée par Elon, alors que ce dernier cherche à rejoindre Castle Rock, la ville où vit le bédéaste. Même si l’action se déroule sur la côte ouest des États-Unis, le nom de Castle Rock évoquera quelque chose aux lecteurs de Stephen King (un auteur qui a souvent abordé le thème des rapports complexes entre fiction et réalité), dont les initiales sont S.K., là où celles de l’auteur d’Olympia sont K.S.

Y a-t-il anguille sous roche ? Je lis la suite et je vous en parle.

Jim

Olympia et Castle Rock sont toutes deux dans l’état de Washington, au passage.
Et il y a bien une petite heure de route entre les deux :

Tori.

Là où le Castle Rock de King est situé dans le Maine, sur la côte est.

Jim

Là où les deux premiers épisodes s’articulaient sur la rencontre entre Elon et Olympian, démarrant chacun autour d’un des deux avant d’avancer dans l’intrigue, le troisième épisode fait un écart et s’intéresse au parcours de Kirby Spiegelman, le créateur de la série « Olympia ».

On suit sa vie, faite de difficultés, d’échecs, de bras-de-fer avec les éditeurs, les banquiers, sa femme divorcée, etc… L’ensemble est raconté en recourant au gaufrier en neuf cases, avec des vignettes contenant un texte blanc sur fond noir, comme autant de panneaux d’un film muet. Ce faisant, on est dans une citation renvoyant à la fois à Alan Moore et à Ed Brubaker, d’une certaine manière. D’autres références pleuvent, notamment dès qu’il s’agit de croiser le mentor du bédéaste, qui lui a tout appris, et qui a la tête de Jack Kirby, le prénom de Wally Wood et le nom de famille d’Alex Toth. On est donc dans un jeu de références qui ne quitte pas ses gros sabots, mais qui se montre généreux en matière de biscuits pour fans.

En faisant un détour par ce personnage de créateur blessé, qui a des problèmes avec l’alcool (ce qui ne manque pas de rappeler Stephen King, bien évidemment), Curt Pires donne une tonalité plus émouvante à la série, parvenant à conférer au récit cette petite étincelle favorisant l’identification. Il réussit là ce qu’il n’est, selon moi, pas parvenu à accomplir dans les deux premières livraisons.

L’épisode se conclut sur la rencontre entre le créateur et sa créature, dans une scène de porte d’entrée qui n’est pas sans rappeler quelques textes de Stephen King, bien sûr, ainsi qu’une scène marquante de la série Animal Man de Grant Morrison.

Jim

Une fois les trois protagonistes réunis, les deux derniers épisodes se contentent de résoudre les intrigues lancées (à savoir qu’Olympian, qui est passé d’un endroit à l’autre du Multivers, n’est pas le seul à avoir voyagé), le tout dans une sorte de grande baston cataclysmique.

C’est l’occasion pour le scénariste d’évoquer le thème qui sous-tend l’ensemble de la mini, à savoir l’absence du père (qu’il soit biologique pour Elon ou symbolique pour Kirby). C’est pas mal, à la fois hommage au père du scénariste et aux figures tutélaires de l’industrie.

Là encore, en revanche, les séquences super-héroïques ne sont pas formidablement rendues, et Alex Diotto s’en sort mieux quand il s’agit de représenter les personnages « réels ». Son trait épuré aurait parfois eu besoin d’un peu plus de soin, cela dit.

Il y a plein de choses intéressantes, mais jamais poussées. Par exemple, en tant que créateur d’un personnage de bande dessinée, Kirby en est le « père ». Mais il est aussi, par conséquent, le « père » des autres personnages, y compris des méchants : que se passe-t-il donc quand il est en face d’un méchant, l’un de ses « fils », et que la solution serait de tuer ce dernier ? On pourra reprocher à la série de lancer beaucoup d’idées mais de rester bien souvent en surface.

La même remarque pourrait être formulée au sujet de la mère d’Elon, singulièrement absente des épisodes 2 à 4, mais qui réapparaît dans le dernier chapitre, pour réaffirmer les liens de parent à enfant. Mais un peu tardivement. Reste une séquence d’épilogue qui me rappelle (de manière floue) la fin de God Country de Cates et Burnett (qu’il faudrait que je relise, car je confonds peut-être).

Le tout compose donc une mini-série sympathique, avec quelques moments touchants, mais qui me semble passer à côté de son potentiel, et qui ne dispose pas d’un dessin tout à fait au point. Sorte d’hymne à la figure du père, le récit ne parvient pas, à mon sens, à proposer quelque chose de convaincant dans le sous-genre déjà bien exploré de la rencontre entre créateur et personnage.

Jim

Merci pour les résumés très clairs de la série :+1:t4: