À l’occasion de la diffusion française de Terra Nova, j’ouvre la discussion (étonnamment absente en ces contrées…).
Bon, moi, perso, après trois épisodes (le double épisode d’intro et un épisode d’intrigue in situ), je ne suis pas tellement emballé. C’est un peu le syndrome Falling Skies : un pitch agressivement intéressant, des images correctes, un filmage sans génie mais fonctionnel et narratif, des acteurs pas trop déplaisants… Et pourtant, ça ne décolle pas.
L’ensemble prend bien soin d’aligner un nombre de clichés assez conséquents, à commencer par les personnages : la maman toubib, le papa policier, le gamin rebelle chiant, la gamine géniale et la bambine là pour justifier les inquiétudes et les réactions des parents. Une société crypto fasciste, une mentalité de colons bornés, une volonté affirmée d’éviter les conflits internes (ce qui lisse brutalement les intrigues…), un casting réduit dans une ambiance de village vaguement puritain, un groupe rival qui permet de détourner l’attention des tensions internes, des mystères artificiels…
Pourtant, le premier chapitre semblait promettre une certaine conscience du matériau de base. Le chef de la colonie pose la question évidente : comment un couple composé d’une toubib et d’un flic, donc des gens responsables qui ont accès à tous les services possibles, ont pu enfreindre les lois sur la population ? « On a trouvé que c’était une bonne idée ». Intéressante réplique : elle trace les contours du rapport à la vie et à la procréation dans l’esprit américain, et dans le même temps elle dresse le portrait d’un couple de héros assez crétins et irresponsables, faut bien le dire.
Enfin, cette seule idée démontre que le pitch n’a pas été poussé à fond. Voilà un couple qui est plongé dans l’illégalité, avec un dossier long comme le bras. Or, l’épouse est recrutée dans un programme de colonisation d’un passé préhistorique d’une Terre parallèle (un autre échange de dialogue prend bien le soin d’expliquer qu’il s’agit d’une autre ligne temporelle, ce qui évite toute possibilité de paradoxe temporel). C’est somme toute incohérent. Voilà une société dictatorial qui trouve le moyen d’évacuer des populations entières (sans doute au près de beaucoup d’énergie, ce qui peut expliquer la sélection, mais quand même…), et qui préfère exiler ses élites ? Alors que la technologie temporelle offre la possibilité de se débarrasser des criminels et autres illégaux, afin d’assainir la société et d’alléger la pression démographique ? Un troisième échange de dialogues nous informe qu’il existe des « dômes » où la vie des élites est facilitée, est justement, la question est posée à madame le docteur, à qui est associé à long discours sur l’espoir de changer les choses. Changer les choses en faisant un troisième enfant illégal non-déclaré à qui toutes chances de vivre en profitant des services de la société (enseignement, santé…) est refusée par le seul fait qu’elle n’a aucune existence légale ? Voilà encore une équipe de scénaristes qui n’a réfléchi plus loin que le bout de son nez ?
Le premier épisode laissait penser que, justement, le couple serait exilé dans le passé à cause de ses « crimes ». Et il aurait été bien plus intéressant d’imaginer des colonies entières constituées de rebuts, criminels et autres dissidents, ce qui aurait permis de développer un casting plus intéressant que la volière d’oies blanches qu’on nous présente. Du coup, on a des mignons gamins qui distillent de la gnôle de contrebande, transgression et dissidence, mazette. Des colonies temporelles composées de « méchants » aurait tellement fait sens dans le contexte de « nouveau monde » de la série. Après tout, de quoi se sont peuplées l’Amérique ou l’Australie, si ce ne sont des puritains ou des putes et des criminels, en bref tout ceux dont on ne voulait pas ?
Mais passons, et regardons la suite. Des bestioles raptoroïdes dans le deuxième épisodes, des ptérosaures de poche dans le troisième (purée, on dirait le piaf de John Difool, mais en noir, quel design de folie…). Là dessus, un mystère en partie éventé (celui des glyphes sur les rochers, alors que ça aurait pu ouvrir sur des perspectives autres que les courses-poursuites avec des animaux sauvages…), un autre cliché (le vieux copain de fac, le mari jaloux, gnagnagna…). Un espoir demeure, les personnages évoluent un peu, le môme semble un brin moins con et prendre un peu de cuir (c’est pas l’affreux gamin idiot de V), le père commence à prendre ses marques et à comprendre le fonctionnement de la colonie…
Ceci dit, si les épisodes se laissent regarder mais sans rien secouer chez le spectateur, il reste encore la possibilité que de vrais enjeux intéressants se développent. Qu’a fait le premier colon durant ses 118 jours de solitude ? Où est parti son fils ? À quoi sert le minerai ? Que font les Classe 6 ? Quel est le but réel de la colonisation ?
Mais pour l’heure, ce ne sont que quelques questions, soulevées à l’écoute attentive de quelques dialogues. Mais il n’y a pas de subplot, pas d’indice qui laisse penser que ça se dirigerait quelque part avec détermination.
Le genre de série qui me fait dire que si j’en rate des épisodes, je ne vais pas pleurer…
Jim
