THE PREDATOR (Shane Black)


(Jim Lainé) #41

Ce qui est fort dans le premier, c’est que justement, l’action est souvent contenu. L’arrivée, le briefing, l’avancée, le constat qu’on est arrivé trop tard, la traque, les morts violentes et soudaine… le film commence à défourrailler après plus de vingt minutes, l’accent étant mis sur l’atmosphère, la paranoïa (les pièges installés par les guerrilleros occupent la même fonction que la vision du chasseur extraterrestre : créer une attente angoissée). Le film propose même une ellipse incroyable, quand Billy se retrouve seul sur le tronc, attendant son agresseur : le conflit sera seulement perçu de loin, par un simple cri.
C’est un film d’action qui, à plusieurs reprises, contourne l’action, témoignant d’une vraie réflexion sur le genre.
C’est sans doute là sa force, mais on peut tenir le même discours concernant Aliens (en tout cas dans son premier montage), qui a une très longue phase d’exposition, où il ne se passe strictement rien en termes d’action, et où tout le travail repose sur l’ambiance. Une bonne demi-heure sans explosion ni monstre, ce qui est pas mal pour un film d’à peine deux heures (dans son premier montage). Predator, c’est un peu les mêmes choix : 1h30 de film, mais 20 minutes sans action, et un ennemi qui mettra encore bien longtemps avant d’apparaître.
Et moi aussi, j’aime beaucoup le deuxième, qui a plein de scènes sympas, un vrai développement du mythe, et un héros qui n’est pas taillé pour affronter une telle menace, et qui rend donc le combat encore plus intéressant.

Jim


(Ben Wawe) #42

Je n’ai vu que le premier ; un sommet, en effet, inégalé et d’une puissance absolue.
Faudrait que je vois le deux, tiens.


(Geoffrey Le Magnifique) #43

Pour avoir revu la version longue il y a peu, je te confirme que ce montage-là (le long) produit le même effet sur plus d’une heure. Passionnant alors que le gros du truc est de présenter Ripley dans un nouvel environnement.


(Lord-of-babylon) #44

Ben comme ça je dirais :


(Lord-of-babylon) #45

et donc oui tu parlais de la saga mais celle ne tourne au final qu’autour d’un film et demi (parce que bon le deux est sympa mais voila) et ce film doit sa réussite à être la convergence de talents :

  • Cachés avec la créature imaginée par Stan Winston (et Cameron pour deux, trois trucs qui marqueront) et la réalisation de McTiernan qui arrive à faire LE truc qui fait que ce film est au dessus de tous les autres du même modèle à savoir la mise en valeur du lieu qui en devient même un personnage central du film.

  • Connu, avec la présence d’Arnie alors au top de sa popularité. Parce que j’ai envie de dire que si les autres films se gamellent à intervalle régulier c’est parce qu’ils oublient tous que ce qui à fait la force de Predator c’est d’offrir un combat entre deux titans : Predator vs Schwarzenegger. C’est ce qu’on voulait tous à l’époque et c’est cela qui fait qu’on aime encore le film.

Pour cette image qui synthétise tout :


(Jack!) #46

Marrant, parce que moi je préfère le deuxième justement à cause de ce déséquilibre entre les forces. Faut dire que même en plein dedans, j’ai réussi à éviter le trop plein testostéroïnale et masturbatoire des films de muscles typés 90’s.


(Photonik) #47

Je trouve que c’est déséquilibré aussi dans le premier, quelle que soit la stature de Scharwzy.
Ce que je trouve fascinant dans cette dernière demi-heure du premier volet, c’est la façon dont McTiernan inverse les rôles, faisant de la proie le chasseur et vice-versa, à travers cette astuce qui montre un personnage plongé en milieu hostile devenir littéralement son antagoniste pour s’adapter et survivre (une constante dans sa filmo) : ici c’est le transfert de l’invisibilité d’un protagoniste à l’autre qui en est le témoin.


(Lord-of-babylon) #48

Tout à fait d’accord avec Photonik et je dirais même que la stature de Scharwzy confère cet aspect mythologique à ce déséquilibre. Le rapport de force existe depuis le début de la saga, même si l’équipe de Dutch est composée de militaire sur-armés, il n’en reste pas moins faible quand le Predator commence à les tuer un a un.

Et c’est là d’ailleurs qu’on retrouve aussi une des marques du cinéma de McTiernan, c’est quand il commence à utiliser son intelligence plutôt que ses muscles que Dutch prend l’ascendant sur le Predator. Ce qui marque peut-être le public durablement c’est aussi de proposer un héros qui est loin d’être un tas de muscle et qui tend des pièges et utilise son environnement.

Dutch c’est un proto McClane dans un sens.


(Photonik) #49

Complètement. Jusqu’à la dimension un peu “prolo” du personnage (il se met au boulot, travaille avec ses mains à élaborer ses pièges et il est “sali”, physiquement, en conséquence, comme le fameux marcel craspec de MacLane).


(Lord-of-babylon) #50

Et c’est une figure qu’on retrouve presque toujours dans son cinéma avec des variations intéressantes comme la dissociation de celle-ci dans un duo représentant chaque aspect dans Die Hard 3 (muscle pour McClane et cerveau pour Zeus) ou bien dans une sorte de consécration ultime de cette figure par un témoin dans Le 13ème guerrier.

Film que je considère (même dans son montage actuel) comme une sorte de miroir de Predator.

edit : en fait pour répondre basiquement à la question de savoir pourquoi c’est une saga marquante. La réponse la plus simple c’est parce que le premier film est fait par un grand réal

(chose qu’on retrouve avec d’autres grandes sagas fantastiques)


(Lord-of-babylon) #51

En passant c’est assez rigolo que, sur un fofo d’amateur de super-slips, on puisse ne pas apprécier une petite période cinématographique dont les représentants sont très proches musculairement de nos héros de papier. :space_invader:


(Jim Lainé) #52

Mais avec des variantes parfois fascinantes. Le raccourci narratif étourdissant du 13e Guerrier, avec la succession de veillées durant lesquelles l’arabe apprend la langue en écoutant les vikings, c’est saisissant. Un effet qui n’est pas du goût de tout le monde à écouter les commentaires, mais quelle scène !

Jim


(Lord-of-babylon) #53

Je suis étonné que cela ai pu déplaire. Pour ma part ce fut une des idées brillantes du film

La question du langage et la manière de retranscrire la communication entre deux personnages parlant deux langues différentes au sein du film est quelque choses qu’on retrouve dans ces films. La scène que tu cites, t’en retrouve une similaire dans A la poursuite d’Octobre Rouge


(Jim Lainé) #54

Zactement.
C’est un cinéaste de la rencontre, mais jamais (ou rarement) du partage. Les antagonistes se comprennent, mais il n’y a que peu de tolérance ou de partage.
J’ai revu récemment le très formidable Yakuza, de Sidney Pollack (qui m’a semblé toujours aussi génial que lorsque je l’ai vu dans les années 1980), que je considère comme l’un des meilleurs films sur la rencontre de l’Orient et de l’Occident. Et je crois que le cinéma de McTiernan s’inscrit dans cette logique : les forces en présence sont irrémédiablement irréconciliables, mais elles apprennent à se comprendre, elles s’analysent afin de mener le combat… et développe un respect, dans le meilleur des cas. Ou un respect pour les coutumes de l’ennemi, plus que pour lui.
En ce sens, d’ailleurs, le deuxième Predator propose une fin totalement dans l’esprit du premier.

Jim


(Jim Lainé) #55

Alors sans aller jusqu’aux extrémités extrêmement extrêmes de notre ami Kab, je suis bien obligé de confirmer que ce n’est ni un bon Predator ni un bon film de monstre ni un bon survival.
Alors bien sûr, en comparaison du film avec Adrian Brody (Predators, je crois), c’est une merveille, bien évidemment. Et il faut aussi préciser que les défauts, séparément, ne sont pas bien graves. C’est leur accumulation qui pose problème.
Oui, les scènes d’action sont un peu molles (purée, la poursuite en bus, que c’est soporifique), voire parfois illisible (la dernière baston…). Oui il y a eu des réécritures et surtout des coupes (plein d’ellipses ne fonctionnent pas parce que trop brutales, et on sent bien que Shane Black en a écrit bien davantage au sujet des divers chiens qui parsèment le récit, et qu’il y avait quelque chose là derrière, sans doute lié au personnage d’Olivia Munn, justement). Et oui, il y a des scènes trop longues, où le scénariste s’écoute écrire (la présentation des Loonies tourne à vide tellement elle est lente). On pourra rajouter une entrée en matière trop rapide, un premier escadron qu’on n’a pas le temps d’apprendre à connaître, un suspense absent (on a PLEEEEEIN de personnages, et ils trouvent tous le moyen de mourir vers la fin du film, au lieu que le jeu de massacre soit étalé dans l’intrigue.
C’est con, parce que ça ne manque pas d’idées, qui sont censées construire les personnages (la biologiste commence par tenir un fusil à fléchettes tranquillisantes, ce qui fait sens, on peut très bien estimer que c’est ce qu’elle sait manipuler en priorité), qui exploitent la continuité (les trophées ont une autre raison d’être que la simple décoration d’un tableau de chasse), qui projettent la licence vers des pistes intéressantes (la race dominante des Predators n’est pas celle qu’on croit), et qui apportent du sourire, mais c’est tellement mal équilibré que tout cela tombe à plat.

Jim


(sylvain cordurié) #56

Heu…
Non…
À la première phrase comme à la seconde. :slight_smile:

C’est sans doute l’une des plus grosses merdes que j’ai vu ces dernières années.
Juste incroyable que ce truc n’ait pas fini en direct-to-video. Et encore… ça aurait été bien payé.

Les seuls que je plains, ce sont les comédiens qui ont dû se dire en signant “Cool ! Un film avec le mec derrière l’Arme Fatale, Kiss Kiss Bang Bang, Iron Man 3 et The Nice Guys !” J’imagine leur solitude lors de la projection.

Plus la peine de se servir de metal pour torturer les terroristes. Il suffit de leur passer ce navet en boucle, et les dégâts seront irréparables.

KabFC, il n’est pas extrême sur ce coup. Il est d’une tendresse infinie.