Mike McKone
MARVEL FANFARE #51 :
Dans la deuxième moitié des années 80, Marvel a décidé de relancer une série Silver Surfer, la sentinelle de l’espace n’ayant pas eu droit à un rendez-vous régulier depuis le comic-book de Stan Lee et John Buscema publié entre 1968 et 1970. L’éditeur a choisi Steve Englehart comme scénariste et pour la partie graphique c’est Big John qui a rempilé. Le projet initial devait prendre la forme d’une maxi-série en 12 numéros, Englehart avait prévu une épopée spatiale spectaculaire dans laquelle le Surfer devait diriger depuis sa « prison » terrienne une armée intergalactique face à la menace de l’Empire Kree.
Le premier épisode était déjà prêt, John Buscema l’avait entièrement dessiné…et c’est là que Marvel a changé ses plans pour privilégier la série régulière que l’on connaît (publiée en France dans Nova). Englehart est resté au scénario (du #1 au #31), reprenant plusieurs de ses idées au fil des numéros, et Buscema a laissé la place à Marshall Rogers. Mais que faire des 39 pages de ce qu’aurait du être cet autre « Silver Surfer #1 » ? L’éditeur a attendu l’année 1990 pour l’inclure au sommaire de la revue anthologique Marvel Fanfare, en ajoutant un récitatif le présentant comme une visite d’un univers alternatif, une sorte de Et si ? donc…
Dans la série débutée en 1987, le Surfer réussit enfin à franchir la barrière de Galactus grâce à une idée toute simple de la Chose (mais pourquoi personne n’y avait pensé ?) pour parcourir à nouveau le cosmos. Dans Marvel Fanfare #51, Norrin Radd est toujours prisonnier sur Terre. Et alors qu’il admirait ces étendues intersidérales hors de sa portée, il est attaqué par un croiseur kree. Alors qu’il se remet sous la surveillance de ses amis super-héros, le Surfer décide de suivre la trace des soldats krees. Il les localise dans une petite ville et après les avoir battus, il est abordé par une création de Steve Englehart qui n’avait pas été vue depuis plusieurs années, Mantis, la Madonne Céleste.
Mantis élève seule son fils, hybride humain/plante fruit de son union avec le Cotati. Pour l’Intelligence Suprême, l’enfant menacera la domination kree dans le futur et il veut s’en débarrasser…et après l’échec de ses hommes, il envoie le monstrueux et destructeur Mangog sur la piste du trio. Après une entame énergique, Steve Englehart prend son temps pour décrire l’enquête du Surfer, quelques lenteurs dynamisées ensuite par l’affrontement contre les soldats krees. La rencontre avec Mantis se déroule dans des conditions très différentes de celles des premiers numéros de la série régulière du Surfer mais on voit déjà que celle-ci était une partie importante des plans de Steve Englehart.
Le combat final contre Mangog offre une bonne démonstration des pouvoirs du fils de Mantis. Il est juste dommage que l’encrage de Jack Abel ne soit pas vraiment adapté aux dessins de Buscema, qui perdent ainsi de leur puissance, et que les couleurs de Christie Scheele soient un peu fades. Mais cette aventure reste agréable à (re)lire…même si la nature même du récit le rend inévitablement anecdotique…
STRANGE SPECIAL ORIGINES #309 :
Pour fêter la publication du 100ème numéro de la série du Silver Surfer dans Nova, l’équipe Semic avait alors décidé de consacrer l’intégralité du sommaire du Strange Spécial Origines paru à la même période à la Sentinelle de l’Espace. Trois épisodes sont au programme de ce #309, à commencer par un What If ? confié à deux auteurs qui connaissent bien le personnage, le scénariste Ron Marz et le dessinateur Ron Lim.
Dans Et si le Surfer d’Argent était resté prisonnier sur Terre ? (oui, ce ne sont pas les premiers qui se sont posés cette question), Norrin Radd essaye une nouvelle fois de franchir la barrière de Galactus, cette fois sans succès car Ben Grimm n’a pas eu son épiphanie. Reed Richards lui propose alors de devenir un membre des 4 Fantastiques ce que le Surfer accepte (et comme dans d’autres histoire de ce genre dans les What If ?, les F.F. remplacent leur 4 par un 5). Une double page montre bien qu’avec le Surfer dans leurs rangs, les victoires des Fantastiques auraient été (très/trop) faciles…jusqu’au jour où Mephisto s’en prend à l’équipe…
La partie graphique est solide (Ron Lim est encré par Terry Austin, ça aide) et l’épisode prend une tournure plus sombre lors de la virée en enfer. Dans l’ensemble, les deux Ron livrent un bon Et si ?, mouvementé et tragique (dans ces univers alternatifs, tout peut arriver), avec une fin tout de même assez savoureuse lorsque le plan de Mephisto se retourne contre lui. Suit un numéro de la revue cosmique Cosmic Powers Unlimited dans laquelle le Surfer fait équipe avec Kismet et les scientifiques de l’Enclave (plus tout à fait humains) pour arrêter une entité qui manipule les éléments en tordant la réalité à sa guise.
Les protagonistes vont apprendre que la réalité peut justement être trompeuse dans un déluge de forces illustré avec force par Big John Buscema (un vieil ami du Surfer), encré ici par Geof Isherwood…et là, la collaboration des deux artistes donne de très jolis résultats. Le sommaire du Strange Origines se referme sur les habituelles fiches Marvel de A à Z mais avant cela, il y a aussi une histoire courte tirée du Marvel Holiday Special de 1994.
Dans cette historiette signée J.M. De Matteis, Mindy Newell et Rick Leonardi (et c’est donc très chouette pour les mirettes), le Surfer fait une étrange rencontre dans un vaisseau en flammes, une jeune fille appelée Shakti. Il la sauve et alors qu’ils se reposent sur une planète proche, Shakti est assaillie par des créatures très insistantes. Leonardi est toujours un bon créateur d’atmosphères et alterne entre calme relatif et moment plus intense. La réponse au mystère entourant Shakti s’avère assez étonnante et le Surfer conclut cette petite aventure sur des questionnements existentiels typiques de l’écriture de J.M. De Matteis.
Tu m’étonnes.
Jim
SILVER SURFER : JUDGMENT DAY (1988)
Si Jack Kirby est le créateur graphique du Silver Surfer, l’un des artistes emblématiques du héros cosmique reste bien évidemment John Buscema, qui l’a dessiné à plusieurs reprises à commencer par la série régulière publiée entre 1968 et 1970. C’est Big John qui a eu l’idée de travailler sur un Marvel Graphic Novel consacré au Surfer, un volume de 62 pages raconté en illustrations pleines pages. John Byrne et Walt Simonson l’avaient déjà fait précédemment à l’occasion de leurs runs respectifs sur Hulk et Thor mais c’était dans le cadre d’un comic-book mensuel pas d’une publication en grand format comme celles de la collection Marvel Graphic Novel.
Silver Surfer : Judgment Day est un projet qui tenait particulièrement à coeur à Big John puisqu’il en imaginé l’histoire (avec une petite aide de Tom De Falco) et en assuré l’intégralité de la partie graphique (avec un coup de main de Vince Mielcarek). L’album fait revenir Mephisto, toujours obsédé par l’idée de corrompre ou de capturer l’âme de la Sentinelle de l’Espace. Comme sa première tentative n’a pas fonctionné, le grand tentateur se sert de Nova (Frankie Raye) comme pion…ce qui ne va pas plaire du tout à Galactus…
Une intrigue aussi simple qu’efficace qui vaut principalement pour les superbes planches de John Buscema, qui savent trouver l’équilibre entre la délicatesse de ce rare moment de calme entre le Surfer et Nova, les ambiances plus sombres des décors infernaux et les spectaculaires démonstrations d’énergie et de force lorsque les différents protagonistes se lancent dans des combats propres à ébranler les mondes et la réalité même…jusqu’à cette scène qui montre Galactus prêt à digérer les Enfers. Puissant !
Mon bémol va aux récitatifs et dialogues de Stan Lee. On sait que Stan The Man a toujours bien aimé charger les répliques de ce bon vieux Norrin, avec cette théâtralité qui lui était associée depuis les années 60, ce qui a son charme mais parfois ça passe ou ça casse. Sur ce titre en particulier, je trouve qu’il y a des moments où il aurait pu mieux doser ses effets, avec moins de mots pour laisser plus de place à l’art de John Buscema…
SILVER SURFER : LES PREDATEURS (1990)
Pendant longtemps, Stan Lee s’est montré très « protecteur » envers le Surfer d’Argent, se réservant le personnage pour des albums spéciaux, autant de collaborations avec le King Jack Kirby, John Byrne, Moebius ou encore John Buscema. Ce qui n’a pas empêché le Surfer de faire des apparitions dans les comics des autres héros Marvel, mais dès qu’il y avait un one-shot ou une mini-série, Lee était au scénario ou aux dialogues ou les deux. Les choses ont changé quand Marvel a relancé une série Silver Surfer confiée cette fois-ci à Steve Englehart, une situation qui avait un brin ennuyé le père Stan qui aurait bien aimé rester le seul scénariste du Surfer.
En mettant de côté quelques vignettes humoristiques (comme dans les What the…? et les Stan Lee meets…), le Marvel Graphic Novel : Silver Surfer - The Enslavers (Les Prédateurs en TOP B.D.) est la dernière longue histoire de la Sentinelle de l’Espace signée par Stan Lee, qui a collaboré ici avec Keith Pollard, co-scénariste et dessinateur. Et ce n’est franchement pas ce qu’il a fait de mieux car il y a trop de choses qui ne fonctionnent pas dans ce long album qui voit les peuples de la Terre menacés par une impitoyable race extraterrestre et leur leader, le puissant Mrrungo-Mu.
En effet, le déroulement semble nous faire croire que les humains n’ont jamais fait l’expérience de rencontres avec des aliens (comme s’il n’y avait pas eu assez de témoins de l’arrivée de Galactus pour ne prendre qu’un seul exemple). Les super-héros de la Terre tombent ensuite trop facilement, en quelques pages à peine alors que Mrrungo-Mu ne se distingue pas vraiment comme un adversaire avec un tel niveau de puissance…il aurait peut-être fallu le développer un peu plus pour rendre la situation un poil plus crédible mais c’était trop tard, ma suspension d’incrédulité avait déjà atteint ses limites.
Dans ses dialogues, Stan Lee écrit un Surfer moins tourmenté que dans sa série des sixties, sans les monologues remplis d’ envolées lyriques qu’on lui connaît et donne même un happy-ending à son héros…une fin qui renforce la nature hors-continuité de cette aventure. Aux dessins, Keith Pollard en appelle souvent à son Kirby intérieur mais s’il y a beaucoup de cases belles et puissantes (et de très jolies protagonistes féminines), l’utilisation de trois encreurs rend les visuels (très) irréguliers dans la dernière partie de l’album.
SILVER SURFER : PARABOLE (1988)
Comme Stan Lee l’expliquait dans sa préface, c’est au détour d’une allée d’un festival de bande dessinée en Californie qu’il est tombé par hasard sur Jean « Moebius » Giraud, qui était présent avec son ami Jean-Marc Lofficier. Et toujours d’après Stan, c’est ce dernier qui aurait soufflé l’idée aux deux hommes de travailler sur un projet ensemble. Le nom du Silver Surfer s’est imposé de lui-même, tant le héros cosmique se prêtait harmonieusement au style de Moebius. Pour Giraud, l’expérience n’a pas été si facile que cela, il fallait qu’il se fonde dans un cadre différent de celui qu’il connaissait, notamment cette « Marvel Way » qui fait qu’il a travaillé d’après un synopsis succinct fourni par Lee avant l’ajout des dialogues, ce qu’il explique dans une postface d’époque au ton rafraîchissant (j’ai l’édition Casterman de 1990).
Les dessins de Moebius sont d’ailleurs pour moi le point fort de cet album. Visuellement, le résultat est très différent de ce que Marvel proposait à l’époque…et c’est d’ailleurs certainement pour cela que la mini-série en 2 numéros a été publiée sous le label Epic…et à part quelques cases que j’ai trouvées un peu en dessous du reste, le co-créateur de Blueberry a réussi à imprimer sa personnalité à ce récit se déroulant dans une sorte de futur hypothétique d’un monde alternatif dans lequel les super-héros n’existent pas. Il y a de la délicatesse dans le court flashback de l’évocation de Zenn-La, un côté un peu plus rugueux dans la description de cette société troublée (les rues sont sales, la violence est partout…) et de la puissance dans l’apparition de Galactus et les scènes de destruction de la deuxième partie.
Par contre, je suis moins convaincu par le scénario. Galactus revient sur Terre (même si les humains semblent l’avoir oublié) et se présente comme un Dieu venu apporter un nouvel âge d’or. Il libère l’humanité des lois de leur société, créant une nouvelle religion en son honneur ainsi qu’une anarchie de masse. Son but est de laisser les hommes se causer eux-mêmes du mal en son nom, leur perte n’étant alors plus qu’une question de temps. Une variation du Dévoreur de Planètes qui se perd dans le discours de Stan Lee sur la religion et le libre-arbitre de l’humanité (et pour un être toujours tenaillé par la faim, il emploie ici des moyens vraiment détournés)…
Certains aspects du récit auraient mérité d’être mieux développés (comme tout ce qui concerne l’évangéliste Colton Candell, dont l’importance et l’influence sont expédiées en quelques pages avant son revirement final) et l’emphase des mots de Stan Lee peut se montrer assez lourde. Malgré ces défauts, cette Parabole a eu son succès à l’époque…et un certain Quentin Tarantino lui a même fait référence lorsqu’il a retravaillé quelques dialogues du film U.S.S. Alabama de Tony Scott, ajoutant un échange entre deux sous-mariniers sur le dessinateur qui aurait livré la « version définitive » du Surfer, Jack Kirby ou Moebius…bon, moi j’aurais inclu un trio avec Big John Buscema !
Ouais. Le dessins sont magnifiques.
THE SILVER SURFER (1978) :
Dans les années 70, Marvel a collaboré avec Fireside Books, une division de Simon & Schuster, afin de publier une série d’albums qui permettait aux fans d’avoir accès à une sélection de comic-books des années 60 sans devoir écumer les bacs d’occasions ou même devoir payer des prix exorbitants pour mettre la main sur ces témoignages des débuts de Marvel. C’était avant le boom des TPB et des titres comme Origins of Marvel Comics, Sons of Origins of Marvel Comics ou encore Bring on the Bad Guys ont eu du succès et ont même inspiré Lug pour la revue Strange Spécial Origines.
Sur tout les Fireside Books, un seul a proposé une histoire entièrement inédite, un volume historique car réunissant pour la dernière fois Stan Lee et Jack Kirby sur une bande dessinée, avant que le King of Comics se brouille une nouvelle fois avec Marvel et range ses crayons pour aller travailler dans l’animation. Les deux compères ont signé une longue histoire de 100 pages sur le Silver Surfer, un projet tellement à part que Marvel n’avait alors pas de place (ou la manière) pour l’inclure dans son planning de publication. The Silver Surfer est en effet souvent vu comme le premier Graphic Novel de l’éditeur, quatre ans avant que la Maison des Idées lance sa collection Marvel Graphic Novel, des albums grand format qui ne se limitaient pas aux 22 pages habituelles des revues régulières.
D’après ce que j’ai compris, ce Silver Surfer (qui fut saucissonné par Lug en 6 chapitres dans les pages du petit format Nova) a pu désarçonner certains lecteurs de l’époque car il s’agit d’un récit hors-continuité se déroulant sur une Terre sans super-héros (et ce serait la même Terre visible dans la mini-série Parabole de Stan Lee et Moebius). Lee & Kirby racontent à nouveau les origines de Norrin Radd qui n’a cette fois-ci pas besoin de l’aide et de l’inspiration d’Alicia Masters et des Quatre Fantastiques pour se ranger du côté des terriens face à son maître Galactus. Une rébellion que le Dévoreur de Mondes va tenter de contrecarrer en piégeant le Surfer sur les conseils de son « côté obscur » matérialisé (le Maître de la Ruse) qui lui inspire de créer la compagne parfaite pour le Surfer, une femme qui saura le convaincre de s’éloigner de l’humanité…
En se débarrassant de toutes les références au reste de l’univers Marvel, The Silver Surfer (The Ultimate Cosmic Experience ! en sous-titre) ressemble en fait à ce qu’aurait pu être un long métrage basé sur la Sentinelle de l’Espace (il est d’ailleurs sorti la même année que le Superman de Richard Donner). Pour son portrait du Surfer, Stan Lee reste dans la ligne droite de ce qu’il a déjà écrit sur le héros, aussi bien dans les récitatifs que dans les dialogues mélodramatiques. S’il y a des passages forts et d’autres assez amusants rétroactivement (lorsqu’il prend une apparence humaine, le Surfer m’a rappelé le Beyonder dans ses premiers pas sur Terre), l’album souffre aussi de quelques longueurs et d’épisodes qui m’ont paru délayer un peu trop la sauce avant un dénouement qui tombe dans le piège du « tout ça pour ça ».
Mais là où le bouquin ne déçoit pas du tout (en ce qui me concerne bien sûr), c’est au niveau de la partie graphique tant Jack Kirby et son encreur Joe Sinnott font des merveilles, livrant quelques unes de leurs plus belles cases et planches mettant en scène le Silver Surfer et Galactus, aussi bien dans l’action que dans la contemplation. J’ai ce Graphic Novel dans l’édition intégrale du Surfer d’Argent de Soleil et en supplément du tome 5, le responsable éditorial Jean Wacquet a inclus assez judicieusement la back-up de Fantastic Four Annual 5, première aventure en solo du Surfer en solo face à la colère de Quasimodo, l’« ordinateur ultime » programmé pour la destruction par le Penseur Fou. Une très bonne histoire courte provenant d’une période où le duo Stan Lee & Jack Kirby était encore à son meilleur !
Pareil.
Et dans Nova, avec les pages d’intro de chapitres par Mitton.
Mais ouais, l’édition Soleil est très cool !
Jim
C’est dans quel numéro d’album ?
Je crois que c’est le dernier.
Donc quatrième ou cinquième.
Jim
Merci à vous 2.



















