« Les années passent, pourtant tout est toujours à sa place » disait l Autre qui en voulait àma mère, est ce si vrai ?
D un côté oui, si nous nous cadrons sur la question de la modernité. Modernité vs Antimodernes, nous en sommes toujours là et c est ce qui se dégage peu à peu des brumes actuelles et de toutes les hybridations politiques qu elles occasionnent et qui nous font croire que plus rien n est à sa place.
Des gays pro hamas, des artistes pro censure, des antiracistes pro race, des libertariens pro dictature, des extrêmes gauches pro islamistes et des extrêmes droites catho de même. De quoi décréter la confusion généralisée, à moins de pouvoir déceler la logique qui clarifie les positions de chacun.
La modernité n est pas une invention, c est un effet, c est quelque chose qui arrive au contacte du discours de la science.
Mais la modernité a un coût, elle dévoile un trou dans l être, un trou dans le sentiment d être. Les Antimodernes sont ceux qui, croyant que la modernité est une invention, pensent que le trou qu elle dévoile serait donc resorbable dans le renoncement à l invention moderne.
Dès lors, deux façons d etre antimodernes :
- Ceux qui denoncent la modernité comme etant une invention de l occident, et qui, se pensant comme non occidentaux, croient y echapper.
- Ceux qui accusent la modernité de tuer le véritable occident, et appellent à son retour.
Ainsi, pro occident et anti occident se trouvent avoir le même ennemi : la modernité.
Les hybridations en découlent.
Poutine, heros et sauveur de l occident anti moderne, mais Poutine aussi heros d un sud global anti occident parce qu anti moderne.
C est la thèse de Frédéric Martel qui, dans son livre Occidents ( au pluriel ), prend le temps de faire parler les ennemis de la démocratie et de la modernité, qu ils soient pro ou anti occidents, ce qu il nomme le U turn, afin de faire jaillir leur unité et leurs réseaux politiques communs. Pour leur apporter la contradiction, Frédéric Martel s attache à faire entendre également les dissidents des dictatures, afin d illustrer l universalité de l aspiration à la démocratie.
Livre passionnant, qui nous fait découvrir la Russie de Poutine et Douguine, la Chine de xi et Zhou Enlai, l Amérique de Trump et Bannon, le sud global de la conférence de Bandung, le Cuba de Castro et du Che, qui tous ont le même ennemi, la démocratie et la modernité, pour les mêmes raisons, le coût de la modernité dans son rapport à l être, mais au nom soit de l occidentalisme soit de l antioccidentalisme.
Livre majeur, à lire, si nous voulons pouvoir nous reperer dans l époque.
Frédéric Martel en parle ici :

