PRISONERS (Denis Villeneuve)

[quote]DATE DE SORTIE FRANCAISE

9 octobre 2013

REALISATEUR

Denis Villeneuve (Incendies)

SCENARISTE

Aaron Guzikowski

DISTRIBUTION

Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Maria Bello, Terrence Howard, Paul Dano, Melissa Leo, Viola Davis…

INFOS

Long métrage américain
Genre : drame/thriller
Année de production : 2013

SYNOPSIS

Issu de la classe ouvrière de Boston, un père de famille apprend que sa fille a été kidnappée avec sa meilleure amie. Il est persuadé que le détective en charge de l’affaire a bâclé l’enquête et se met à suspecter toutes les personnes de son entourage…[/quote]

La bande-annonce :

Un film qui plombe l’ambiance. Quand les lumières se sont rallumées dans la salle, les gens sont sortis en silence, alors que d’habitude, on sort dans une espèce de brouhaha, c’est dire.
En tant que parent, on se sent touché par ce drame familial, et finalement, jusqu’où peut-on aller pour obtenir satisfaction? Où la descente aux enfers s’arrête-t-elle?
Ce n’est pas tant la découverte du coupable qui importe (perso, il ne m’a pas fallu très longtemps), mais c’est surtout un film d’ambiance avec un final nickel. Hugh Jackman est parfait.

Très bonnes prestations des acteurs, avec Hugh Jackman en avant dans le rôle principal qui livre un très fort jeu d’acteur. Gyllenhaal est aussi excellent, très fort avec des mimiques qui caractérisent très bien et très vite son personnage ; je dirais que lui est tout en subtilité, alors que Jackman a un jeu plus brut, plus direct, mais les rôles veulent ça aussi.

J’ai aimé l’ambiance, le grain de l’image, un sujet difficile globalement bien traité. Le scénario ne donne la part belle à personne, même si au fond Jackman avait “raison”… ses actes sont condamnables et condamnés, mais il avait finalement “raison” d’interroger autant sa victime. J’apprécie le fait que Gyllenhaal trouve la petite sans des éléments liés par Jackman, mais je reste un peu dérangé par ce scénario qui pourrait légitimer pour certains de tels actes.

Le film fait (un peu) réfléchir sur soi, sur sa vision du film et sur ce qu’on pourrait faire dans une telle situation. C’est bien, bien fichu, j’ai aimé.

J’ai une impression très éloignée de celle des mes deux prédécesseurs.

Si ça commence bien, si la réalisation paraît bien, les acteurs semble excellents ; 2 heures 30 c’est long, c’est interminable.

Rétrospectivement, ça a amoindri ma bonne impression du début.

Je me suis dit que c’était très décevants cette tendance à faire des films aussi longs, et puis j’ai vu ensuite** L’Echange** d’Eastwood, sur un scénario de Straczynski, et là je me suis dit que la durée du film de Denis Villeneuve n’était pas le problème.

L’Echange qui dure aussi longtemps m’a captivé de bout en bout, le sujet est d’ailleurs assez proche de celui de Prisoners, donc finalement le problème que j’ai eu Prisoners et qu’en fait il n’a rien à dire, et qu’il met 2 heures 30 à le faire.

Dommage.

J’en avais lu du bien un peu partout, de ce “Prisoners”. Honnêtement, après visionnage, je trouve le film un peu sur-côté. Mais c’est déjà un excellent thriller, c’est déjà pas mal. A bien des égards (y compris le travail sur la photo), le film semble être un retour à des ambiances typiques des années 90, quand “Seven” et “le Silence des agneaux” avant lui donnaient le la de ce type de productions.
Le problème, c’est qu’il me semble que l’écriture tire aussi vers ce type d’approche, en faisant fi de quelques acquis précieux : je ne sais pas si le film n’a rien à dire (en fait, je crois qu’il y a bien un discours), mais le principal souci pour moi, c’est qu’à la fin tout est dit, ne subsiste aucune zone d’ombre. Un comble pour un film aussi porté sur les ténèbres et la nuit. Evidemment ça n’empêche pas quelques trouvailles étonnantes, comme l’élégante ellipse finale, mais tout le mystère est dissipé à la fin, avec une partie du charme du film malheureusement.

L’interprétation est très convaincante (Jackman en mode tentre-dedans fait le job dans un rôle pas simple, mais c’est surtout Jake “Donnie Darko” Gyllenhaal qui me botte…), même les seconds rôles : Terrence “Rhodey” Howard est très bon en papa sympa mais veule et effacé, par exemple.

Une mise en scène solide voire inspirée par là-dessus, ça ne gâte évidemment rien, même si on n’est pas fan des séquences “torture-porn” qui s’éternisent un peu trop. Mais il y a une idée brillante à la fin, avec la course désespérée de Gyllenhaal blessé à la fin, aux frontières de l’abstraction visuelle (il ne voit rien au volant de sa voiture et le spectateur est entraîné dans un tourbillon de stimuli visuels indéchiffrables, c’est très beau et très tendu à la fois).

Pour le sous-texte, les critiques ont souligné la façon dont le film se penche, avec succès il me semble aussi, sur la thématique de l’auto-défense et de la fine ligne entre loi et justice, et la façon dont les américains remettent constamment en jeu les termes qui définissent ces notions (on pense à “Mystic River”, évidemment). C’est évident dans l’opposition entre les persos du père et du flic, ce dernier sortant grandi de cette confrontation, puisqu’il est à la fois celui qui s’occupe des méchants, jugule les tentatives de justice expéditive et prête en même temps une oreille attentive aux victimes. Je trouve juste pas ça si fin que ça, limite un peu gros sabots, quoi.

Mais le film (qui pâtit certes d’un rythme assez souffreteux) et tout sauf désagréable, un thriller terriblement américain dans l’esprit, parano et inquiet comme aux grandes heures. Mais on est loin du chef-d’oeuvre.