SEVERED, DESTINS MUTILÉS (Scott Snyder,Tuft / Attila Futaki)

[quote]SEVERED, DESTINS MUTILES
*Scénario: Snyder Scott,Tuft Scott – Dessin: Futaki Attila
Public: Ado-adulte – à partir de 12 ans
Genre: Aventure,Polar / Thriller
Collection: Urban Indies
Date de sortie: 26 April 2013
Pagination: 208 pages
ISBN: 9782365772099
Format: 185 x 282mm
Prix: 17.5 €

Début du XXe siècle. Sur les routes d’une Amérique à l’aube de sa modernisation, le Mal rôde à la recherche de sa prochaine victime. Son apparence et son origine importent peu. Il est. Il est celui qui entraînera l’enfant hors des sentiers, hors d’atteinte de la civilisation, hors de portée de tout secours. Ce mal, le jeune Jack Garron l’a rencontré.*[/quote]

Liens:
Le site de l’éditeur : www.urban-comics.com
La page facebook de l’éditeur : www.facebook.com/UrbanComics

C’est bien ? Parce que ça me donne bien envie, là.

J’avais été attiré par les couvertures à l’époque (les sept sont un peu du même genre, avec le coup du papier qui se déchire, et dans le dernier le mec qui jaillit carrément), mais je n’ai pas eu l’occasion de feuilleter. Je pense que ça sera dans mon escarcelle tôt ou tard.

Quelques pages de preview.

C’est malin, maintenant je veux lire la suite ^^

La critique par Blackiruah est disponible sur le site!

Lire la critique sur Comics Sanctuary

Je n’ai pas l’impression que c’est un des premiers travaux de Scott Snyder, les sept épisodes sont parus entre 2011 et 2012, il me semble, en parallèle de son travail sur Batman.

Il manquait la précision “en indé” que j’ai rajouté pour éviter la confusion ^^

J’ai été assez bluffé par la représentation graphique de ces Etats-Unis du début du XXe siècle. Je ne connaissais absolument pas cet Attila-là, mais je suivrai à coup sûr ses prochains travaux. L’histoire est prenante, mais c’est surtout la qualité des planches qui m’a impressionné.

Pas mal, l’histoire est intéressant même si un peu cliché ( l’orphelin à la recherche de ses racines, tout ça…). Mais malgré des qualités d’écritures et graphiques, pas une seule fois je n’ai ressenti de frissons dans le dos. La BD n’a jamais su me faire avoir peur et je me demande si c’est vraiment un média adapté pour cela.

Le point soulevé par Geoffrey est intéressant : perso, à l’exception su “Swamp Thing” de Moore qui appartient clairement au genre (tradition du sous-texte sociologique incluse), je setrais bien en peine de citer une BD d’horreur vraiment marquante…
Quand je pense à ce genre en particulier, je pense aux vieilles anthologies des années 50 à la EC Comics, ou à la rigueur aux tentatives mainstream chez Marvel au début des années 70 (tous les monstres Universal revisités par la Maison des idées), et bien sûr à un paquet de titres Vertigo utilisant des éléments caractéristiques. Mais c’est bien peu finalement.
Donc on peut se poser la question : la BD est-elle faite pour l’horreur ?

A la lecture de “Severed”, j’aurais tendance à répondre par l’affirmative.
Snyder et Tuft pondent une histoire certes classique (archétypale même), mais par son jusqu’au-boutisme (deux trois scènes vraiment hardcore, notamment le destin d’un personnage “féminin”) elle tranche si j’ose dire avec ce que l’on a l’habitide de voir. Notamment parce que contrairement à la “norme”, personne n’est à l’abri dans cette histoire et certainement pas les enfants.
J’avoue que le premier épisode m’a fait un peu peur, jusqu’à sa conclusion choc en tout cas. Mais une fois parvenu à ce point, les auteurs déroulent et on ne lâche plus le bouquin…
Le “boogeyman” est vraiment réussi je trouve, dans une relecture de l’ogre des contes pour enfants. Pas vraiment inédite, cette approche est pourtant passionnante, par les nombreux sous-textes qu’elle permet de mettre en lumière (psychanalytique, sociologique, historique…). A ce titre, les bonus (fournis) proposent un texte très intéressant sur l’histoire de la figure de l’ogre et sa confusion avec les figures parentales (surtout paternelles), que Snyder et Tuft ne manquent pas de souligner.

Quand au travail de l’ami Attila Futaki, c’est vrai qu’il est bluffant, alternant découpage classique, compositions plus alambiquées et splash-pages chocs, dans un style un brin rétro qui s’adapte parfaitement à l’histoire.

C’est vraiment pas mal dans ce genre, plutôt avare en réussites de cette nature. Très recommandable donc.

Ca dépend. Si tu parles d’horreur graphique, clairement oui. C’est même le medium où les mecs se lachent le plus, en matière de gore.
Par contre, l’horreur “psychologique”, le stress, la tension, pour moi, ça marche pas en bouquin, qu’il s’agisse de prose ou d’art séquentiel. Je ne suis pas un bon client pour ce genre d’oeuvres, mais les rares à m’avoir fait réagir sont uniquement des films, et plus précisément des films qui jouaient sur l’ambiance sonore et le timing. Deux catactéristiques difficiles à retransmettre sur un medium statique.

Je pensais plutôt à la deuxième option, l’horreur “psychologique”. Pour le gore, “Crossed” encore récemment ou certains mangakas spécialisés dans l’eroguro, par exemple, m"ont convaincu qu"on pouvait aller plus loin qu’au cinéma, en effet.
En bouquin, à l’adolescence, certaines nouvelles de Lovecraft, “la Couleur tombée du ciel” par exemple, m’ont empêché de dormir à l’époque !

pour le coup, il y a certaine utilisation du medium bd qui sont à même de plonger dans l’horreur: l’élargissement du cadre en est un.

Autant ca fonctionne pas des masses au ciné (ex : la mort ridicule de trinity dans matrix) autant en bd cela peut d’un coup glacer les sangs lorsque l’on se rend compte que l’horreur que l’on pensait à venir a déjà eu lieu et que ce que l’on croyait anodin est déjà touché par la mort.

“Fraction” de kago que photo conseillait en est un exemple poussé à l’extrême et qui fonctionne assez bien.

Toutes les angoisses qui jouent sur la notion du temps fonctionnent aussi assez bien en bd. L’épisode de sandman qui se déroule en 24h dans un bar dont les occupants cèdent peu à peu à l’horreur est excellent et totalement oppressant. Gaiman au départ souhaitait consacrer une page de bd par heure mais finalement il ne s’est pas astreint à cet exercice de style, l’episode n’en est pas moins un sommet.

Alors sur ce fameux épisode de “Sandman” que tu cites (avec Docteur Destiny), 200 % d’accord, c’est un sommet absolu, et un sacré souvenir de lecture : de l’horreur pure et de haut vol.

Ah génial, tu as lu “Fraction” alors ? C’est chouette, hein ? Une exploration ludique et pas conne (en plus d’être satisfaisante au premier degré…) des possibilités narratives en BD, et notamment le hors-champ, notion trop souvent confinée au cinéma alors qu’elle appartient tout autant à la BD…

Une petite rectification concernant “l’élargissement du cadre” : je pense que tu veux plutôt dire “élargissement des valeurs de plan” (la valeur de plan, c’est : gros plan, ou plan moyen, ou plan rd’ensemble…). L’élargissement du cadre (tel que je l’entends dans ton explication) n’est pas possible au cinéma, son immuabilité est même une caractéristique fondamentale du cinoche. Je chipote hein.

Pour revenir à la possibilité de l’horreur en BD, un pote me faisait remarquer (on parlait de “Severed”) que le simple fat de devoir tourner la page était potentiellement source d’angoisse, si on appréhende ce qu’on trouvera à la page suivante. Une angoisse très différente de celle que l’on peut ressentir au cinéma par exemple…

pour l’exploration des possibilités bd, une très bonne réussite. Pour l’histoire en elle même c’est too much pour moi, mais ca n’a pas gaché ma lecture, ça l’a teinté genre : “ça c’est un trip humour manga”

tu chipote bien. Vu ton explication, c’est effectivement de l’élargissement de la valeur de plan dont je parlais.

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Pour revenir à la possibilité de l’horreur en BD, un pote me faisait remarquer (on parlait de “Severed”) que le simple fat de devoir tourner la page était potentiellement source d’angoisse, si on appréhende ce qu’on trouvera à la page suivante. Une angoisse très différente de celle que l’on peut ressentir au cinéma par exemple…[/quote]

en effet, l’ellipse en générale entre case, entre page, entre épisode serait de nature à permettre de jouer sur l’horreur. Mais en vous lisant, c’est à fraction et à sandman que j’ai pensé, et bien sur le swamp thing de moore comme déjà évoqué.

Mais j’ai l’impression d’oublier quelque chose d’évident dans le genre horreur. From hell ? Cages ?

“From Hell”, oui, bien sûr. C’est bien d’autres choses dans le même temps, mais c’est bien une BD horrifique.

Oui mais justement… Je ne sais pas bien comment l’exprimer, mais lorsque je regarde un film d’horreur (ça ne m’est plus arrivé depuis mes sept ans, je ne suis vraiment pas un bon spectateur pour ces films), que je pressente ou non l’arrivée d’un truc qui ne va pas me plaire ou qui va me faire peur, je n’ai pas le choix, je subis le déroulement du film. C’est très passif, je suis embarqué et je dois suivre.
Alors qu’avec la BD, je peux choisir de ne pas tourner la page, ou de la tourner le lendemain, quand je suis dans un nouvel état d’esprit, etc. Et je trouve que ça désamorce le suspens. Mais bon, encore une fois, c’est peutêtre moi qui ne prend pas le problème par le bon bout.

Je crois que la BD d’horreur dérange plus qu’elle ne fait peur.

Enfin, c’est comme cela que je le ressens, personnellement. Autant je peux assez facilement être effrayé par des films d’horreur ou des livres d’horreur, autant une BD qui se veut dans le genre horrifique ne me fait pas peur, mais distille plus un sentiment de malaise qu’autre chose.

Je crois que c’est le format qui veut ça. Comme l’expliquait justement Antekrist, on ne subit pas en BD le rythme de l’histoire comme dans film et on a toujours la possibilité de s’arrêter un instant pour réfléchir à la situation, voir avoir notre oeil qui glisse par inadvertance quelques cases plus loin pour voir ce qui arrive après.

C’est à mon avis l’effet essentiel du film par rapport à la BD: si le film est bien fait, une fois pris dans le rythme, on a pas le temps de rationaliser et il faudra attendre la fin du film pour repenser “à froid” aux scènes et à la progression. La BD, on est seulement tenu par le rythme que l’on veut bien s’imposer.

On pourrait me dire que c’est pareil pour un livre d’horreur, dans ce cas, mais il y a là aussi une différence fondamentale avec la BD : la suggestion. Il me semble que dans un livre d’horreur, la grande force vient du fait que le lecteur doit tout imaginer lui-même en interprétant ce que lui raconte l’auteur. Du coup, il y a un phénomène de suggestion très important qui pousse chaque lecteur à s’imaginer l’horreur selon ses propres codes et non ceux du dessinateur dans une bd.

Antekrist : Non, non, je te rassure : c’est une vraie bonne question de pertinence d’un medium vis-à-vis d’un genre en particulier.
C’est très vrai ce que tu dis de la passivité du spectateur de films, les centres du cerveau sollicités par ce type d’activité ne sont pas forcément les mêmes que ceux commandant à la lecture, par exemple.
Mais pour ma part, je ne pense pas qu’une démarche plus active soit source de problèmes pour l’immersion : j’en veux pour exemple les jeux video, où le gamer est actif (et même carrément les sens en alerte), et pourtant l’expérience la plus flippante de ma vie en matière de fiction, ça a été de jouer à “Silent Hill 2”…

Il n’empêche qu’il y a sûrement une part de cette “passivité” et des contraintes qui en découlent (il n’y a pas de bouton stop) qui rentre en compte dans les mécanismes de la peur : les cauchemars peuvent être éprouvants car ils sont subis, et souvent ils consistent en une “situation bloquée” d’où on ne peut sortir.

Pour ma part, je me suis imposé une lecture d’une traite pour “Severed”, c’est peut-être ce qui explique que j’ai tant aimé ; je conseillerais d’ailleurs de le lire comme ça…