PACO LES MAINS ROUGES t.1-2 (Fabien Vehlmann / Éric Sagot)

Discutez de Paco les mains rouges

Paco Les Mains Rouges, intégrale

Ancien instituteur, Paco les Mains rouges, surnommé ainsi parce qu’il a commis un crime de sang, a été envoyé au bagne en Guyane. Sur place, il doit affronter la réalité d’un monde carcéral où règne la loi du plus fort, où il est question de survie à chaque instant, et tout cela sans avoir le moindre espoir de sortir libre… Un récit marquant et bouleversant.

Scénario : Fabien Vehlmann
Illustration : Sagot Eric
Editeur : Dargaud
Date de parution : 19/03/2021
EAN : 978-2205086621
ISBN : 2205086626
Nombre de pages : 160

Dans un salon, le plus souvent, les auteurs s’échangent des dédicaces, mais bien sûr un peu au dernier moment. Enfin, bon, en général, le samedi matin, avant l’ouverture au public, c’est genre : « Tiens, je vais t’embêter, mais tu veux bien me faire un grigri sur ton intégrale ? », suivi de « Pas de souci, je fais ça tout de suite, le temps de fumer ma clope / boire un café / poser ma veste / dire bonjour au taulier… » Et bien entendu, le temps passe, le salon s’ouvre, on court partout, et le samedi vers 15h, on entend des « tu t’en vas quand ? » suivi des invariables précisions sur l’imminent départ. Et donc, les auteurs qui veulent un petit quelque chose courent dans tous les sens.
Là, ce dimanche, à Hérouville, même topo. Je fais un dessin sur Webster & Jones pour Herik Hannah, tout en laissant un exemplaire de l’intégrale de Paco à Éric Sagot, en lui précisant que je repasse bien vite. Bien entendu, paf, un Stan Lee qui part, un Fredric (le dernier) qui part, Herik qui passe devant ma table et récupère son exemplaire avant de s’en aller, et quand je repasse à celle d’Éric, il est parti. Je vois un exemplaire de l’intégrale posée dans un coin, mais c’est pour un certain « François ». Je me dis qu’il a posé le mien ailleurs, et l’un des gars de l’organisation me précise qu’il vient de sortir. Je le rejoins dehors et je lui demande s’il a eu le temps de faire mon dessin, sinon, c’est pas grave, ça sera pour une prochaine fois. Il me répond « Si si, je l’ai posé contre le mur. » « Ah non, c’est celui pour François que j’ai trouvé. Pas le mien. » Là, petit silence. « Mais, c’est pas François, ton prénom ? »
Éric était très gêné. Moi, j’étais hilare : c’est la première fois que ça m’arrive, c’est rigolo. Je lui ai donc promis de lui signer le prochain album qu’il me prendra d’un « Pour Patrick ».

En attendant, si vous croisez Éric, demandez-lui une dédicace sur cette intégrale de Paco : pour une raison qu’il ne m’a pas expliquée, il fait des cases de décors en couleurs. Jean-Blaise Djian en a eu une très belle (dimanche matin, le veinard), horizontale, et la mienne est verticale. Les deux sont vraiment chouettes. Pas de personnages, que des décors. Et très jolis.

Bon, de mon côté, plus qu’à lire l’intégrale.

Jim

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Donc, Paco les mains rouges. L’intégrale est copieuse, généreuse, comprenant les deux tomes du récit et de nombreux bonus permettant d’explorer le travail d’Éric Sagot, de ses recherches de personnages lorgnant vers le cubisme parfois à ses hésitations au moment des storyboards : comparer les compositions et les pages finies, c’est très riche.

L’action se déroule en deux logiques différentes, l’arrivée au bagne et l’acclimatation dans le premier tome, et la volonté de partir, sinon du bagne du moins de l’île, afin de trouver un mode de vie plus confortable, moins douloureux.

La narration, faisant la part belle à la voix off, donne à suivre l’opinion dudit Paco, dont le sobriquet des « mains rouges » sera expliqué dans ce premier tome. Le langage est familier, peu soigné, avec des négation absente, par exemple.

Au fil des pages, on comprend que le narrateur s’adresse à un auditeur, donc l’identité ne sera dévoilée qu’à la toute fin du diptyque, après des explications progressives, à mesure que le chemin (géographique mais aussi de vie) de Paco avance.

On y parle de violence, de clans, de tatouages, de sexe, de domination, mais aussi d’amitié, d’amour, d’entraide, de reconstruction. Les clichés du monde carcéral (surtout ce monde-là, une prison à ciel ouvert où maladies, fièvres et requins servent de murs et de barreaux) sont présents, mais savamment retournés au fil du récit.

Quand on arrive à la fin du récit, on comprend qu’il s’agit d’une histoire de résilience, d’acceptation et de survie, surtout au sens mental du terme. Vehlmann et Sagot décrivent des microcosmes sociaux qui reproduisent et pérennisent les inégalités, ainsi que l’acceptation de comportements asociaux ou déviants, tolérés afin de maintenir l’équilibre du monde.

Malgré le sourire las qui teinte la voix de Paco à la fin du récit et l’espoir que véhicule la dernière case, l’album est tout de même d’une noirceur imparable.

Jim