TEXAS JACK (Pierre Dubois / Dimitri Armand)

C’est pas mal du tout.

Tout commence effectivement par un massacre de fermiers tranquilles qui fêtent un baptême. Arrivent des tueurs qui liquident tout le monde, et la séquence suivante nous explique que cet assaut a été commandité par de riches propriétaires terriens qui veulent semer la terreur parmi les fermiers afin qu’ils partent, permettant aux entrepreneurs de faire passer le chemin de fer et de développer l’économie du pays (en particulier les mines et les transports de marchandises).

Si les auteurs font preuve d’une évidente cruauté dans la mise en scène du massacre, c’est pour poser les méchants (et notamment Ironsmoke, le chef des tueurs), mais aussi pour contrebalancer avec la présentation du héros, Texas Jack, le chef d’une troupe itinérante qui propose un spectacle recréant un Far West fantasmé. S’il s’est entouré de différentes personnes plutôt douées dans leur domaine (dont un tireur d’élite), lui-même n’a jamais tiré sur un être vivant, se contentant de viser des assiettes en l’air. Et c’est à cette troupe que le gouvernement fait appel, en misant sur le caractère fédérateur de ce cow-boy de fiction.

Sur cette idée con comme seuls les agents gouvernementaux peuvent en avoir, l’équipe se met en route, rencontrant en chemin tireurs embusqués et aide inattendue. La présence d’Amy, splendide rousse compagne de Jack et maîtresse dans l’art du fouet, sème un peu le trouble dans la petite troupe, mais Dubois prend la précaution de dresser le portrait d’une femme libre, loin de la potiche source de discorde.

Le récit est aussi l’occasion, forcément, d’une réflexion sur la fiction. Avec cette figure de cow-boy de cirque, héros de dime novels sensationnalistes, il n’est pas difficile pour les auteurs de s’interroger sur la figure du héros de fiction, le marshal Sykes étant catalogué comme « gothique ». Tout l’interrogation sur la retranscription de l’Ouest sauvage est bien entendu convoquée ici.

L’album connaît une fin en deux temps : la fusillade découlant des retrouvailles avec Ironsmoke, qui tourne aux jeux de gladiateurs, puis la dernière représentation de Texas Jack, qui se découvre une âme de héros, le tout sur fond de mise en abyme : le spectacle dans le spectacle, la confrontation classique entre réalité et fiction.

Je connais mal le travail de Dimitri Armand, le dessinateur, mais j’aime bien. J’y vois une influence évidente des comics, notamment, par certains aspects, du trait de Leonard Kirk. Ses planches s’inscrivent dans la mouvance post-Wendling, un peu comme si on avait des crayonnés de Lauffray mais encrés avec un noir épais et gras à la Hérenguel. C’est joli, expressif, les personnages sont beaux et les décors grandioses.

Jim