REDHAND t.1-2 (Kurt Busiek / Mario Alberti)

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La critique de Redhand T.2 (Simple - Les Humanoïdes Associés) par ginevra est disponible sur le site!

Lire la critique sur BD Sanctuary

La critique de Redhand T.1 (intégrale 40 ans - Les Humanoïdes Associés) par ginevra est disponible sur le site!

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Un scénario un peu faible de Busiek, mais des dessins magnifiques d’Alberti (comme toujours).

Jim

Kurt Busiek est hanté par la fantasy. C’est quelque chose qui revient régulièrement chez lui, sous une forme ou sous une autre. Le scénariste d’Arrowsmith et de The Autumnlands a bien lancé sa version des Avengers sous le signe de Morgan le Fay et d’un monde revisité à l’aune du « médiéval fantastique ». Il n’est donc pas étonnant de le retrouver aux commandes d’une série de fantasy proposée par les Humanoïdes Associés.

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Sauf que, comme souvent chez lui, l’approche n’est pas frontale. En effet, les premières pages nous situent dans un monde de science-fiction. Une fois la séquence d’intro, muette, passée, nous nous retrouvons dans un univers fantasy, mais ça ne dure pas : les personnages que nous suivons vont découvrir ce qu’il prennent pour un mausolée, et qui ressemble davantage, aux yeux des lecteurs de science-fiction, à une chambre de cuves d’incubations. L’un des corps placés dans ces cuves, encore vivant, parvient à s’en extirper et à les sauver du danger immédiat. L’être à la tignasse rousse et aux mains ensanglantées, prestement baptisé « Redhand », apprend lentement mais sûrement le langage de la tribu de ses sauveurs, qui le regardent pourtant d’un œil inquiet : cet étranger serait-il le déicide promis par la prophétie ?

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Sur un postulat assez mince, celui d’un « Jason Bourne version fantasy », Busiek tisse une intrigue rapide mais intéressante. Le héros découvre qu’il dispose de nombreuses connaissances (comme pratiquer une césarienne, par exemple), mais ignore son passé et son nom. Rapidement, il décide qu’il n’est pas le déicide annoncé, mais que personne ne doit parler de lui, et devient un être dangereux pour ses alliés. Ce lent glissement est assez bien rendu par Alberti, dont le style est un mélange étrange entre Moebius et Barry Smith (avec un découpage à la Andreas).

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L’ensemble est plutôt prometteur à la fin du premier tome, et même si celui-ci se lit très vite, il devient difficile de deviner ce que va devenir le héros. Voilà selon moi un argument de poids quand on parle de fantasy.

Jim

Sa reprise de la série Aquaman après Infinite Crisis correspond à ta description.
Le Royaume d’Atlantis en ruines après l’attaque du Spectre mène à un fonctionnement clanique digne de l’Heroic-Fantasy. Son Arthur Joseph Curry (sombre idée d’un nouvel Aquaman, en mode « héritier génétique mais pas vraiment ») a d’ailleurs souvent une allure proche des grandes figures de ce genre, au moins sur les couvertures.

Son dernier titre Autumnnlands le montre aussi.

Voilà, je cherchais cet exemple, et je ne le trouvais pas. Merci.
Ses Superman, notamment l’histoire avec Arion, jonglent avec ce genre d’idées aussi.

Jim

C’est vrai.
Faudrait que je relise tout ça, je ne me souviens plus si j’avais vraiment aimé…

J’en ai un souvenir mitigé : super pénible à lire en fascicules, parce que c’était le merdier éditorial à l’époque, et bien plus agréable en TPB, parce qu’on sent bien le projet, on voit l’intrigue, même si c’est un poil long.

Jim

C’est l’impression que j’ai aussi. Dommage.

Je relirai : j’aime le héros, j’aime les auteurs, j’ai les TPB à la maison, ça fera partie des relectures, tôt ou tard.

Jim

Je l’avais relu l’année dernière, dans le cadre de l’anniv’ de Supes…

Merci !

Dans le deuxième tome, Redhand arrive dans une grande ville portuaire, dont l’activité commerciale permet aux démunis de trouver des petits boulots et de survivre dans les ruelles de la basse-ville. Mais alors qu’il prend un dernier godet avec des potes de boulot, l’auberge est assaillie par des brigands qui utilisent la magie pour endormir et détrousser les clients. Sauf que Redhand, lui, qui est né dans un tube issu d’une technologie lointaine et oubliée, n’est pas sensible à cette magie. Pris au milieu d’une rixe provoquée par les clients qui se réveillent et qui voient en lui la source de leurs ennuis, il doit fuir aux côtés de brigands. Il découvre une existence miséreuse à l’ombre des riches statues de dieux et de déesses. Lui qui ne croit à aucun dieu et s’insurge contre les inégalités sociales, il est repéré par un riche entrepreneur qui veut que Redhand et ses nouveaux amis cambriolent un temple et s’emparent d’un artefact pour son compte. C’est là que les vrais ennuis commencent.

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Ce deuxième tome place le héros dans un nouveau décor, où il se sent décalé et inadapté. L’exploration de la ville portuaire est l’occasion pour les auteurs de montrer comment la société actuelle s’est reconstruite sur les ruines de la précédente (celle qu’on a vue dans la scène d’intro muette du premier volume). C’est donc à partir de ce moment que le lecteur peut s’amuser à repérer dans les décors la carcasse d’un paquebot, l’écran fêlé d’un ordinateur éteint, la roue d’un vieux vélo… Cet univers de fantasy est donc un monde post-apocalyptique, ce tome confirmant les soupçons du précédent.

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La quête de l’artefact, qui s’avère être une sorte de méga-fusil nucléaire issu de la même technologie que Redhand (et capable de se brancher sur les picots métalliques qui entoure son œil droit, et qui sont des prises connectiques, on le devine à ce moment), est l’occasion de creuser un peu plus le passé du héros. Un héros qui ne vient pas du même monde que ceux qui le côtoient, et qui n’obéit pas aux mêmes règles, qu’elles soient sociales ou physiques : on retrouve ce postulat dans The Autumnlands.

Sans avoir le propos radical et percutant du premier tome, qui avait le mérite de faire du héros un véritable danger, celui-ci creuse un peu plus les coulisses de sa création. On reprochera un lettrage aussi maladroit que celui du précédent, et une traduction bien pire (changement de traducteur, hélas), qui renoue avec la grande tradition Sagédition, celle des phrases auxquelles il manque la fin…

Jim