Drame
Série française
Créée par Marc Herpoux et Alice Géraud
Avec Alix Poisson, Julien Frisson, Jonathan Turnbull…
Disponible sur : Où regarder la série Sambre en streaming
Adaptation libre du livre d’Alice Géraud (elle-même scénariste de la série avec Marc Herpoux), cette mini-série en six épisodes a pour but tout à la fois de rendre hommage aux victimes du violeur mais aussi, et surtout dirais-je, de se demander comment un criminel et autant de victimes ont pu passer sous les radars des institutions durant presque trente ans.
Sambre est un bel exemple des spécificités du format feuilletonnesque télévisé et de comment celui-ci peut permettre le but fixé par les auteurs. En posant et en se tenant à un cadre formel strict (un épisode = une date = un personnage), Sambre permet pour le spectateur de prendre très rapidement conscience du caractère à la fois exceptionnel de cette histoire mais aussi des multiples petites pierres s’ajoutant à un édifice permettant d’arrêter le violeur.
Ce monticule se construisant peu à peu n’est, hélas, pas volontaire mais conséquence d’une maltraitance institutionnelle, politique et générale consciente (parfois) et inconsciente (surtout). Il faut voir comment la magistrate (Pauline Parigor) fait face au mur symbolisé par un commandant de gendarmerie pétri de préjugés et dénué de sensibilité envers les victimes ou par sa propre hiérarchie préférant qu’elle travaille sur des affaires de trafic de drogue, il faut voir comment la maire (Noémie Lvovsky) s’entends dire que si une vaste usine n’a pas trouvée de repreneur c’est par qu’elle a porté médiatiquement l’histoire du violeur de la Sambre afin de prévenir les femmes de sa commune et des environs. Le mur se retrouve aussi chez une des premières victimes (Alix Poisson) subissant une amnésie traumatique, chez les autres qui se prennent le poids du « quand diras t-on ? » et j’en oublie. On le trouve, enfin, chez Jean-Pierre Blanchot (Julien Frisson) personnage récurrent de toute la série (avec Enzo Salina, le violeur) dont on suit le parcours professionnel (de jeune recrue à commissaire) mais aussi et surtout toutes les erreurs qu’il commettra par inexpérience, pression, préjugés ou simple contexte. La force de la série étant de ne jamais simplement pointer du doigts tel ou tel personnage mais de décrire une faillite collective.
Avec un casting brillant (outre ceux cités plus haut on notera aussi la présence d’Olivier Gourmet en commissaire chargé des cold-case, quand à Jonathan Turnbull, il est littéralement incroyable dans un rôle guère évident) Sambre est d’une efficacité redoutable mais aussi d’une grande sensibilité. Notons qu’à l’exception d’une, jamais les agressions sont montrées, notons comment la série prend le temps de poser son (ses) cadres économiques, sociaux et familiaux permettant au mieux d’aborder toutes les zones grises de cette histoire. Sambre c’est aussi des scènes percutant qu’on attends pas au détour d’un épisode et qui montre, par la seule mise en scène comment toute une communauté peut vivre auprès de ses victimes.
Brillant.
