Le dernier film en date d’Amenabar (déjà dispo en VOD), assez mystérieusement à mes yeux, a reçu un accueil critique plutôt tiède, à ce qu’il m’a semblé. Il ne méritait pas vraiment ça.
Perso, sans être un fan acharné du réal (j’ai pas vu « Mar Adentro » qui ne m’attire pas du tout, ni « Agora » qui a pourtant très bonne réputation), j’ai été très favorablement marqué par ses premiers travaux, notamment ses débuts hollywoodiens avec « Les Autres », formidable variation sur les ambiances développées par un Jack Clayton sur « Les Innocents ». Le film était certes bien moins original que les débuts européens du cinéaste espagnol (formidables « Tesis » et « Ouvre les yeux »), mais remarquablement usiné, de main de maître.
Mais d’une certaine façon, j’ai été un peu déçu par la tournure prise par la carrière d’Amenabar. Il semblait tellement à l’aise dans le registre du genre (et dans la reprise de motifs hitchcockiens en diable, mais aussi à la Philip K. Dick pour « Ouvre les yeux » ; chouette mélange) que le voir le déserter constituait une déception. J’étais donc ravi à l’idée de le voir replonger avec « Régression »…
Amenabar, qui a peut-être besoin de (re)faire ses preuves à Hollywood, emballe avec une grande modestie un de ces thrillers pluvieux, complotiste et cafardeux si typiques des années 90 (où l’action se déroule d’ailleurs). Le script fleure même bon les seventies avec cette idée de secte satanique cheloue et sur laquelle on n’apprend finalement pas grand chose (on pense aussi à l’espagnol Jaume Balaguero, de la même génération qu’Amenabar, quand il a fait le glaçant « La Secte sans nom »).
Alors bien sûr, tout ça n’est pas franchement original sur le plan thématique, avec cette confrontation foi/rationalité qui constitue le fond du suspens sur lequel repose le métrage (même si ça reste une thématique absolument passionnante). De même, le spectateur aguerri aura tôt fait de deviner le déroulement de l’intrigue, twist final inclus, mais perso je me suis laisser embarquer quand même sans souci. Il est simplement dommage que le cinéaste cède à la facilité de laisser traîner quelques indices un peu trop « à l’attention des gros malins » si j’ose dire ; il évente presque certains pans de son intrigue en jouant à ça…
Peu importe, ni le manque d’originalité ni celui de réelles surprises narrative ne vient gâcher le déroulé du « programme » d’Amenabar, un cinéaste d’une rigueur toujours étonnante. Sans en faire des caisses, il tisse ici mine de rien un joli réseau de signes ou présages visuels, voire d’échos ou de rimes « signifiants », avec bien plus d’intelligence que la plupart de ses confrères. Un sacré metteur en scène, quand même.
Une très bonne péloche, certes pas transcendante de fraîcheur et d’originalité, mais dont le charme presque désuet fonctionne à mort, malgré la noirceur du propos, et parfois même son côté presque transgressif : le film déploie en effet un discours plutôt iconoclaste sur le type de crimes relatés ici.