STAN LEE : HOMÈRE DU XXe SIÈCLE (Jean-Marc Lainé)


(Jim Lainé) #161

[quote=“Photonik”]Fort possible, mais pas sûr. De son propre aveu, Morrison connaît assez mal le Marvel des sixties, dont il n’était pas friand gamin : il était beaucoup plus branché DC (et il s’est mis à aimer Kirby chez DC). Du coup, je pense qu’on peut présumer qu’il est beaucoup plus familier du travail d’Otto Binder.

Ceci étant dit, Morrison a aussi l’habitude de faire de gros travaux de recherche quand il prend un titre (son run sur Batman en atteste, évidemment). Il a peut-être lu ce fameux épisode des X-Men, et fait le lien avec Binder…?[/quote]

Le dessinateur de l’épisode (je crois que c’est Keron Grant…) reprend quand même très clairement l’image de Kirby. La source, c’est Kirby. Morrison a sans doute relu les Essentials ou autre compilation avant de bosser.

Autre chose que j’ai remarquée en reparcourant son run hier soir. Dans l’arc dessiné par Bachalo et projetant Cyclops et Wolverine dans le monde des super-soldats, les trois derniers épisodes (sur quatre) s’intitulent “Le Monde”, “La Chair” et “Le Diable”. Référence évidente à Le Monde, la chair et le diable, film post-apocalyptique de Ranald MacDougall présentant un Harry Belafonte dans un New York déserté. Pareil, la référence m’avait échappé à ma première lecture.

Jim


(Photonik) #162

Ah ouais… La référence m’avait même échappé à la deuxième et à la troisième lecture, à moi. :wink:
Pourtant je l’ai vu, cet excellent film.


(l'archer vert) #163

La critique que je viens de poster chez Babelio

[quote]Lorsqu’il veut expliquer au néophyte qui est ce papy qu’on voit apparaitre dans de multiples rôles-clin d’oeil au sein des films Marvel, le fan de comic books se fend le plus souvent d’un “C’est le créateur (ou co-créateur, si le dit-fan est pointilleux) de Spider-Man, des X-Men, des Quatres Fantastiques, d’Iron Man (rayer la mention inutile)…” Derrière cette présentation succinte se cache en fait l’un des débats les plus passionnés dans le monde des comic books. Stan Lee est une figure médiatique, mais son statut même de créateur est sujet à polémique. A-t-il vraiment créé Spider-Man, les X-Men, les Quatre Fantastiques, Iron Man (rayer la mention inutile)… ? Est-il vraiment celui par qui le succès est arrivé ? La méthode Lee est connue, il s’en est même toujours vanté. C’est lui qui imaginait les grands lignes d’un personnage ou d’un épisode (ce qui pouvait parfois se résumer à quelques consignes orales), à charge pour le dessinateur de les mettre en images. Retour ensuite à Lee qui se chargeait des dialogues. Cette façon de travailler, qui avait le mérite de la rapidité, laissait une énorme lattitude aux artistes. Revers de la médaille, elle jette le trouble sur qui a créé quoi. Jean-Marc Lainé tente de démêler le vrai du faux dans cette monographie.
Des années 40 aux années 60, Stan Lee a scribouillé plus qu’à son tour, au sein d’une multitude de comic books, touchant à tous les genres, du romance comics au western. Il se forge ainsi un savoir-faire qui lui sera fort utile pour donner une identité très nette aux comics de super-héros Marvel. Les super-héros proches du lecteur, partageant ses préoccupations et ses problèmes, son langage et son mode de vie, c’est à Lee qu’on le doit. J.M. Lainé montre d’ailleurs bien à quel point tout ses écrits pré-sixties auront permis à Lee d’infuser un style propre. Les romance comics, notamment, lui auront appris à brosser le lecteur dans le sens du poil, à lui offrir un miroir où il puisse se reconnaitre. Il va aussi lui offrir une communauté d’esprit, avec divers gimmicks comme les fan-clubs, les courriers des lecteurs ou les fameuses tribunes (les Soapbox) où Lee discute à batons rompus, sur un air convivial et entendu. Lainé parle de culte de personnalité, mais on pourrait surtout y voir un as du marketing à l’oeuvre. Plus qu’un auteur, Lee est un éditeur. Il sait humer l’air du temps, trouver les talents et mettre parfaitement leur travail en valeur. En se batissant une statue de commandeur au passage. Surfant sur sa réputation, il se construira une image de “père de Marvel”, choississant ses successeurs et profitant pleinement de la notoriété de “ses” personnages, dont il laisse toujours la genèse dans un flou artistique bien pratique (sa fameuse mémoire défaillante).
Pourtant, si Lee a laissé une place énorme aux artistes dans le processus créatif et si il était conscient de leur importance dans le succès de Marvel, il manquera singulièrement de courage lorsqu’il s’agira de défendre leurs intérêts. Aussi bien face à Martin Goodman dans les années 60 que face aux repreneurs de Marvel dans les années 70, notamment dans le conflit qui opposa ces derniers à Jack Kirby lorsque celui-çi voulut récupérer ses planches originales, Lee optera pour des positions oscillant entre le minimum syndical et le silence coupable. Qui plus est, de placards dorés en création de labels sans avenir, les post-sixties de Lee ne seront guère fructueuses sur le plan créatif. De vagues projets de films (avec Alain Resnais), quelques retours sporadiques et sans éclats dans la BD (le SILVER SURFER de Moebius, RAVAGE 2099…), rien qui ne lui permettent de briller. Lui qui révait d’écrire le “grand roman américain” (il avait même garder son véritable patronyme, Stanley Lieber, pour cela), c’est même sa femme qui finira par publier des romans ! Dès lors, une bonne part de la critique révisera ses positions, s’interrogera sur le véritable apport du bonhomme dans la création de cette véritable mythologie moderne.
Dans ce livre, Jean-Marc Lainé retrace donc cette existence consacrée aux comic books. En plus d’utiles repères biographiques qui permettent de brosser un portrait en demi-teinte du personnage, Lainé propose une lecture approfondie des thèmes récurrents dans ses écrits. C’est ansi qu’il dégage un véritable humanisme à l’oeuvre dans ses séries. Stan Lee s’est toujours montré un promoteur acharné de la tolérance et du respect des autres, comme en témoigne ce qui restera son opus maitre, la série SILVER SURFER. Lainé met également en exergue un interessant point, en parlant de l’anti-communautarisme de Lee. Les personnages de Lee veulent s’intégrer et refusent la ghettoisation. Néanmoins, les explications sont parfois un peu floues, puisque Lainé a du mal à décider si les héros marvéliens sont en dehors de la société ou pleinement intégré. Hormis ce point, il faut saluer l’excellent travail de recherches et de synthèse effectué sur cet incontournable (qu’on le veuille ou non) monument des comic books, qui fait de ce livre un incontournable lui-aussi.
Si Lee n’a pas été ce foudre de créativité qu’il a pu prétendre être, il n’en a pas moins été celui qui mis en forme l’univers Marvel et qui l’a promut au rang d’icône de la pop culture. Il laisse ainsi un héritage éditoriale énorme, ce qui n’est déjà pas si mal. Ce que ce livre rappelle avec brio.[/quote]


(Jim Lainé) #164

Ah bah c’est cool.
Merci.

Ah tiens, va falloir que je relise le bouquin, parce que là, comme ça, je ne vois pas à quoi tu fais référence.

Mais bon, en dehors de ça, visiblement, ça t’a plu.

Jim


(l'archer vert) #165

Alors, je reprends mes notes :slight_smile:

Disons qu’à un moment, les héros de Stan Lee sont des outsiders (p.185: “Les héros Marvel sont des parias ployant sous la pression sociale”) et qu’un peu plus loin, ce sont des incarnations des l’American Way of Life (la même page 185). A un moment, ils veulent s’intégrer (p.190) et à un autre, ils sont déjà très bien intégrés (Banner, Blake, même Parker sous Romita Jr). On ne peut pas vouloir être ce que l’on est déjà.

J’ai l’impression que l’aspect “paria” est un peu une tarte à la crème lorsqu’on parle de Stan Lee. Au final, la plupart des super-héros de Lee sont de gentils petits WASPs bien proprets. Leurs tares sont relativement passe-partout. Le coté “rebelle” est très gentillet et n’est qu’un vernis, il me semble.

Mais oui, en dehors de ça, oui, j’ai beaucoup aimé :smiley: . Justement parce que ca appelle une lecture plus poussée et plusfine des oeuvres de Lee.


(Jim Lainé) #166

Voilà.

Ah tiens, ouais.
En fait, ouais, il y a une tension, une contradiction, mais je n’ai pas dû m’exprimer convenablement. Je vais aller relire le passage, tiens.

Ah, il y a toujours des insatisfaits.
:wink:

Je pense qu’il faut se remettre un peu dans les conditions de l’époque. J’écoutais une intervention de Xavier Fournier, il y a quelques mois, et il soulignait un truc que je n’ai pas vérifié, mais je lui fais confiance, à savoir que dans les années 1960, porter des lunettes correctrices était considéré comme un handicap, et ça avait même des conséquences en termes professionnels (notamment au niveau de l’emploi et des allocations handicap). Si c’est effectivement le cas, c’est intéressant de noter qu’il y a plein de bigleux parmi les héros Marvel.
Alors ouais, c’est pas des keupons, on est bien d’accord. Mais c’est des gens pas toujours bien intégrés.

Ah bah c’est cool, en tout cas.

Jim


(l'archer vert) #167

Disons que si les “tares” physiques sont les seules qui mettent à l’écart de la société, chez Lee, ca fait un peu court.

Je ne crois pas que ce soit Stan Lee, ca doit être plus Roy Thomas, mais je me souviens d’un épisode où des hommes s’attaquaient à Cyclops en lui reprochant de ne pas enlever ses lunettes et de se prendre pour quelqu’un de plus intelligent qu’eux. Il y avait sans doute un vrai complexe, oui.

Jim


(Jim Lainé) #168

Il me semble bien qu’il parlait de Stan Lee. Tiens, je lui demanderais des précisions, à l’occasion.

Jim


(Jack!) #169

Est-ce que ça ne souligne pas aussi cette dichotomie qui existe entre ce qu’écrit Stan Lee et ce qu’en font les artistes (Jack Kirby le premier) ?


(n.nemo) #170

depuis que j’ai lu les liens postés par arti je suis tout troublé sur le role de stan lee. Je savais bien sur que son rôle dans la création des concepts était sujet à polémique mais dans ce que j’ai pu lire dans ses liens ça allait au delà d’une simple polémique. Il s’agissait de spoliation pure et simple.

Curieux de lire ce qu’en dit jim du coup dans ce livre


(l'archer vert) #171

En y réfléchissant bien, il y a pas mal de discrimination anti-intellectuels chez Lee. Parker avec Flash Thompson, Banner avec le général Ross, il y a pas mal de “bullies”, pour qui la force physique prime sur l’intelligence. Le petit Stanley aurait-il mal vécu ses années lycée :smiley: ?


(l'archer vert) #172

[quote=“Jack!”]
Est-ce que ça ne souligne pas aussi cette dichotomie qui existe entre ce qu’écrit Stan Lee et ce qu’en font les artistes (Jack Kirby le premier) ?[/quote]

Tout à fait, et perso, ça m’intéresse en particulier sur les X-Men. A brule-pourpoint, j’étais persuadé que Lee était la vraie tête pensante derrière les mutants (rapport à la tolérance, tout ça ), mais en lisant le bouquin de Jim, ça apparaît beaucoup moins simple que ça. Ou qu’en tout cas, ils avaient deux visions différentes de la série qui se retrouvaient le cul entre deux chaises du coup.


(artemus dada) #173

Si je peux me permettre …

si cela vous intéresse c’est ici que ça commence où je tente de démêler “qui a fait quoi ?”.Quatre Fantastiques

Suivre le (***À suivre…***) pour les autres. :wink:

Le dernier article et quatrième article est pour bientôt. :slight_smile:


(Jim Lainé) #174

[quote=“l’archer vert”]

[quote=“Jack!”]
Est-ce que ça ne souligne pas aussi cette dichotomie qui existe entre ce qu’écrit Stan Lee et ce qu’en font les artistes (Jack Kirby le premier) ?[/quote]

Tout à fait, et perso, ça m’intéresse en particulier sur les X-Men. A brule-pourpoint, j’étais persuadé que Lee était la vraie tête pensante derrière les mutants (rapport à la tolérance, tout ça ), mais en lisant le bouquin de Jim, ça apparaît beaucoup moins simple que ça. Ou qu’en tout cas, ils avaient deux visions différentes de la série qui se retrouvaient le cul entre deux chaises du coup.[/quote]

Moi je trouve que c’est une série où leurs personnalités s’accordent assez bien. Même sur la fin où elles s’affirment davantage (la trilogie des Sentinelles). D’un côté on trouve la quête de l’insertion sociale et le discours sur la tolérance de Lee, de l’autre on trouve le portrait de la jeunesse, avec sa fougue et son énergie, de Kirby. D’ailleurs, je pense qu’il serait pas mal de relire les X-Men de Kirby dans la lignée de ses “kid gangs”, entre Boy Commandos / Newsboy Legion en amont et Forever People en aval.

Jim


(l'archer vert) #175

[quote]D’ailleurs, je pense qu’il serait pas mal de relire les X-Men de Kirby dans la lignée de ses “kid gangs”, entre Boy Commandos / Newsboy Legion en amont et Forever People en aval.

Jim[/quote]

Ça serait pas mal, oui.
Je n’ai lu aucune de ces séries,mais les visions que j’en ai (la gouaille de kids new-Yorkais en amont, l’optimisme hippie en aval) ne s’accordent pas vraiment avec les X-Men de l’époque.


(Jim Lainé) #176

[quote=“l’archer vert”]

/ Newsboy Legion en amont et Forever People en aval.

Ça serait pas mal, oui.
Je n’ai lu aucune de ces séries,mais les visions que j’en ai (la gouaille de kids new-Yorkais en amont, l’optimisme hippie en aval) ne s’accordent pas vraiment avec les X-Men de l’époque.[/quote]

Peut-être justement parce que ce n’est pas la même époque.

[size=50](sans compter que la première fournée a été dialoguée par Joe Simon, la deuxième par Stan Lee et la troisième par Kirby, ce qui change bien évidemment la donne. Faudrait que je lise ses Dingbats of Danger Street, au King, tiens, d’ailleurs, pour voir l’évolution…)[/size]

Jim


(Jim Lainé) #177

À Toulouse ce week-end, j’ai signé quelques exemplaires de bouquins écrits chez les Moutons Électriques. Ça sera sans doute les derniers. En effet, l’éditeur, face à des stocks qui ne se vendent plus, a décidé de retirer de la commercialisation quelques ouvrages, dont Frank Miller : urbaine tragédie ou Stan Lee : Homère du XXe siècle.
Les plus retardataires parmi vous ont encore la possibilité de récupérer les bouquins chez un éventuel libraire qui aurait oublié de retourner ses invendus, dans les rubriques “occasion” des sites en ligne, ou directement auprès de la VPC des Moutons électriques, qui ont pris la précaution de conserver quelques poignées de ces ouvrages afin de satisfaire ceux qui se réveillent en retard.
J’en profite pour rappeler aux amateurs de livres (en général, hein, pas seulement les essais), que la vie d’un ouvrage, c’est quelques années. Si vous aimez un bouquin, achetez-le, au mieux dans l’année qui suit sa parution. C’est le meilleur moyen de participer à sa survie (et à celle de son éditeur).

Jim


(FC powaaaa) #178

Surtout qu’ils sont bons, ces bouquins !


(Jim Lainé) #179

Je crois aussi. Mais bon, ce n’est pas facile. Le marché est dense, l’offre est grande, on ne peut pas forcer les gens à acheter des choses dont ils n’ont pas envie, ni à dépenser l’argent qu’ils n’ont pas encore gagné. Mais il est vrai qu’il arrive qu’on songe à prendre un bouquin, et, pour une raison ou pour une autre, on oublie, on repousse à plus tard, tout ça tout ça. Ça m’arrive souvent. Et pendant ce temps, le bouquin vit sa vie, jusqu’au moment où il n’est plus disponible.

Jim


(artemus dada) #180

[quote=“Jim Lainé”]…] jusqu’au moment où il n’est plus disponible.

Jim[/quote]

Et pourquoi, dès lors où les stocks prennent trop de place, l’éditeur ne “brade”-t-il pas ses invendus plutôt que de les pilonner ?

Sous forme d’opérations de promotion ou de soldes, par exemple ?