ONLY GOD FORGIVES (Nicolas Winding Refn)

La bande-annonce :

La nouvelle bande-annonce :

Comme l’intégralité du reste de la filmo de Refn, j’ai adoré ce “Only God Forgives”.
Laminé lors du Festival de Cannes, le film se traîne une sacrée sale réputation. Allez donc voir le film pour vous faire une idée par vous-même…

Déjà ça fait une paye que j’ai pas vu un film qui claque autant sur grand écran : le travail de Larry Smith (qui a bossé avec des petits cinéastes à la con comme Stanley Kurick sur des petits films sans intérêt comme “Eyes Wide Shut”…joli tableau de chasse !) à la photo est tout simplement ahurissant. Mouvements d’appareil simples (travellings latéraux, avant et arrière, peu ou pas d’utilisation de la grue) mais à l’impact optimal, festival de lumières criardes et fluos, cadrages aux petits oignons (les surcadrages “surcadrés” dans l’appartement du flic sont vertigineux…), bref, visuellement, on ne verra pas beaucoup de films aussi beaux cette année.

Thématiquement, comme c’est le cas depuis trois films au moins maintenant, Refn travaille des figures de héros atypiques, et cherchent manifestement à les ancrer dans l’inconscient collectif via un travail sur les figures mythiques mais plongées dans notre contemporanéité immédiate (sauf dans “Valhalla Rising”, mais il ne faudrait pas croire que ce film ne parle pas de notre époque pour autant) : c’est le rôle des étonnantes séances de karaoké par exemple.
Comme ça a bien sûr été relevé à droite à gauche, le film travaille les figures archétypales de la psychanalyse (de façon très pertinente malgré la simplicité du dispositif) ou propose une variation sur Hamlet d’une certaine manière. Mention spéciale à Gosling, dont quelques critiques inattentifs prétendent qu’il joue comme une patate au motif qu’il ne fait rien (c’est ce qui leur semblent en tout cas) : je le trouve parfait dans ce film. Comme un des plans au début du film le montre, il est presque aussi hiératique et sculptural qu’une statue…

Bien sûr, les allergiques aux tempi neurasthéniques vont faire la gueule, c’est pas du Michael Bay au niveau du découpage et du montage, c’est clair (on est plutôt du côté de Reygadas ou de son pote Escalante…). Je trouve que la concision du film (1 h 30 tout pile) compense ce rythme potentiellement perçu comme défaillant, pour les plus réfractaires (moi ça me dérange pas du tout).
On pourra trouver la dédicace à Jodorowsky qui ouvre le générique de fin un peu surprenante, même en connaissant l’admiration de Refn pour le vieux maître. Le lien n’est pas évident de prime abord, à moins de se souvenir du totalement barge et unique “Santa Sangre”, et là la parenté devient évidente (le coup des mains…).
Encore un grand titre à mettre au crédit du cinéaste danois, qui enchaîne figurez-vous avec “Barbarella” (pour la télé si j’ai bien compris) et, si on a de la chance…“L’Incal” de Jodorowsky !!!

J’ai oublié de dire un mot de l’excellent score minimal (cet orgue !) de Cliff Martinez, qui se révèle un collaborateur idéal pour Refn. Il a trouvé son Herrmann ou son Badalamenti, en quelque sorte. Pas sûr que ça s’écoute si bien en dehors d’une vision du film, mais c’est pas grave, c’est pas l’objet.
Mais ça fonctionne en tout cas : je préfère de loin ce qu’il fait aux tubes de Kavinski, dans “Drive”.

Euh, non, merci, sans façon.

Jim

Ben je l’ai vu.

C’est magnifique, bien filmé, plutôt bien mis en scène, intelligemment écrit.
Mais alors je me suis fait chier !!

Et Ryan Gosling, va falloir qu’il trouve une autre façon de jouer. Parce que nous faire deux fois le coup du héros monolithique, c’est une fois de trop (dans Drive, ça passait très bien, là, non). En fait, ça fait même deux, parce que dans Les Marches du pouvoir il joue (ou ne joue pas, en fait) de la même façon. Sauf qu’il a plus de texte.
Il n’exprime rien et ne fait rien passer.

Jim, par définition, on ne peut pas savoir ce qu’on rate quand on rate un truc. :wink:

Mathieu, le truc avec le jeu de Gosling, c’est que ça fonctionne en partie sur la mémoire que le spectateur a de son perso dans “Drive”. C’est un contre-pied, parce que l’astuce du film, c’est qu’on croit que c’est Gosling le héros alors qu’il n’en est rien. Le héros c’est le flic, Chang.
Pour le reste, moi je suis très fan de “l’understatement”, le côté “less is more” : je déteste pas les acteurs expansifs à la Daniel Day-Lewis, mais il arrive qu’ils “gênent” un peu le travail du metteur en scène.

Dans le cas de Gosling, avec ces plans caractéristiques du cinéma de Refn (longs et statiques), on a largement le temps d’oberver son visage, et là, le moindre micro-mouvement devient signifiant.
Exemple : quand on lui annonce le décès de son frère, aucune réaction…ou presque. Un simple crispement de mâchoire, très parlant selon moi.
Il faut beaucoup de talent pour ménager ainsi ses effets.

[quote=“Photonik”]…]
Il faut beaucoup de talent pour ménager ainsi ses effets.[/quote]

Oserais-je plagier Jacques Chirac ?

Oui je le peux : “Trop de talent tue le talent”, dans le cas de Gosling, c’est flagrant. :wink:

Et cet acteur m’a conduit depuis son dernier film à éviter les films de Nicolas Winding Refn.

Reste que je n’empêche personne de les voir, bien entendu.

On peut très bien aussi décider de faire un grand détour.
Ou une grande croix.

C’est marqué “Winding Refn” sur l’étiquette, je repose dans le rayon.
Aussi simple que ça.

J’ai décidé que je n’ai plus le temps pour les trucs qui m’emmerdent.
À la limite, je préfère lire les commentaires des gens qui aiment.
Ça va plus vite et ça me fait davantage plaisir.

Jim

Moi, c’est plutôt le contraire : c’est Refn qui m’a conduit à éviter les films avec Gosling.
Mais le résultat est le même.

Jim

[quote=“Photonik”]
Mathieu, le truc avec le jeu de Gosling, c’est que ça fonctionne en partie sur la mémoire que le spectateur a de son perso dans “Drive”. C’est un contre-pied, parce que l’astuce du film, c’est qu’on croit que c’est Gosling le héros alors qu’il n’en est rien. Le héros c’est le flic, Chang.
Pour le reste, moi je suis très fan de “l’understatement”, le côté “less is more” : je déteste pas les acteurs expansifs à la Daniel Day-Lewis, mais il arrive qu’ils “gênent” un peu le travail du metteur en scène.

Dans le cas de Gosling, avec ces plans caractéristiques du cinéma de Refn (longs et statiques), on a largement le temps d’oberver son visage, et là, le moindre micro-mouvement devient signifiant.
Exemple : quand on lui annonce le décès de son frère, aucune réaction…ou presque. Un simple crispement de mâchoire, très parlant selon moi.
Il faut beaucoup de talent pour ménager ainsi ses effets.[/quote]

Ben tu vois, je trouve qu’il ne fait vraiment RIEN passer. J’ai bien compris qu’il voulait prendre le contre-pied de son rôle dans Drive, mais le problème il est là. Les gens l’ont découvert, pour la plupart, grâce à Drive. Forcément ce rôle va lui coller à la peau. Et là, il nous refait la même chose. Certes, il n’est pas aidé par l’écriture du personnage, mais il aurait dû trouver un ou deux “trucs” d’acteur pour différencier un peu les deux personnages. J’en étais presque content lorsqu’il gueule sur la prostituée. Dommage que j’ai trouvé ça mal joué.
En parlant d’acteurs peu expansifs : Mads Mikkelsen m’a laissé un très bon souvenir dans Le Guerrier silencieux (même type de personnage) et je trouve effarant ce que Daniel Craig arrive à faire passer rien qu’avec son regard.
Ryan Gosling, y a rien.

[quote=“Jim Lainé”]

Moi, c’est plutôt le contraire : c’est Refn qui m’a conduit à éviter les films avec Gosling.
Mais le résultat est le même.
Jim[/quote]

C’est sûr que si j’ai vraiment aimé Bronson, mon premier film de Nicolas Winding Refn, Valhalla Rising a été (rétrospectivement) le bout du bout dans le genre “il ne se passe rien” (ou presque). Entre les deux j’avais vu Inside Job, qui est assez bien passé (sans plus).

[quote=“Mathieu A”]…]
En parlant d’acteurs peu expansifs : Mads Mikkelsen m’a laissé un très bon souvenir dans Le Guerrier silencieux (même type de personnage) …][/quote]

Oui voilà c’est **Mikkelsen **qui m’a fait regarder Vahalla Rising jusqu’au bout. J’ose même pas imaginer ce film avec Gosling. :open_mouth:

Reste que ce que je lis du nouveau film de NWR ne m’encourage pas à suivre sa filmographie, et là je rejoins Jim.

[quote=“Photonik”] je déteste pas les acteurs expansifs à la Daniel Day-Lewis, mais il arrive qu’ils “gênent” un peu le travail du metteur en scène.

.[/quote]

:open_mouth:

J’te parle plus…

Jamais…!

[quote=“Jim Lainé”]

[quote=“artemus dada”]
Et cet acteur m’a conduit depuis son dernier film à éviter les films de Nicolas Winding Refn[/quote]

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Moi, c’est plutôt le contraire : c’est Refn qui m’a conduit à éviter les films avec Gosling.
Mais le résultat est le même.

Jim[/quote]

Pareil, le premier n’a fait QUE des films de poseur chiants à mourir (Bronson excepté),
Le second, quoi qu’en dise monsieur “je n’aime pas Daniel Day Lewis” (à qui je ne parle plus d’ailleurs), est tout sauf un bon acteur, avec sa gueule de travers et son absence totale de jeu! Il faudra que je vous retrouve cet article où l’on expliquait pourquoi ce gars la est en train de flinguer le cinéma US…mais, o joie, il parait que son métier le fatigue (trop de jeu n’est ce pas) et qu’il compte prendre sa retraite. Y a bien une justice en ce bas monde! :wink:

Hey, t’as mal lu, j’ai dit que j’aimais bien Daniel Day-Lewis… Je disais simplement que son jeu “larger than life” ne se prête ni à toutes les histoires, ni à tous les metteurs en scène. D’ailleurs il me semble que l’acteur lui-même en est parfaitement conscient, lui qui est si parcimonieux dans le choix de ses projets.

C’est marrant comme Refn polarise.
J’imagine qu’il y a un côté “à prendre ou à laisser” dans son cinéma. Le problème dans les critiques qui sont émises à son encontre, c’est qu’on parle souvent de rythme ou d’écriture en général, éventuellement de sa direction d’acteurs (ou des qualités réeelles ou pas des acteurs eux-mêmes), mais finalement très peu de ce qui reste le plus fascinant à observer dans ses films : la pure mise en scène.
Il y a très peu de réals aussi balèzes que Refn sur ce terrain…et “film de poseurs chiants à mourir” n’est pas un argument, Môssieur Silverfab… :wink:
J’imagine qu’on ne recherche pas tous la même chose au cinéma, moi ce que j’apprécie chez Refn, c’est que sa narration est toute entière ou presque visuelle (même ses détracteurs lui reconnaissent cette qualité), et c’est assez proche de ma définition du travail de cinéaste.

De toute façon, qu’on aime ou pas, c’est la fin d’un cycle pour Refn : il l’a dit lui-même, “Valhalla Rising”, “Drive” et “Only God Forgives” forme une sorte de trilogie informelle (sur la figure du “héros” pourrait-on dire), et Refn pense avoir boucler la boucle. Il veut passer à autre chose, et c’est beaucoup plus “pop” et grand public dans son esprit. Et donc, prochains projets : “Barbarella” à la télé, et “L’Incal” au cinéma sur le feu…avec peut-être un projet de film d’horreur au milieu (et là je suis curieux de voir ce que Refn ferait avec le genre).

Ah chez moi, y en a d’autres.
Genre, y a Malick.
Mais bon, comme il fait un film tous les deux siècles, j’en parle moins…

Jim

Oh là là, Malik, je ne peux pas !
C’est beau et bien réalisé, mais CHIANT !!

Il a quand même accéléré le rythme, le père Malick. Là il a enquillé “To The Wonder” après “Tree of Life”, et son dernier film est en phase de finalisation, je crois. On sait même quel est son projet suivant ce me semble…

Mais sinon, oui, la comparaison Malick / Refn se tient au sens où ils génèrent des réactions d’adhésion ou de rejet toujours très fortes.
Après voilà, on est pas fait pareil les uns les autres, mais “chiant”, ce n’est pas rédhibitoire pour moi…