La couverture de Poppée est visible à la fin du tome consacré à Messaline.
Jim
La couverture de Poppée est visible à la fin du tome consacré à Messaline.
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Bref, le but est de construire une sorte de « Rashomon » en sauce ancienne Rome. Mettre en scène le même récit par deux points de vue opposés, en laissant au lecteur de choisir qui avait raison. Pareil pour le tome 3 d’Agrippine qui sortira début 2026 : il sera accompagné par un one-shot dessiné par Riccardo Randazzo, et dédié à Poppée Sabine, l’épouse de Néron, le fils d’Agrippine et, encore une fois, sa rivale pour le pouvoir…
Jim
L’histoire des deux vies de Poppée Sabina, épouse de Néron. D’abord, femme ambitieuse et prête à tout pour obtenir le pouvoir, devenue marionnette entre les mains d’un mari fou, violent et… tout-puissant.
An 54 après J.-C. : depuis que Messaline a fait massacrer sa famille, la jeune Poppée Sabina n’a qu’un objectif : épouser l’empereur Claude. L’assassinat de ce dernier l’ayant forcée à se reporter sur Néron, son successeur, la confrontation avec sa mère Agrippine, est inévitable… mais son véritable ennemi se révélera être Néron, mari manipulateur, alcoolique et violent.
- Éditeur : Delcourt
- Date de publication : 5 mars 2026
- Langue : Français
- Nombre de pages de l’édition imprimée : 56 pages
- ISBN-10 : 2413087044
- ISBN-13 : 978-2413087045
- Poids de l’article : 788 g
Singulier album au sein d’une collection que je ne connais pas tout à fait bien mais qui ne n’avait pas habitué à proposer des visions si personnelles des femmes évoquées.
Luca Blengino propose en effet une biographie à la première personne de l’épouse de Néron, assez proche dans la forme de ce qu’il a fait pour Messaline. On trouve l’évocation du passé, les liens avec le monde adulte, la conviction du destin et surtout la présence du confident. Mais cette fois, il s’agit d’un personnage en chair et en os, non d’un reflet, qui aura son importance dans le récit. Le récit surprend aussi par son portrait de Néron, un être faible dominé par sa mère qui perd pied sous l’effet de l’alcool, loin du despote destructeur qu’on représente souvent (et d’ailleurs, cette interprétation est évoquée dans les dialogues et c’est très bien vu). Puis arrive le destin tragique de la souveraine, conforme à la version qu’en donne Suétone, cette vieille concierge. Nous sommes aux trois quarts de l’album et Blengino propose alors un retournement de situation (qui éclaire le sous-titre de l’album, « La Femme qui vécut deux fois »), une sorte de suite qui, pour le coup, me surprend. Le dernier quart s’écarte de ce qui me semble être la vérité historique, pour proposer une fin intense.
Graphiquement, je découvre le travail de Riccardo Randazzo, et c’est peu de dire qu’il convainc et séduit l’amateur de comics. Sa narration est limpide et assez aérée (on pourra reprocher une ou deux bulles qui auraient pu être éloignées des personnages et placées dans les vides des compositions), ses personnages expressifs et son encrage gras et fort. Il alterne avec bonheur les horizontales et les verticales, fait sortir ses personnages des cadres, joue avec le blanc de la planche : moins virtuose que Sarchione, dessinateur de Messaline, il est plus inventif dans ses découpages. Au détour d’une case, on se prend à songer à diverses influences de la bande dessinée américaine, ici un Lee Weeks, là un Rodolfo Damaggio, un Eduardo Barreto ou un Bruno Redondo. Les personnages sont beaux, expressifs, vivants et crédibles, dans des décors présents mais qui n’écrasent ni les protagonistes ni le récit.
Jim