S.O.S. BONHEUR (Van Hamme / Griffo)

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La critique de S.O.S. Bonheur T.1 (intégrale - Dupuis) par ginevra est disponible sur le site!

Lire la critique sur BD Sanctuary

Des années plus tôt, l’invention du “ni de gauche ni de droite”, mais en revanche, une certaine finesse dans l’analyse des fâcheries et des indignations. J’aime beaucoup, même si ça laisse, encore de nos jours, un goût un peu amer.

Jim

Là aussi, une série très recommandée !
Je ne sais pas ce que vaut la suite qui vient de sortir, en revanche !

Je suis en train de la relire. Je viendrai la commenter.

Je ne sais pas non plus. Je me méfie un peu de Desberg sur le réalisme.

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Jim

Hum … quand je rentrerai de mon G7/27, je ferai comme toi, tiens !

Ça faisait un bout de temps que j’y pensais, et le faire de reparler d’Orwell avec Zaitchick sur une autre discussion m’a finalement poussé.

Jim

Je dois à Jean Van Hamme certains de mes grands chocs de lecture franco-belge. Certains de ses récits (Le Grand pouvoir du Schninkel, Histoire sans héros, ou encore la série qui nous occupe ici), avec sans doute aussi Partie de chasse de Christin et Mézières, ont longtemps figuré au sommet de mon panthéon personnel, aux côtés de productions signées Alan Moore ou Frank Miller. Depuis lors, j’ai relu des choses, en révisant mon jugement (le Schninkel, par exemple, me semble trop connoté d’influences chrétiennes), et sans remettre en cause l’audace des projets au moment de leur sortie ni l’impact qu’ils ont eu sur moi.

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Donc, je relis le cycle van hammien de S.O.S. Bonheur, que j’ai dans l’édition intégrale. Qui présente l’avantage d’avoir des textes et des commentaires signés Van Hamme et Griffo, permettant ainsi de resituer dans le contexte de création (une idée germée dans les années 1970 et donnant naissance à une BD des années 1980).

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Force est de constater que l’ensemble a vieilli. Pas seulement graphiquement : Griffo est encore un peu vert, et navigue dans les eaux de la science-fiction franco-belge lourdement frappée du sceau de Moebius (des hachures partout, un trait lisse est délicatement tremblé) qui donnera notamment le Bilal première manière.

Le premier tome se compose de trois récits séparés. Le premier concerne un homme fraîchement embauché qui cherche à savoir ce que fait son entreprise. Le second suit une jeune femme qui a choisi de se désinscrire à la sécurité sociale et dont la fille tombe malade. Le troisième évoque les vacances forcées imposées par cet état providence qui dérape.

Ce premier tome sort en 1988, avec une maturation des idées qui datent des dernières années de la Guerre froide. Et derrière la dénonciation d’une bureaucratie enkystée, on voit surtout une critique du totalitarisme, qui en pointe les manifestations dans la dimension sociale. Ce que les récits mettent en avant, c’est le contrôle des pensées, mais pas seulement : c’est le bonheur imposé. Et dans le contexte de l’époque, on ne peut s’empêcher de penser que le propos est en fait libéral, au sens français du terme : à savoir, moins d’état et plus de choix personnels. Avec le temps qui passe (la chute du mur, le triomphe du libéralisme, la privatisation des services dans tout l’Occident…), la série prend une tonalité différente, montrant bien que Van Hamme est passé à côté du propos, n’a pas anticipé l’évolution de notre société. L’ambivalence du projet (d’autant que Griffo se reconnaît, il en parle dans sa postface, dans les mouvances de gauche de l’époque) n’a pas survécu à l’épreuve des ans, qui en fait, a posteriori, une sorte de pamphlet de droite, sans doute à son corps défendant.

Jim

à son corps défendant ?

je pense pas que qui que ce soit ait jamais soupçonné Van Hamme d’être de gauche, pour ma part, mais je suis peut-être péripatétilingue.

Doit-on déduire de ce néologisme greco-latin que ta langue aime se promener ? ~___^

Tori.

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J’essayais de modérer mon propos.
Et c’est sans doute un effet, aussi, de la distance entre mes deux lectures (genre, entre vingt-cinq et trente ans).

Splendide.

Jim

Ah tiens, je note que le deuxième tome du cycle de Desberg semble prévu pour novembre prochain.

S-O-S-Bonheur

Jim

Et pour les incultes, vous pouvez donner la définition ?

Langue de pute.

Tori.

A merci. J’avais la moitié !

Le deuxième tome de la période Van Hamme est composée de la même manière : trois histoires, apparemment séparées (mais l’une d’elles au moins établit des liens avec le tome précédent).

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Le premier récit suit un personnage alors qu’il perd les différents signes de sa citoyenneté, à commencer par sa carte de paiement. Le second s’intéresse au planning familial tout en proposant un protagoniste inattendu, le sosie du président, un acteur sur le retour qui trouve là le rôle de sa carrière. Le troisième nous intéresse peut-être de plus près puisqu’il met en scène un écrivain adoubé par l’État, et qui décide de faire l’école buissonnière de l’écriture.

On est toujours dans le même registre, à savoir une charge contre l’état-providence et l’ingérence de la chose publique dans la vie privée. Si on ne peut faire le procès à Van Hamme de n’avoir pas flairé l’informatisation de la société (on était en 1988, c’était en germe mais fallait vraiment y penser), on peut tout de même lui faire grief de n’avoir pas vu venir (ou de n’avoir pas voulu s’en faire l’écho) la privatisation des services et de la culture. En ce sens, la série, regardée avec l’œil d’aujourd’hui (et donc loin du regard que je lui portais quand je l’ai découverte, à peu près à l’époque de la sortie, donc au moment du bac), semble déconnectée de sa réalité, et tenir des procès déjà un peu flétris. Beaucoup de lecteurs font la comparaison avec 1984 ou Le Meilleur des mondes. Comparaison n’est pas raison. Les romans d’Orwell et de Huxley sont parus respectivement en 1949 et 1932 : la série de Van Hamme arrive bien tardivement (notons qu’elle a été prépubliée dans Spirou à partir de… 1984, justement, dans les remous de la Guerre froide…), et semble ressasser de vieilles rengaines, même si, au final, sa parution sous forme de bande dessinée témoigne de l’évolution de la production franco-belge, vers une plus grande ambition thématique.

Cependant, la qualité d’écriture est évidente. Van Hamme a le sens des ellipses, des collisions de séquences, qui confrontent les attentes des personnages à la dure réalité où ils doivent survivre. Le désespoir et la solitude sont très bien rendus.

Jim