SILENT MÖBIUS (Kia Asamiya)

Discutez de Silent Möbius

Je crois que le premier contact que j’ai eu avec le boulot de Kia Asamiya remonte au premier tome français de Silent Möbius, publié chez Delcourt en 1996. La suite passera chez Panini, quelques années plus tard, et je n’ai pas suivi.

image

Ce qui est étonnant, dans ce premier recueil, c’est que le style que l’on connaît chez Asamiya, avec les nez pointus, les mentons anguleux, les jambes kilométriques et l’encrage à la plume très sec, n’est pas vraiment identifiable. Les visages sont plus ronds, l’encrage est plus épais (plus de pinceau ?), c’est à la fois plus doux et plus riche. Les décors, très travaillés, avec un beau travail de trames, se marient assez bien avec les personnages. Parfois, pour donner dans le raccourci, on dirait que Katsuhiro Omoto se serait piqué d’encrer les crayonnés de Rumiko Takahashi. Du moins c’est un peu l’impression que ça donne.

image

Dans un Néo-Tokyo futuriste, très fortement et ouvertement inspiré par le film Blade Runner, la série suit les aventures d’un groupe de policières spécialisées dans le surnaturel. Au sens très large, puisqu’elles affrontent des sorcières, des esprits, mais aussi des créatures cybernétiques. Le tome de Delcourt porte en sous-titre « Cité cyber-psychique », et c’est un peu une carte de visite : on aura des manifestations mentales de toutes sortes et des menaces technologiques.

image

Le tome Delcourt se découpe en trois récits, permettant de mieux connaître les différentes intervenantes dans cette équipe d’experte. Les situations sont variées : l’arrivée d’une créature qui possède l’une des héroïnes, l’héritage familial d’une autre, le corps cybernétique d’une troisième, qui a du mal à s’accepter sous ses allures bravaches… Ces femmes fortes, confrontées à la volonté de domination des hommes ou à la possession démoniaques (et qui parfois peuvent laisser échapper quelques regards en coin qu’on pourrait imaginer teintés de saphisme) ne sont pas sans évoquer les x-women de Claremont : Asamiya étant lecteur de comics, l’influence ne me semble pas saugrenue.

image

Dans tous les cas, c’est plutôt bien mené, malgré quelques transitions parfois un peu abrupte, et des looks qui, dans certains cas, se ressemblent, ce qui rend difficile la progression dans l’intrigue. Mais c’est assez mineur en général, le premier récit étant le plus confus.

image

Au final, les personnages sont attachants, les décors formidables, les scènes d’action musclées. L’intérêt de l’album est aussi graphique : on sent déjà la progression d’Asamiya vers son style bien connu, mais je dois avouer que les premières planches me semblent particulièrement séduisantes, en partie par la rondeur du trait qui n’affaiblit pas du tout le dynamisme du récit.

Jim

C’est vrai qu’il y a un peu de ça…

Tori.

Le résultat m’enthousiasme vachement plus que les productions plus récentes d’Asamiya, pour ma part. Vraiment, j’aime beaucoup ce mélange de rondeur et de noirceur.

Jim