SCALPED t.1-10 + INTÉGRALE (Jason Aaron / R.M. Guéra)

Oui, c’est vraiment une excellente série.

Le plus impressionnant, je trouve, c’est la capacité de Aaron a passé du passé au présent dans un même épisode, preuve de son étonnante maîtrise de la narration.

Globalement, les personnages sont tous très intéressants et, quand on regarde ce qu’ils étaient au début de la série et ce qu’ils sont devenus à la fin, c’est vraiment bien foutu. Plus je lis ou regarde de fictions et plus je me dis que faire une bonne fin, c’est vraiment quelque chose de très difficile. Or, Aaron réussit vraiment bien l’exercice.

Un formidable polar, décrivant des vies personnelles tout comme les conditions de vie des habitants de la réserve, qui fait vraiment réfléchir.

Northlanders, c’est pas mal du tout, mais c’est loin d’être du même niveau que Scalped, je te préviens.

Oui, je suis bien d’accord avec Franck, d’ailleurs, j’ai pas encore trouvé une série aussi réussie dans tout ce qui est sorti ces derniers mois.

Alors c’est marrant, mais moi, je suis pas fan de Scalped. Je veux dire, j’aime bien, j’ai pris du plaisir à lire l’ensemble de la série, mais pour moi, c’est du bon gros polar qui tache, c’est bourrin, un peu bas du front, avec des personnages sympas mais pas non plus d’une complexité folle. Et le prétexte de la culture indienne, c’est bien gentil (Aaron en tire des choses, c’est clair), mais pareil, c’est pas d’une subtilité renversante, c’est pas Tony Hillerman, quoi. Le dessin, c’est pareil : violemment grossier. Efficace, puissant, sans fioritures, mais ça manque d’élégance. L’ensemble somme toute se lit quand même très vite, et si la série dispose d’un sujet en or, elle ne fait que le survoler, je trouve. Et si, effectivement, Aaron tient son intrigue et ses personnages jusqu’au bout, c’est quand même pas un chef-d’œuvre. C’est très agréable, mais de la à mettre ça sur le podium, je suis pas convaincu.

Jim

Visiblement, tu es un peu passé à côté de l’essentiel. Ca arrive, même aux meilleurs. :wink:

Scalped est singulièrement réussi.

Une véritable tragédie, déclinée au niveau de chaque personnage. L’échec à changer à temps pour ne pas répéter les même erreurs est commun à tous les personnages.

Certain n’en auront pas une mauvaise vie pour autant d’autre y trouvent un destins funestes, quand d’autres encore n’ont d’autre choix que de tout quitter pour trimballer ailleurs leur incapacité à vivre.

c’est rare que l’échec soit ainsi avec bonheur au centre d’une série, il faut remonter à mon sens à sandman dans un genre très différent. Aussi opposées soient ces deux séries dans leur genre et dans leur narration, elles sont précieuses là où elles savent souligner l’importance déterminante que l’échec a dans toute vie.

Northlanders est très différent, plus âpre dans son approche, moins attachante au long court puisque multipliant les histoires et les personnages, mais rarement dans une histoire le fossé du temps n’aura été aussi bien rendu dans l’expression des subjectivités, et rarement la solitude fut à la lecture aussi poignante.

Autre culture, préchretienne, autre temps, autre vie et autre morale : comment rendre compte dans la narration du fossé qui sépare notre humanité de la leur ? Comment rendre compte de ce que nous partageons ?

Je n’ai jamais été convaincu par les récits historiques qui se donnaient aussi pour objectifs de cheminer dans ce paradoxe de la distance et de la proximité.

Wood y réussit avec brio grâce un dispositif terriblement simple et pourtant si efficace : un voix off des plus modernes, narration intérieur des personnages qui nous projettent immédiatement dans une intimité partagée et puis des vies, des épreuves qui tranchent par leur extrêmes distances avec celle que nous pouvons connaitre.

Familiarité partagée du quotidien, mais quotidien d’une radicale étrangeté. Contraste totale entre la familiarité et l’étrangeté sans que jamais ne soit isolé un élément en particulier puisque ce n’est pas la différence qui fait la différence, mais la similarité de rapport vis à vis d’un différent qui fait à la fois le proche et le lointain.

Rien que pour cela northlanders est une très grande bd.

Mais j’aimerais bien qu’on me l’explique, l’essentiel.
Parce que bon, le drame humain, qu’on me ressasse sans arrêt, je veux bien, mais c’est quand même à la truelle. Ouais, les personnages sont intéressants, mais ils sont taillés à la hache, pas ciselés. Mal dégrossis, avec des dialogues qui tournent bien mais qui sentent pas le travail, le tout dans des épisodes qui se lisent en trois minutes.
Pour moi, c’est Losers en un peu mieux, avec la caution de la réserve indienne.
Je ne retrouve pas la stylistique et les recherches formelles de 100 Bullets, ni l’épaisseur des personnages de Y The Last Man, ni la finesse du commentaire socio-politique de Ex-Machina. J’ai même pas la sensation d’une écriture BD exceptionnelle, cette sensation qui me fait dire « ça, ça n’aurait pu être fait qu’en BD », que je peux avoir face à des trucs de Gaiman (et dieu sait que du Gaiman, ça m’enquiquine).
Donc bon, j’aime bien, et je relirais sans doute, dans vingt ans (ou deux, on verra…) parce que j’aime bien les gros polars qui tachent, mais j’ai du mal à mettre ça au rang d’un chef-d’œuvre.

Jim

Sauf que tu compare quand même (100 Bullets mis à part) des trucs pas trop comparable. Wood écrit bien c’est clair, mais tu reconnais vite la patte de l’auteur, pareil pour Azzarello qui, quand même, à du mal à faire quelque chose qui sorte du lot depuis la fin de 100 Bullets. Scalped, c’est un polar très noir qui fait bien ce qu’on lui demande. outre une narration intriquée, un découpage sec, de bonnes idées (certes pas novatrices mais bien utilisées) c’est aussi une noirceur qui prend à contre pied pas mal d’autres séries. Et puis c’est quand même plus emballant que Criminal (comparons donc des œuvres qui ont des points communs) par exemple souvent porté aux nues alors que très lambda…et Hillerman, avec tout l’intérêt que je porte à ses bouquins, soyons honnête, c’est chiant!

[quote=« Jim Lainé »]

Mais j’aimerais bien qu’on me l’explique, l’essentiel.[/quote]

Ben, ce n’est pas comme si les mérites de la série n’avaient pas été discutées en long en large et en travers, ici comme ailleurs. Visiblement, ce à quoi les gens ont été sensibles t’a laissé froid. C’est ce que j’appelle passer à côté. Ce n’est pas grave, en même temps. Je me rappelle avoir singulièrement détesté Phonogram, alors que la plupart des avis que je lisais étaient dithyrambiques. Je me suis fait une raison.

Ce qui ressort beaucoup de ton analyse, c’est le manque de finesse de l’ensemble, alors que moi, justement, je trouve la série très finement écrite sous un verni très rocailleux. C’est du récit coup de poing écrit par une danseuse (bon ok, quand tu vois la tronche de Jason Aaron, difficile de penser à lui comme une danseuse, je te l’accorde :mrgreen:).

Ce n’est pas le même genre de virtuosité qu’Azzarello sur 100 bullets. Ca parle plus aux tripes qu’à l’esprit. Quant aux personnages, ils sont au moins aussi bons que ceux de Y. Pour moi, c’est même un des points les plus forts de cette série. Les personnages resteront longtemps avec moi. Et puis Y n’a pas eu la constance de Scalped, je trouve. En même temps, je suis d’accord avec Fab, les comparaisons que tu fais ne sont pas les meilleures, pas seulement parce que les séries ont des tons différents, mais aussi parce qu’Aaron n’a pas le même genre de qualités qu’Azzarello et Vaughan. Le jeu des comparaisons est toujours difficile, mais, si je devais en faire une, je le comparerais plutôt à Scorcese, avec Gangs of New York ou Les Infiltrés par exemple. Alors, on peut ne pas aimer Scorcese parce qu’il tourne des scènes qui bourrinent, mais dire qu’il filme à le truelle, ce serait un peu gonflé.

Dans tout ça, on parle beaucoup du scénario de Scalped, comme souvent, mais je trouve aussi Guéra exceptionnel sur cette série. Faut pas l’oublier.

[quote=« Jim Lainé »]…]
Je ne retrouve pas la stylistique et les recherches formelles de 100 Bullets, ni l’épaisseur des personnages de Y The Last Man, ni la finesse du commentaire socio-politique de Ex-Machina. …][/quote]

Voilà une bonne nouvelle, tu cites trois séries qui m’ont déçues ; je suis donc content que **Scalped ** s’en démarque (puisque je viens d’en recommencer la lecture).

J’en ai lu pas mal et je ne me suis jamais ennuyé pour ma part.
Mais c’est assez loin de ce que fait **Aaron **sur Scalped.

Je suis bien d’accord.

[quote=« Jim Lainé »]…] mais j’ai du mal à mettre ça au rang d’un chef-d’œuvre.
[/quote]

Oui ?

Et qu’est-ce que c’est un chef-d’oeuvre ?
Parce que « chef-d’oeuvre » ça me paraît être une catégorie largement fourre-tout, non ?

J’aimerais dire qu’elle est galvaudée, mais puisque je n’ai aucune idée de ce qu’elle recouvre je vais m’abstenir.

Moi Arty, même si y a plein de goûts qu’on partage pas, depuis que je le lis, et ça fait bien 6 ou 7 ans (ah l’époque Superpouvoir avec sa présentation en colonne centrale…oui bon bref) eh ben y a pas a dire des fois y me fait rêver! :slight_smile:

Bon j’avions arrêté la lecture de Scalped pour des raisons indépendantes de ma volonté et je m’y suis remis en lisant ce que j’avais sous la main (les tomes 1 à 6) et ça tient plutôt bien la route.

Reste que quand R. M. Guéra est remplacé je trouve que ça marche beaucoup moins bien, et puis je ne suis pas d’accord avec Brubaker (que je relis & lis en ce moment « intensivement ») qui dans la préface du 4ème tome dit que finalement l’intrigue dans les polars c’est un « glaçage » et que l’essentiel ce sont les personnages qui cheminent à travers ces intrigues.

Bien sûr que dans le polar, entendre hardboiled ou « Noir » les personnages sont importants, tout autant que l’intrigue de mon point de vue ; et Dieu sait que **Brubaker ** le sait.
Ou alors les bonnes histoires qu’il a écrites c’étaient de la chance ou quoi ! :slight_smile:

Jason Aaron réussit malgré un MacGuffin plutôt riquiqui vous en conviendrez, à tenir son histoire et outre le personnage principal il parvient à développer des seconds rôles très intéressants tout au long des épisode de façon assez sporadiques pour certains d’ailleurs.

Mon favoris est certainement le shérif Karnow, tout à fait le genre de personnage pour lequel j’aurais aimé qu’Aaron écrive une petite mini-série dérivée.

Et je l’ai déjà dit mais R.M Guéra est vraiment le dessinateur qu’il fallait à cette série (**Kordey **n’aurait pas démérité cela dit, voir le n°50).

Encore un recueil à venir.

J’avais particulièrement aimé l’épisode 47, dessiné par un Danijel Zezelj judicieusement employé, le seul one-shot de la série à mettre en scène d’autres personnages de la réserve complètement extérieurs à l’intrigue principale avec une idée astucieuse dans la mise en scène: c’est un vieux couple d’indiens qui ne se parlent presque pas de vive voix mais qui se comprennent parfaitement. Rétrospectivement, ça m’aurait intéressé que Jason Aaron fasse d’autres numéros « déconnectés » de la série dans cette veine.

[quote=« Benoît »]…]
J’avais particulièrement aimé l’épisode 47, dessiné par un Danijel Zezelj judicieusement employé, le seul one-shot de la série à mettre en scène d’autres personnages de la réserve complètement extérieurs à l’intrigue principale avec une idée astucieuse dans la mise en scène: c’est un vieux couple d’indiens qui ne se parlent presque pas de vive voix mais qui se comprennent parfaitement. Rétrospectivement, ça m’aurait intéressé que Jason Aaron fasse d’autres numéros « déconnectés » de la série dans cette veine.[/quote]

Tu as raison très bon épisode, d’une manière générale je ne suis pas très *fan * de Danijel Zezelj mais là le sujet lui convient bien.
Une belle histoire.

i818.photobucket.com/albums/zz104/Werber/Werber001/J-Aaron-RM-Guera_zpsrisdri3d.jpg

Une excellente série qui se termine au mieux, 60 numéros intenses et ce dernier recueil ne faiblit pas.
J’utilise souvent cette phrase de Thomas Narcejac (brillant auteur de romans policiers) qu’il écrivit en 1949 à propos du roman Noir dans un essai à charge : « …] Ce qui est noir, …], ce n’est pas, …] sa violence, sa crudité ; ce n’est même pas le désespoir qu’il peut éveiller chez le lecteur facile à suggestionner, c’est quelque chose de plus foncier et de plus mystérieux que l’on pourrait définir en disant qu’il nous présente le monde comme un TRAQUENARD. …] »

Cette vision (très juste selon moi) qu’a Thomas Narcejac du roman Noir (alors qu’il en dit pis que pendre dans son essai La Fin d’un bluff), s’applique selon moi, sans coup férir à la série d’Aaron & Guéra.

En définitive cette définition du Noir (si je puis dire) s’applique à presque toutes les histoires réussies du genre.
Quand bien même elles ne finissent pas toutes pareilles (fort heureusement), car comme je l’ai dit encore il n’y a pas longtemps ; s’il est rare de découvrir une idée totalement nouvelle, voire totalement impossible, il devient évident que ce n’est pas l’art d’un alphabet nouveau qu’il nous faut attendre mais bien des combinaisons nouvelles de mots anciens.

Et l’équipe qui a présidé à faire de cette série ce qu’elle est, en a réussi une bien belle de combinaison.

Le premier tome de l’Intégrale SCALPED sortira le 18 novembre.

[quote]Scalped Intégrale tome 1

Il y a quinze ans, Dashiell Bad Horse a fui la pauvreté et le désespoir que lui promettait la réserve indienne de Prairie Rose. Il est aujourd’hui de retour et fait le constat amer que rien n’a changé. Engagé dans la police tribale du chef Red Crow, futur propriétaire de casino et parrain de l’ensemble des trafics d’alcool et de drogue de la réserve, Dashiell a pour mission de faire passer aux traditionalistes l’envie de revendiquer leur ethnicité à coups de C4 et de limiter au maximum la prolifération des laboratoires de méthadone. Est-il de retour pour mettre de l’ordre ou tirer sa part du lion ?

Contient : Scalped Deluxe Edition Book 1

Public : Ado-adulte - à partir de 12 ans
Genre : Polar / Thriller / Western
Collection : Vertigo Essentiels
Date de sortie : 18 novembre 2016
Pagination : 296 pages
EAN : 9791026810698
Prix : 22.5 EUR

[/quote]

Pour info, le Scalped Deluxe Edition Book #1 compile les 11 premiers épisodes de la série.

La couverture de la première intégrale :

http://www.cine-sanctuary.com/public/sanctuary/img/covers/covers.1/81AH9lCHa5L.jpg

[quote]Scalped Intégrale tome 2

Dashiell Bad Horse est un homme déchiré. Son rôle officiel au sein de la police tribale de la réserve de Prairie Rose masque à peine l’immoralité des basses oeuvres dont son chef, Red Crow, le charge en parallèle. Mais derrière chacun de ces deux masques se cache également la mission sous couverture de Dash, agent du FBI : contraint de revenir sur les terres qu’il a quittées il y a plusieurs années, il a désormais pour objectif de faire tomber Red Crow, et ce, quel qu’en soit le prix. Dash est désormais lié aux meurtres de deux femmes, deux mères, dont l’une d’elles n’est autre que Gina Bad Horse, sa propre mère.

Contenu : Scalped Deluxe Book 2 (#12-24)

Public : Ado-adulte - à partir de 12 ans
Genre : Polar / Thriller / Western
Collection : Vertigo Essentiels
Date de sortie : 07 avril 2017
Pagination : 320 pages
EAN : 9791026811381
Prix : 28 EUR[/quote]