TERRENCE MALICK ET L'AMÉRIQUE (Alexandre Mathis)

Un brin frustrant au premier abord (quelques fautes de goût au niveau du style ; une concision un peu trop marquée), ce livre s’avère à la réflexion un essai tout à fait intéressant, à plus forte raison du fait de la pauvreté de l’offre concernant l’analyse de l’oeuvre du cinéaste texan (j’avais lu et beaucoup aimé il y a quelques années un texte de Michel Chion, mais celui-ci ne portait que sur “La Ligne Rouge”).

J’ai pensé durant ma lecture que l’auteur restait un peu à la surface des choses, ne se laissait pas aller, comme on pourrait s’y attendre, au “délire interprétatif” que ce type de cinéaste très sybillin pourrait encourager. Au final, il a eu raison je crois : si le cinéma de Malick peut paraître énigmatique, il est aussi en dernière analyse très simple et direct (il suffit de voir ce qui est à l’écran, pas de structure einsensteiniennes cachées là-derrière). Cette simplicité dans l’analyse (et cette humilité, je dirais même) sied finalement pas mal au projet.
Dommage que Mathis nous laisse un peu sur notre faim sur deux ou trois points qui pour le coup auraient mérité d’être creusés : par exemple, il est surprenant de ne pas s’attarder plus sur la connexion avec les philosophes transcendantalistes américains (Thoreau, Emerson…). Le concept crucial d’“oversoul” est bien cité, mais il aurait fallu creuser son lien avec le système de voix off polyphonique auquel on ne comprend rien sans cet éclaircissement. De même, l’auteur développe deux trois intuitions critiques vraiment bien senties (le lien “mensonge / propriété privée” qui constitue la moëlle de la corruption qui vient souiller les paradis originels du cinéaste) mais pas suffisamment peut-être.

Une lecture finalement instructive et “structurante” pour l’amateur, ce qui est déjà beaucoup. Mathis, lorsqu’il aura gommé ses quelques défauts de “jeunesse”, deviendra à n’en pas douter un analyste de la chose cinématographique à suivre…