PROVIDENCE t.1-3 (Alan Moore / Jacen Burrows) + INTEGRALE

[quote]BEST OF FUSION COMICS : PROVIDENCE 1
Auteurs : Alan Moore, Jacen Burrows
176 pages, 18,00 EUR, en librairie seulement

Providence est une œuvre à couper le souffle sur laquelle Alan Moore a travaillé durant de nombreuses années. Le légendaire auteur de comics s’approprie les concepts d’H. P. Lovecraft et les insère habilement au sein de l’Histoire américaine. En 1919, des êtres mythiques vont ainsi se mélanger aux habitants de la côte Est des États-Unis !

(Contient les épisodes US Providence 1-5, inédits)

SORTIE LE 13 JANVIER[/quote]

[size=200]LE SUJET SUR LA V.O.[/size]

A moins d’une faute de frappe, la quatrième de couverture indique que ce recueil compile les numéros 1 à 4 de la maxi-série. ça implique vraisemblablement qu’il y aura trois tomes de Providence et non pas deux.

faich …

c’est celui là le “lost girl” sur Lovecraft ?

Ouais, disons que c’est un monde où toutes les créations de Lovecraft cohabitent. Il faut d’ailleurs une sacrée maîtrise de l’univers du romancier pour saisir le concept, d’autant que Moore a changé les noms des protagonistes et des lieux. J’avoue que j’ai utilisé un blog dédié au sujet pour m’aider à décrypter tout ça, parce qu’autant je connaissais l’Abomination de Dunwich, autant nombre d’autres réféces me sont passées complètement au dessus de la tête.

Et t’as besoin de tout connaître pour apprécier l’histoire ?

Pour ceux qui veulent se rafraîchir la mémoire j’ai sur mon blog une émission de radio disponible à l’écoute sur HPL, sa vie son oeuvre, etc. (Pour en savoir +).

:wink:

Le travail de Moore sur lost girl est assez exceptionnel. Il retourne les histoires de Alice, Wendy et Dorothée comme un gant mettant à jour un contenu sexuel latent.

Ce sont des histoires connues et dans la bd elle même des points de rappel sont placés sous la forme des fantasmes ou souvenir écran du traumatisme. Le lecteur n’est pas perdu au niveau de la logique de l’oeuvre.

Dans From Hell, il y avait un excellent appendice nous permettant la aussi d’appréhender le contexte de la parole de Moore dans son récit redoublant une lecture pertinente des la première.

Pour ce qui est de la ligue, j’ai personnellement été déjà plus perdu. S’insinue à la lecture cette sensation que chaque élément est référencé et qu’il échappe au lecteur novice. Pourquoi pas : le monde fantastique quitte le monde, les références se perdent, cela produit un effet qui n’est pas sans rapport avec l’histoire pour le lecteur ignorant.

Un appendice aurait été bienvenue pourtant, donnant lieu à deux lectures très différentes.

Proposer un lost girl sur lovecraft, moi qui ne connait rien de lovecraft me met directement en incapacitéde saisir le travail de fond de moore.

Là encore pourquoi pas. Lovecraft pour moi ce sera donc le providence de Moore.

Oui, contrairement à la Ligue où, comme le dit n.nemo, on comprend même si on a l’impression que des choses nous passent au dessus, là il faut arriver à comprendre les motivations des personnages, les relations entre eux et les évènements qui se déroulent de manière parfois pas super claire.

Ah, vu que je connais quasiment que dalle sur Lovecraft, ce sera l’occasion de tester sur pièce !

Si tu ne connais pas très bien les bouquins de **Lovecraft ** ni le bonhomme, je pense qu’il faut lire Providence sans s’embêter, il faut oublier **Lovecraft **(plutôt facile pour quelqu’un qui ne l’a pas lu -_ô]) et surtout ne pas penser que tu passes à côté de quelque chose parce justement tu n’as pas lu HPL.

Il faut lire Providence en ayant juste ça en tête :

Providence c’est l’histoire de Robert Black et d’une **Amérique ** cachée, c’est je crois largement suffisant pour être captivé et diverti en passant un très bon moment.

Je ne comptais pas faire autrement !
Merci Artie de me confirmer dans ce choix !

[quote=“soyouz”]…]

Je ne comptais pas faire autrement !
Merci Artie de me confirmer dans ce choix ![/quote]

D’autant que si tu as recours aux annotations quel intérêt par exemple d’apprendre que tel ouvrage fait référence au **Necronomicon **, ou que tel personnage fait référence à Air froid (une nouvelle de Lovecraft) si tu ne l’as pas lue (la seconde et eu connaissance du premier) ?

Ou que Robert Black s’inspire (peut-être) de Robert Bloch si tu ne sais pas qui il est, ni ne connait sa relation avec Lovecraft.
Ou le “jeu” que tous les deux jouaient par histoires interposées.

Je dirais que même pour quelqu’un qui connaît les histoires de **Lovecraft ** et Lovecraft lui-même, mais sans un savoir encyclopédique et exhaustif (assez difficile à acquérir somme toute surtout que les traductions ne sont pas toujours une réussite paraît-il), beaucoup de choses risque de passer à l’as.

Et s’il faut tout connaitre de Lovecraft pour apprécier Providence, je dirais que Moore a “raté” son coup.
Par contre si au terme des 12 numéros il a donné envie aux lecteurs de lire HPL alors là oui.

Et rétrospectivement, quel plaisir ce sera de se rappeler tel ou tel événement à la lumière des texte du “reclus” de Providence.

Pour ceux qui voudraient avoir un aperçu des histoires de Lovecraft à moindre frais, j’ai mis en ligne sur mon blog une de ses nouvelles.

Elle s’intitule Air froid (Pour en savoir +) et elle a bien évidemment à voir avec la BD Providence.

C’est notre ami Photo qui s’est fendu de la chronique musicale de Providence, et il faut avouer que meme si ça fait un bail que Moore me fatigue, çe qu’il en dit donne presque envie:

:arrow_right: bobd.over-blog.com/2016/03/demons-et-merveilles-providence-vs-pigs-of-the-roman-empire.html

La critique par Jack! est disponible sur le site!

Lire la critique sur Comics Sanctuary

c’est vraiment des très bonnes critiques que tu fais Jack. On a l’impression de n’être pas obliger de souscrire à ton analyse tout en acceptant les points cruciaux que tu mets en avant. Entre fait et réflexion sur eux. Franchement, c’est très bien fait, un plaisir à lire.

Je n’ai pas lu providence. Mais tout ce que je lis à son sujet me fait pour l’instant penser à lost girls. En mettant en avant le contenu sexué d’œuvre asexué, Moore nous propose d’en révéler les nouages tout en proposant une autre fiction à part entière. Sans faire référence à l’œuvre originale, qui n’est connu que du lecteur, et n’a pas sa place dans la fiction, il fait métaphore de la figure de style de l’ellipse qui consiste à faire lire quelque chose qui n’est pas écrit au lecteur.

En renvoyant ainsi le lecteur à sa propre transposition du récit, qu’il lit, au récit qu’il connait, Moore propose au lecteur de parcourir à l’envers (mais qui devient du coup à l’endroit) le “refoulement” ayant touché l’œuvre originale, ou encore de parcourir à rebours (mais qui devient du coup le bon sens) le processus créatif qu’on s’imagine des lors être celui d’origine.

Cela produit chez le lecteur, qui fait le lien lui même, un fort effet de conviction quant à ce qu’amène moore comme interprétation, puisque c’est le lecteur ici qui fait le travail de lecture qui n’est pourtant pas écrit dans l’œuvre de Moore mais toujours supposé (une véritable ellipse)

Je ne pense pas que Moore soit spécialement intéressé par la possibilité démonstrative que cela confère à ses récits. Je ne crois pas que Moore cherche à démontrer qu’il y a un contenu sexuel sous-jacent aux œuvres qu’il traite ainsi.

Je crois que ce qui intéresse Moore c’est de rendre manifeste quelque chose de l’ordre de la lecture qui est indiscernable dans la lecture elle même. Toute lecture opère un saut de la lettre au sens qui lui est conféré et qui est sans rapport à la lettre elle même. C’est là quelque chose que tente également de faire apparaitre le discours psychanalytique lorsqu’il cherche à faire droit à l’interprétation qu’est toute lecture, ce que Lacan avait résumé d’un mot comme à son habitude : jouit-sens, décalant de l’œil à l’oreille, du fétiche à l’objet voix, ce qui était mobilisé dans cette opération.

Est ce une élucubration de ma part ou un effet du tour de force de Moore que j’ai ainsi l’impression de lire sans l’avoir lu providence qui donne l’impression d’avoir lu lovecraft sans l’avoir lu… ?

Tiens, je ne connais ni Mosig ni son concept : mais qu’est ce donc qu’une “hyper-oeuvre” **Jack ** ?

Et où développe-t-il cette idée ?

Merci mais je n’ai pas beaucoup de mérite. Je considère Moore comme l’un des plus grands scénaristes (tout court) mais il s’agit aussi - et c’est quelque chose qu’on a tendance à oublier de nos jours avec des récits qui se déforment et se reforment dans une successions de “momentums”, que ce soit en bande-dessinée ou à la télévision* - d’un raconteur d’histoire hors pair.

Je doute que ma “critique” du dernier The Goon soit aussi palpitante. :laughing:

J’ai lu Crossed+100 dernièrement et Moore utilise un peu le même procédé avec l’héroïne. Elle tient elle-aussi un journal intime, sauf que ses pensées sont retranscrites directement en “voix-off”, offrant peut-être un impact plus important à la révélation finale et au cheminement des pensées qui précède.
Je ne me rappelle pas que cette idée soit systématique chez l’auteur, mais on y revient souvent (Mina et les lettres à M dans la Ligue des Gentlemans Extraordinaires, le premier Hibou et sa biographie dans Watchmen, la mystérieuse prisonnière dans V, etc.)

[quote=“artemus dada”]Tiens, je ne connais ni Mosig ni son concept : mais qu’est ce donc qu’une “hyper-oeuvre” **Jack ** ?

Et où développe-t-il cette idée ?[/quote]

Dans le recueil d’essais “Mosig at last: A Psychologist Looks at H.P. Lovecraft”, Dirk W. Mosig suppose que chaque récit de H.P. Lovecraft est en fait un chapitre d’une seule et même œuvre (d’où Hyper-oeuvre dans une sorte d’embranchement tentaculaire entre plusieurs œuvres).

Je crois me souvenir que A. Moore n’est pas d’accord avec Mosig (et à raison). Pourtant, ironiquement, on pourrait dire c’est un concept qu’il met à l’épreuve dans Providence.


[size=85]* Les rares fois où j’ai l’impression de suivre une histoire ces derniers temps, c’est en regardant la deuxième saison de Better Call Saul. Parfaite.[/size]

[quote=“Jack!”]…]

ni son concept : mais qu’est ce donc qu’une “hyper-oeuvre” **Jack ** ?

Et où développe-t-il cette idée ?
Dans le recueil d’essais “Mosig at last: A Psychologist Looks at H.P. Lovecraft”, Dirk W. Mosig suppose que chaque récit de H.P. Lovecraft est en fait un chapitre d’une seule et même œuvre (d’où Hyper-oeuvre dans une sorte d’embranchement tentaculaire entre plusieurs œuvres).

Je crois me souvenir que A. Moore n’est pas d’accord avec Mosig (et à raison). Pourtant, ironiquement, on pourrait dire c’est un concept qu’il met à l’épreuve dans Providence.
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Merci, je ne connaissait pas du tout ; cela dit il y a tellement de choses écrites sur Lovecraft que c’est une occupation à plein temps que de les lire toutes. :slight_smile:

Je ne sais pas si Mosig a tort ou raison, je n’ai pas lu son bouquin mais Moore semble dire que cette idée l’intéresse (Pour en savoir +).

Ça rejoint en tout cas son idée de “champ unifié de la fiction” qu’il développe notamment dans les appendices de la Ligue, et je trouve que c’est vraiment une idée de quelqu’un qui a été marqué par les “univers partagés”, par la “continuité”.
On retrouve là l’idée de P.J. Farmer que l’on connait aujourd’hui sous le nom “d’univers Wold Newton”.

Cela dit j’ai bien aimé ce premier tome, comme quoi une idée digne d’un geek, c’est-à-dire tenter coûte que coûte, de faire entrer dans une hyper-oeuvre comme tu dis (Moore dit hyper-novel compte tenu de l’importance des livres chez HPL et dans une partie de son oeuvre, c’est bien vu aussi) ce qui n’a pas été a priori écrit pour peut donner de fort jolies choses. :wink:

Et Providence en est la preuve (du moins provisoirement).