THE EXPANSE (Saisons 1-5)

Série renouvelée pour une 3ème saison.

même avis après 3 épisodes

Le teaser de la saison 3 :

Début de la diffusion le 11 avril.

Pas de saison 4 pour The Expanse (mais Alcon Television Group, qui produit la série, cherche un nouveau partenaire de diffusion pour poursuivre l’aventure)…

The Expanse est sauvée. La série a été renouvelée pour une 4ème saison par Amazon Studios…

Le teaser de la saison 4 :

Série renouvelée pour une 5ème saison (avant la diffusion de la 4ème).

J’ai beaucoup aimé les deux premières, vues sur Netflix.

Bien.

V1_SY1000_CR0%2C0%2C675%2C1000_AL

V1_SY1000_CR0%2C0%2C675%2C1000_AL

J’avais entendu des échos positifs comme négatifs, mais jamais très détaillés, sur cette série et, ayant des envies de SF, j’ai décidé d’aller voir par moi-même. Bien m’en a pris car j’ai dévoré la première saison et je suis en train d’entamer la deuxième.

Il faut certes en passer par un premier épisode qui semble volontairement nébuleux (sans mauvais jeu de mot). Malgré le petit cartel explicatif en ouverture, qui pose rapidement les enjeux géopolitiques du système solaire du XXIIIe siècle — la Terre est dirigée par les Nations-Unies, les colonies martiennes ont pris leur indépendance, et la ceinture d’astéroïdes sert de foyer à un lumpenproletariat regardé comme plus tout-à-fait humain par les deux autres puissances —, on comprend vite… qu’on ne comprend pas grand chose, mais que des forces plus complexes sont à l’œuvre.

Sur Cérès, Miller, flic pourri jusqu’à la moelle ou peu s’en faut, se voit assigner « sur son temps libre » la mission de remettre la main, contre récompense, sur la fille rebelle disparue d’un riche magnat terrien. Pendant ce temps, dans l’espace, Holden, sous-officier à bord d’un cargo récupérant la glace des astéroïdes, choisit, malgré l’ordre reçu, de ne pas ignorer un appel de détresse en provenance d’un autre vaisseau. Cette décision altruiste va coûter la vie à la majorité de ses camarades de bord, et, indirectement, méchamment réchauffer la situation de guerre froide entre Terriens, Martiens et « Ceinturiens ».

Si le spectateur a conscience dès le départ que les deux « affaires » sont liées, le comment et le pourquoi restent des enjeux, alors que différents personnages ramassent petit à petit, mais chacun de leur côté, des pièces du puzzle. Chemin faisant, Miller se découvre un semblant de conscience et Holden une volonté d’engagement. L’ensemble mêle avec une certaine maestria space opera « semi-réaliste », polar néo-noir (très noir) et intrigue d’espionnage, le tout assaisonné d’un soupçon d’horreur et d’un zeste de transhumanisme.

Il y a certes quelques grosses ficelles, mais le rythme est bon et très prenant, l’univers est plutôt dense et complexe (mais les enjeux restent « lisibles », en tout cas passé le début un peu hardcore), visuellement c’est assez chouette, et les acteurs font le taf (à défaut d’être renversants). Je qualifierais bien ça de meilleure série de space opera depuis Battlestar Galactica, mais le genre est tellement peu représenté à l’heure actuelle que je doute que ça veuille dire grand chose. Je me contenterais donc d’enchaîner au plus vite sur la suite !

1 J'aime

D’accord avec ça.
Et tu peux enchaîner, même si la dernière saison en date est un poil en dessous des précédentes. Mais juste un poil.
Besos aura bien investi son flouze su ce coup-là.

Saison 2, donc.

I have a file with nine hundred pages of analysis and contingency plans for war with Mars, including fourteen different scenarios about what to do if they develop an unexpected new technology. My file for what to do if an advanced alien species comes calling? It’s three pages long, and it begins with: ‘‘Step one: find God.’’ Chrisjen Avasarala (Shohreh Aghdashloo)

Alors que quelques poignées d’individus seulement sont au courant de la réalité derrière le sort de l’astéroïde Éros et de sa population, cet état d’ignorance n’empêche nullement — bien au contraire — les gouvernements et autres factions armées de s’emparer des apparences et d’y réagir de façon très… humaine, rapprochant toujours plus le système solaire d’un risque de guerre ouverte.

Difficile, au-delà de ça, de résumer cette saison plus en détails, du fait d’une construction d’ensemble un peu bizarre (pour ne pas dire bancale). La raison en est simple : sans avoir lu les romans signés James S.A. Corey, un rapide « survol de reconnaissance » donne néanmoins la nette impression que les cinq premiers épisodes de cette deuxième saison adaptent (estimation à la louche) le dernier quart du premier volume, et les huit épisodes suivants les trois quarts du volume suivant. La saison 1 donnait l’impression de s’achever un peu au milieu de nulle part, en termes d’économie narrative (une impression qu’on retrouvera un peu aussi à la fin de cette saison 2), et il est assez facile de percevoir qu’une « page » se tourne entre l’épisode 5 — qui marque la véritable conclusion de l’arc précédent (avec Miller et le reste de conscience de Julie Mao précipitant Éros sur Vénus) — et l’épisode 6 — qui lance un tout nouveau chapitre de l’intrigue (avec la « bataille » de Ganymède).

Cette construction désarticulée se ressent aussi dans le traitement de certains personnages. En effet, les scénaristes ont tenu à en introduire certains « en avance », par rapport à la version « papier » où ils n’apparaissent que dans le deuxième tome. Le problème, c’est de trouver à les occuper avant qu’ils aient « quelque chose à faire » dans l’intrigue telle qu’initialement prévue. C’était déjà le cas de Chrisjen Avasarala, la diplomate terrienne vieillissante, et animal politique féroce, que le pitch initial de la série télé présentait comme un personnage d’importance égale à celle de Jim Holden et Joe Miller… mais qui ne déployait véritablement ses ailes qu’en fin de première saison. La série parvient, fort heureusement, à en faire l’un des personnages les plus intéressants du début de la deuxième, activant réseaux et contre-mesures contre ceux qui l’ont sous-estimé (quitte à continuer à sacrifier quelques vies et briser quelques carrières rien que pour maintenir les apparences). On ne peut malheureusement pas en dire autant du sergent Bobbie « Gunny » Draper, personnage qui menace très vite de devenir exaspérant, dans les premiers épisodes, à ressasser en rond la même rhétorique à la Starship Troopers, avant que les évènements ne changent la donne.

À ce sujet, toutefois, il est plutôt bienvenu qu’on en apprenne plus sur la culture très… martiale des Martiens, qui n’avaient guère été qu’entr’aperçus dans la saison précédente. Idée superbe : la planète-nation se considère unie par un rêve — la terraformation — mais « défendre » ce rêve signifie le repousser indéfiniment — les fonds nécessaires étant siphonnés par l’armée… laquelle armée a essentiellement pour tâche de faire en sorte qu’un conflit n’éclate pas ; et la situation de guerre froide étant aussi par définition une situation de maintien du statu quo, la terraformation n’avance plus.

À un niveau plus individuel, pas mal de personnages gagnent de l’épaisseur dans cette seconde saison. Même ce bon gros sociopathe d’Amos, c’est dire ! On en apprend plus sur Fred Johnson, les circonstances qui lui ont fait gagner sa triste réputation de « boucher de la station Anderson », et ses motivations présentes. Quant au sous-secrétaire aux Nations-Unies Sadavir Errinwright, passé au cours de la saison précédente de simple figurant à antagoniste secondaire un peu falot, révèle, mis au pied du mur, des ressources insoupçonnées.

La petite bande des survivants du Cant gagne également en crédibilité, là où la première saison pouvait (en caricaturant un peu… mais énormément non plus) donner l’impression d’un groupe de bras cassés toujours au mauvais endroit au mauvais moment, mais se débrouillant miraculeusement pour zigzaguer entre les balles, les missiles nucléaires et les déploiements d’arme biologique faisant tomber tout le monde autour d’eux comme des mouches. Leur association, bon gré mal gré, avec Fred Johnson leur donne, disons, une certaine assise (une justification à leur implication comme à leur « force de frappe »), tandis que leur tendance à la « croisade », comme le pointe amèrement une victime collatérale, vient aussi avec le développement de zones d’ombre plus marquées. (Holden reste sans doute le personnage que j’aime le moins, pas aidé en outre par son interprète, mais la série est suffisamment riche et chorale pour passer outre un manque d’atomes crochus avec sa tête d’affiche supposée.) Kudos également aux scénaristes pour avoir trouvé un moyen relativement ingénieux de mener la confrontation finale, sans donner à deux mécanos glorifiés la capacité de vaincre en combat singulier une créature qui étripe à main nues des pelotons de marines en ouvrant leurs armures comme des packs de bière.

L’aspect hard SF reste bien géré, dans la lignée de la saison précédente, qu’il s’agisse des temps de déplacement dans l’espace (malgré le bond technologique, il faut toujours au mieux plusieurs heures, et plus probablement plusieurs jours, pour aller d’un point à un autre au sein du système solaire, ce que le récit ne manque pas d’exploiter), des répercussions d’une vie menée dans des conditions de gravité différentes (même si je regrette qu’on ne voit plus aucun « transhumain » aux morphologies déformées, les séquences avec les membres de la délégation martienne sur Terre montrent que le sujet n’est pas non plus abandonné… à défaut de pouvoir « caster » uniquement des acteurs de plus de 2m de haut), ou de la réflexion sur la viabilité d’un écosystème artificiel. J’imagine que tout cela doit beaucoup au matériau littéraire de base : au vu de l’épaisseur des bouquins, les deux auteurs se sont sans doute donnés la place de rentrer dans les détails ; reste qu’en retranscrire à l’écran la substantifique moelle sans trop donner l’impression de l’appauvrir n’a pas dû être une mince affaire.

Au final, les quelques bémols que j’aurais sur cette deuxième saison :

  • une construction un peu brinquebalante, induisant un « faux départ » un peu énervant pour l’un des personnages (Draper),
  • une raréfaction de la présence de physiques « hors normes » dûs à la vie dans l’espace,
  • un « boss de fin » (la créature hybride) nettement moins original et fascinant que ce que les personnages ont croisé auparavant sur Éros,

restent relativement secondaires par rapport à la qualité constante, voire, sur certains points, en augmentation, de la série :

  • une intrigue complexe mais engageante,
  • des thématiques riches et fortes,
  • un univers solide et intelligement exploité,
  • un casting de personnages gagnant non seulement en nombre mais, individuellement, en épaisseur et en subtilité.

Mes plans de vacances à partir de ce week-end vont sans doute reporter au mois d’août ma poursuite du visionnage, mais je conserve ma hâte de poursuivre l’aventure.

Cadeau bonus (pour les anglophones) : une vidéo publiée sur Youtube ces jours derniers sur l’ascension et le déclin de la chaîne Syfy, qui évoque notamment le sort de The Expanse :

(Pour les non-anglophones, l’hypothèse de base est que la chaîne a lentement mais sûrement ruiné toute la crédibilité qu’elle avait gagnée grâce à Battlestar Galactica, en privilégiant des choix économiquement payants à très court terme mais désastreux, à plus longue échéance, pour son image de marque, avec un effet de retour de bâton quand ils tentent à nouveau, occasionnellement, de se relancer sur des choses plus ambitieuses.)

Saison 3, épisodes 1-6 : toujours cette structuration bizarre qui fait que le vrai season finale (ou en tout cas la conclusion de l’arc narratif) se retrouve décalé au milieu de la saison suivante.

Il en résulte un « début de saison » (/ une dernière ligne droite de la saison précédente) très orienté(e) action, course-poursuite et contre la montre, batailles spatiales… Même l’aspect « intrigues politiques / espionnage » tend maintenant à se résumer à une série de coups de force. L’heure n’est plus trop aux subtilités ou aux vastes interrogations : ça pète de partout. Si l’idée de choix historiques orientés à partir d’informations parcellaires pouvait apparaître comme un des thèmes des saisons précédentes, les choses ont atteint un stade où plus grand monde ne donne même l’impression de chercher à comprendre, mais juste à frapper le premier. Et toujours quelques grosses ficelles : d’heureuses coïncidences de rencontres de vaisseaux (à l’échelle de la moitié du système solaire, tout de même…), et côté antagonistes, si le sous-secrétaire Erinwright est encore (hélas ?) dans les bornes de ce qu’on peut considérer comme réaliste, l’amiral Nguyen fait un peu vilain maniaque d’opérette.

L’ensemble reste néanmoins bien trop prenant pour bouder son plaisir, même si j’espère que les prochains épisodes vont se « poser » à nouveau.

La bande-annonce de la saison 5 :