THE FLASH (Andy Muschietti)

Finalement, j’ai bien fait de poser ma question.
(Possible que j’oublie la réponse sous peu, cela dit)

En français on a aucun pronom non genré, d’où l’obligation d’en inventer un.

Pour les anglophones utiliser It renverrait un peu à objectiver la personne. They au contraire ne précise ni masculin ni féminin, il porte juste la marque du pluriel.

C’est un peu la solution la plus facile.

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Ah bon ?

Si tu appelles quelqu’un It tu le renvoi à un objet, un animal (bien que les personnes ayant des animaux utiliseront le pronom masculin/féminin)

Arf.

Ce qui est faux.

Jim

Tu penses à quoi ?

À « on ».

Qui est un pronom personnel indéfini.
Qui n’est donc marqué ni par le genre, ni par le nombre.
Et qui couvre déjà les fonctions de « nous », de « il », de « ils », de « tout le monde », voire de « tu / vous » ou de « je », selon les contextes. Parfaitement polysémique, il pourrait se prêter parfaitement à un nouvel usage (pour peu que les gens fassent l’effort de bien l’employer et de bien formuler les phrases).

Une des raisons pour lesquelles la vague néo politiquement correcte du wokisme me gonfle au plus haut point en France, c’est qu’elle contribue à détricoter la grammaire, à créer des outils linguistiques inutiles parce qu’il suffit de chercher un peu pour trouver l’outillage nécessaire. Et détricoter la grammaire, c’est pas trop le moment : on n’arrête pas répéter que l’usage de la langue est de moins en moins maîtrisé par les élèves (sous les coups de boutoir des réfections de programme scolaire et autres nivellements par le bas), donc rajouter des complexités alors qu’il est déjà difficile d’enseigner et de transmettre les bases, ça me semble contre-productif.

Jim

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Oui mais cela n’apporterait que plus de confusion lors de la communication

« j’étais avec X ce matin, on va passer plus tard ».

Perso je suis confus sur qui va passer, le on pouvant être les deux personnes comme juste X.

« j’étais avec X ce matin, iel va passer » me parait plus explicit.

Ceci dit cette phrase porterait à confusion en anglais avec le « They ».

Rien de simple n’est-ce pas.

Pour la deuxième partie de ton message ça ne me dérange pas plus que ça, c’est une langue vivante, notre manière de communiquer, tant mieux si elle évolue avec le temps.

La seule chose qui m’agace c’est l’hypocrisie de l’anglicisme a tout va pour des mots existants en français.

AMEN

Langage non pas inclusif mais distinctif. ON se distingue.

Carrément. Et ça sans même prendre en compte un truc auquel personne n’a l’air de penser (ou trop peu de monde, en tout cas) : au moment où on commence ENFIN à s’occuper un peu mieux des élèves qui ont des troubles dys (graphiques, lexiques, etc.), même si beaucoup reste à faire, c’est pas non plus le moment de leur mettre des difficultés graphiques de plus au milieu des phrases.

Ouais, mais là, c’est parce que l’interlocuteur ne fait pas l’effort d’expliciter son propos. Comme plein de gens qui disent « il… il… il… » alors qu’ils parlent de plusieurs personnes. Mais ça, c’est partout : c’est pas parce que les gens utilisent mal les outils langagiers que ces outils langagiers sont mauvais. C’est simplement que les locuteurs s’expriment comme des branques.

Fort possible, ouais.
En anglais, on a « man ».
« Man can say that… » : « on peut dire que… »
Cela dit, dans l’orientation non-genriste, « man », c’est pas glop. Donc, repli sur « they », dont personnellement j’ai longtemps moins croisé l’usage dans mes lectures (ou alors j’avais pas fait gaffe) et qui a le mérite, effectivement, d’éviter les marquages forts.

Mais je reviens à ce que je dis au départ : ce n’est pas une création ex nihilo, c’est une tournure, et une possibilité grammaticale, qui existe déjà. Pas une invention. Dans les anglophones, quand ils sont petits et qu’ils apprennent les subtilités de leur langue à l’école, s’y frottent.
Là où, en France, la création d’un pronom qui divise et fâche non seulement les Académiciens mais aussi le corps enseignant et en gros tous les francophones désireux de comprendre et de se faire comprendre, ça me semble complètement idiot.

J’ai entendu des propos d’enseignants et de travailleurs sociaux qui soulevaient ce point. De même que les gens aveugles ou travaillant avec les aveugles soulèvent la question des substantifs néologistiques en écriture inclusive (genre : lecteur.rice), qui sont inapplicables en braille. Et les gens qui travaillent avec des élèves étrangers (jeunes ou pas) soulignent que ça rend l’apprentissage du français encore plus compliqué : comme si tous ces gens avaient besoin de mots avec des points dedans, ou de pronoms sortis d’un chapeau.

Je soulignerais aussi un autre point : le français genre tout, les hommes, les femmes, les animaux, les objets, les véhicules, les plantes. Tout est genré, y compris les adjectifs. L’anglais, au contraire, genre les êtres humains, et met dans la case du neutre plein d’autres trucs (je n’ose écrire qu’il « neutralise », mais il y a quelque chose de ça(*)…). Les animaux domestiques sont souvent genrés, les bateaux sont féminins, mais à part ça, tout ce qui sort du règne humain, c’est neutre, c’est « it ».
Dès lors, en anglais, le monde alentour est désigné par le genre de l’individu, selon un rapport d’appartenance. « His car, his truck, her car, her truck », cela oriente vers le sexe de l’humain qui les possède ou les conduit, pas vers le genre de la voiture ou du camion. Or, en français, le genre alloué à l’objet est conservé en cas d’emploi de l’adjectif possessif : « sa voiture, son camion », quel que soit le sexe de l’individu considéré. Et ainsi de suite : en parlant de la voiture, on dit « son volant » mais « sa roue ». C’est donc l’objet qui prime dans la perception qu’on a de sa place dans le monde, là où, en anglais, ce qui prime, c’est la place du « possesseur ». Si on suivait en français la grille de lecture ainsi induite en anglais, on écrirait « sa voiture et sa camion » pour une fille, et « son voiture et son camion » pour un garçon. Mais ce n’est pas le cas. Pourquoi ? Parce que derrière une langue, il y a une perception et une conception du monde, associées à une culture, une histoire, une psychologie, tout ça.

Le cas des adjectifs est intéressant aussi. Ils sont accordables en français, mais invariables en anglais. Mais en français, si l’on recourt au non-genré « iel », que doit-on écrire ? « Iel est beau » ? « Iel est belle » ? On n’a pas de forme neutre pour les adjectifs. Doit-on imposer le masculin, selon l’inclination habituelle ? Ou bien utiliser le genre que préfèrerait la personne concernée, si tant est qu’elle en privilégie un ?
Dans tous les cas, on arrive à un cas-par-cas qui, en plus d’être ingérable, va à l’encontre de l’une des fonctions du langage, qui consiste à offrir un socle commun admis et compréhensible de tous. Encore un coup de canif à cette dimension de communauté de culture et de langage que semblent oublier tous les défenseurs un peu aveugles des minorités.

Jim

(*) et pour l’anecdote, je signale que « neutraliser » en français et « neuter » (castrer) en anglais ont la même étymologie, à savoir « ne » négatif et « uter », l’un ou l’autre : le neutre, c’est ni l’un ni l’autre. De là à penser qu’un langage châtié est un langage châtré, hein…

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Clap clap

Effectivement je pense que ce statut non genré ne pourra jamais avoir de tournures « officielles » en français dû à la particularité de la langue que tu évoques.

D’autant plus que la règle qui veut que le masculin soit préféré dans notre langue peut être pris par ces personnes comme un refus de qu’ils sont.

Je pense d’ailleurs que la langue française (sûrement les autres langues latines également) n’aide pas du tout dans leur combat comparé à l’anglais plus neutre de base.

Oui, d’autant que cette règle n’est pas gravée dans le marbre et elle est assez récente, puisqu’elle a été formulée au XVIIe siècle. Mais avant (et sans doute encore après, j’imagine…), une autre règle s’appliquait aussi, qui se résume à l’idée de la proximité : en gros, on accordait avec le dernier mot cité, avec celui qui, dans la phrase, se trouvait le plus près de l’adjectif. Par exemple, aujourd’hui, on dirait « tous les hommes et les femmes sont beaux », mais à l’époque, on pouvait dire « tous les hommes et les femmes sont belles ». C’était une règle tacite qui était guidée par l’usage et par l’euphonie. Les adeptes de l’écriture inclusive ressorte cette règle ancienne et écartée, souhaitant la remettre au goût du jour. Et là, franchement, pourquoi pas. Que l’on apprenne la règle du masculin qui l’emporte, que l’on peut trouver arbitraire, ou celle de l’accord sur la proximité (voire les deux), ça ne me dérange pas. Toujours pour la même raison : les outils sont là.

Jim

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Ah ouais, elle est vachement bien cette règle. Jolie à l’oreille, en plus.

Merci Jim ! J’ai appris des choses !