THE CURSE OF DOWNERS GROVE (Derick Martini)

[quote]DATE DE SORTIE FRANCAISE

Indéterminée

REALISATEUR

Derick Martini

SCENARISTES

Bret Easton Ellis et Derick Martini, d’après le roman de Michael Hornburg

DISTRIBUTION

Bella Heathcoote, Lucas Till, Kevin Zegers, Helen Slater…

INFOS

Long métrage américain
Genre : thriller/horreur
Année de production : 2014

SYNOPSIS

La jeune Chrissie Swanson craint d’être la prochaine victime dans une série de meurtres qui vise les étudiants du lycée de Downers Grove…[/quote]

La bande-annonce :

https://www.youtube.com/watch?v=X9NgfuC-M40

La vache, sacré ratage que cette Malédiction de Downers Grove, du nom d’une petite ville de la banlieue de Chicago. Adaptation d’un roman (connais pas le livre ni l’auteur), le film avait plutôt de chouettes atouts à faire valoir, sur le papier.

C’est évidemment le nom de Bret Easton Ellis qui attire l’attention au premier chef : le petit génie de la littérature américaine, plus ou moins en panne d’inspiration en ce moment (malgré de dantesques morceaux de bravoure dans sa biblio ; je pense parler de son monumental “Glamorama” à la rentrée…), se pique ses derniers temps, à côté de son activisme sur Twitter, de causer cinéma dans des podcasts somme toute très intéressants. Il ne se contente d’ailleurs pas de ça et finance ou écrit divers projets (de tous petits budgets, systématiquement), avec des fortunes très diverses, souvent prometteurs, rarement aboutis (voir l’intéressant mais plutôt cheap “The Canyons”, écrit par Ellis et réalisé par un Paul Schrader en petite forme).
Sa signature est néanmoins toujours la promesse de retrouver un univers très particulier, très typé : Bret Easton Ellis est en fait l’un des rares véritables héritiers de David Lynch dans le paysage pop-culturel.
De petits éclats de ce “mood” particulier, c’est bien tout ce dont “The Curse of Downers Grove” pourra se targuer… à l’exclusion d’un chouette casting.

Les habitants de la bourgade de Downers Grove (les vrais, je veux dire) apprendront avec joie à travers le film que le lycée local est frappé d’une malédiction : un élève de dernière année meurt chaque année peu de temps avant les exams, de diverses façons (accidents idiots, crimes passionnels, disparitions mystérieuses, etc…), variées mais régulières dans leur glauquitude.
Le prologue du film, assez maladroit (mais on a encore rien vu en la matière…), met en place un faux-semblant qui vole en éclats finalement assez tôt dans le récit. On a l’impression qu’on va mettre les pieds dans le surnaturel et le fantastique tendance horrifique (genre “Destination Finale”, exemplairement), mais il n’en sera rien : pourquoi pas.
Le problème, c’est que le film ne fait absolument rien de ce prologue et qu’au final il joue à peine avec son dispositif, évacuant presque d’emblée toutes velléités de jouer sur l’ambiguité “hasard tragique ou véritable malédiction”. On a donc droit à un tout autre récit, s’orientant vers le film d’auto-défense (avec une phase “home invasion”) de manière assez étonnante il faut le reconnaître, mais doté d’une construction et d’une cohérence très hasardeuses quand il semble que c’est pourtant un certain naturalisme qui semble intéresser les auteurs.
Et là, patatras : dans une tentative lamentable de réinjecter un peu d’étrangeté à son métrage, le réalisateur afflige son héroïne de visions au montage épileptique digne d’un mauvais Oliver Stone, avec une désinvolture assez sidérante (le faux indien, c’est quelque chose ; ah oui, on évoque en passant une fois ou deux le génocide améridien, histoire d’accroître le malaise…). De manière générale, le film est réalisé de façon absolument atroce, ne serait-ce une certaine aptitude à retranscrire de manière viscérale la violence de certaines scènes (le film est très cru et très très violent). Mais ce sera tout.
Pour le reste, on dirait une illustration en live du petit manuel à l’attention des “wannabe Donnie Darko” de la terre entière, avec des nuages accélérés dans le ciel et tout l’attirail faisandé…

Plus surprenant, l’écriture aussi est complètement à côté de la plaque. En plus de ne pas savoir sur quel pied danser (on l’a vu), le récit ménage des moments d’un grotesque achevé (le twist final inutile et pourtant ultra-prévisible, c’est le summum), avec des facilités qui laisse pantois (“hey, y’a toujours le fusil de papa planqué sous mon lit, au fait, depuis le jour où il t’a appris à t’en servir” ; ben voyons). Au final, on comprend pas bien le projet.
Reste tout de même un certain feeling propre à l’oeuvre d’Ellis, dont cette peinture assez terrifiante de la jeunesse américaine dont le gouffre existentiel, tel un trou noir, absorbe et dévaste tout sur son passage.
Mais autant lire ses bouquins, on y trouve des récits nettement plus aboutis en la matière.

Quelques chouettes choix de casting tout de même, avec la belle Bella Heathcote (vue dans “Dark Shadows” de Tim Burton et “The Neon Demon” de Nicolas Winding Refn) et Lucas Till de chez les X-Men, un brin bovin (mais c’est son rôle mal écrit qui veut ça) mais assez solide tout de même.

Mais bon, ça reste un très mauvais film, que j’aurais pourtant aimé aimer, si vous voyez ce que je veux dire.