THE RAID 2 (Gareth Evans)

Alors, je l’ai vu également et je serai un peu plus nuancé sur le scénario, même si je te rejoins KabFC sur ta conclusion, à savoir 40min de moins et c’était du tout bon.

Sur le scénario, je te trouve un peu dur avec la comparaison avec les films de Seagal :mrgreen:

Certes, il ne concourra jamais pour un prix du scénario, mais ça reste quand même très regardable. A défaut d’être originaux, les thèmes évoqués sont quand même plutôt bien traités et il y a un certain nombre de choses que je n’ai pas vu venir, personnellement.

Quant tu compares par rapport à un film comme Ong Bak, qui se voulait également novateur en matière de film de baston, on est quand même à des années lumières au niveau de la qualité du scénario.

Mais clairement, il y a des choses qui auraient pu être zappées.

Par exemple, tout ce qui concerne le tueur engagé à la solde de la famille Baugung (désolé si je me trompe dans l’orthographe du nom) aurait pu être résumé par un événement simple qui aurait pris deux minutes et non les 3 scènes qui lui sont consacrées.

Pour le reste, ça reste très impressionnant.

Non seulement Gareth Evans maîtrise super bien la réalisation des scènes d’actions, mais même les autres scènes laissent à penser qu’il est capable de faire de très bonne choses: le plan d’ouverture sur la campagne indonésienne, les scènes dans le cabaret du mafieux à la canne (qui m’ont fait penser à Only God forgives par l’utilisation du filtre rouge), la scène dans la cour de la prison avant l’affrontement général…

Quant aux scènes de baston, sincèrement, je reste vraiment estomaqué. Mention spéciale à celles dans la prison et les dernières, dans le cabaret.

Par contre, et même si ça peut paraître idiot de dire cela d’un film d’action, c’est vraiment ultra-violent.

Dans un film d’action “tout public”, on ne s’attarde pas trop sur les conséquences de la violence. Là, c’est froid, cruel et l’on voit la souffrance.

Sur ce point également, cela m’a fait penser à Only God Forgives, même si ce n’est pas du tout le même registre de film.

Donc, globalement, j’ai beaucoup aimé, même s’il y a pas mal d’imperfections.

Cela dit, quant on compare à ce que l’on peut voir en terme de concurrent américain à ce genre de films, il n’y a pas photo, The Raid et **The Raid 2 ** survolent la catégorie.

J’ai pas mal apprécié cet opus, même si comme le premier je l’ai regardé un peu de loin et même si d’un certain coté le un a ma préférence.

A priori, je n’aime pas ces films d’actions où les protagonistes se prennent une infinité de mandales mais se relèvent comme si de rien, et pourtant là j’adhère en ceci que dans the raid 1 et 2 la saturation que cela ne manque pas d’entrainer chez le spectateur est mise au service d’un propos.

Outre la réalisation assez hallucinante, l’intérêt de la démarche réside dans le fait que la réalisation des scènes d’actions prend en compte l’effet de ces dernières chez le spectateur en vue de provoquer un écho, une émotion partagée entre ce qui est vu et ce qui est vécu.

Si la réalisation de the raid vise à mon sens à susciter la détresse face à la violence, à provoquer un fort sentiment d’inéluctabilité et d’impuissance, notamment dans ce qui est pour moi la meilleure séquence du film, l’affrontement au milieu du film entre un policier et le bad guy du film, the raid 2 me semble non pas viser une émotion mais développe une mise en scène du corps dépouillé de tout.

Le corps est le thème majeur de the raid 2, le corps qui tient, qui avance qui ne cède pas, le corps meurtrie, le corps fait viande, de sa naissance à son dépouillement le plus complet.

En reprenant chacune des scènes d’actions et en suivant la question du corps, c’est tout un discours qui se lit et qui porte sur ce dernier.

Le corps née dans des chiottes, dans la merde et dans la peur, peur de l’entrée au monde, peur d’une porte qui va bientôt céder.

Le corps se façonne dans la glaise et dans la bout. Il est celui de la multitude, pas d’individualité dans cet affrontement chancelant des corps entre eux. Le corps dans the raid 2 n’est pas pris dans la parole, il est ce qui reste du corps quand ce dernier n’est pas pris dans le langage. C’est d’ailleurs ceci qui fait que dans the raid 2 le corps souffrant et le corps sacrifié sont dissociés.

La passion, celle du christ, vient donc dés que le corps a été façonné, et se finit dans une ruelle où le sang fait croix.

Mais si le corps n’est pas pris dans la parole, alors le corps passion n’est pas le dernier temps du corps. le corps survie au sacrifice.

Vient le corps esthétisé, qui va avec son objet, marteau et batte, la violence se fait gimmick et gore.

L’œdipe ne vient qu’à ce moment là, ultime tentative d’inscrire le corps dans une parole, dans un bref combat, un combat où la question de la technique domine, où la question du plus fort a encore un sens.

Mais même cela n’arrête pas la course du corps.

La longue séquence finale reprend le corps parcourant une nouvelle fois toute ces étapes, bout et multitude, passion, stade esthétique, stade oedipien. La longueur et la répétition des scènes de combats jouent à plein par leur effet de saturation, le corps tient mais se transforme en viande de cuisine, chaire tuméfiée à l’image de ce morceaux de barbaque suspendu qui se balance. Il n’est pas question de victoire ou de défaite, il n’est même plus question de volonté, est il encore question d’ennemie ? On ne sait plus vraiment dans ce qui passe par un câlin mortel jusqu’à ce que toute parole soit arrachée de la gorge même du corps.

C’est un corps sans sens qui finit le film, un corps sourd, celui peut être du monstre de Frankenstein, une corps fait d’une vie qui refuse de prendre fin, une vie obsédée par la vie, une vie immortelle qui ouvre sur l’horreur car elle n’a rien à foutre de la subjectivité ou de l’humanité qu’elle accueille.

Le corps-viande n’offre qu’un désir à la conscience qui le subit “rentrer chez lui”, aller au néant, mais c’est ce que le corps vivant refuse à jamais.

Ahurissantes : il n’y a pas d’autres mots pour décrire les séquences d’action de “The Raid 2”, séquelle maximaliste d’un excellent premier opus, en forme de huis-clos et de de film d’horreur déguisé. Evans s’était déjà montré convaincant dans l’illustration des scènes de bagarre et des gunfights (plastiquement magnifiques), le voilà qui nous époustoufle encore en rajoutant une corde à son arc, pondant une des séquences de poursuite en voiture les plus barges qu’il m’ait été donné de voir. Voir à ce titre le plan de maboule absolu où la caméra va d’une voiture à sa poursuivante, entre par la fenêtre avant côté passager, et ressort par la fenêtre arrière côté conducteur : mais comment règle-t-on un plan pareil ??

Evans poursuit de plus son métissage des genres : autant polar que film d’arts martiaux dans la grande tradition, mais aussi film d’horreur gore assez gratiné, “The Raid 2” est très généreux…et comme Kab, je dirais que c’est là que le bât blesse.
Il y a presque du comique involontaire dans la façon dont Evans cherche à légitimer son film en cherchant à en faire (toutes choses égales par ailleurs, hein) une sorte de “Parrain” indonésien. Se donnant des allures de vaste saga criminelle à la Johnnie To ou à la “Gangs of Wasseypur”, le film le fait en enfilant des clichés plus éculés les uns que les autres, le tout sous la houlette d’acteurs pas vraiment très convaincants sur le plan du jeu (euphémisme). On frôle le fou rire avec les développements hasardeux sur la vie familiale de l’homme de main hirsute (déjà aperçu dans le premier volet, je crois) : on croirait revoir ce gag impayable du premier “Austin Powers” où l’on se penchait avec commisération sur la mort d’un obscur homme de main (et on pourrait aussi penser à l’un des bijoux de la biblio de Grant Morrison, l’épisode des Invisibles “Best Man Fall”, qui se penche sur la vie d’un homme de main apparu au détour d’une case dans le premier épisode…). Tout ça est un peu grotesque, mais à Gareth Evans beaucoup sera pardonné de ce point de vue…

Le film est donc trop long, effectivement. Par contre, si les séquences dramatiques déçoivent, jamais la réalisation d’Evans ne faiblit. Il est aussi convaincant dans les scènes plus contemplatives ou atmosphériques que des les scènes d’action hystériques. Le problèmes, c’est qu’il n’a pas un bon script à illustrer. Je me demande vraiment ce que ce shooter surdoué pourrait donner avec un bon scénario entre les mains.

Les amateurs de films d’action ne peuvent pas passer à côté de ce monument de barbarie, aux scènes plus originales les unes que les autres : le combat dans les douches au début (comme un adieu symbolique au huis-clos du premier volet, avant de changer d’échelle dans l’action ?), l’émeute dans la boue, la poursuite en bagnole, le triple climax (avec ses vilains bis au possible, comme la Hammer Girl et “Batte-Man”)… N’en jetez plus !!

Pour ce qui est du sous-texte évoqué par Nemo, je dirais plus simplement qu’Evans semble avoir conscience que les films d’arts martiaux, depuis Bruce Lee (on pourrait même faire remonter ça aux grands artistes du burlesque comme Lloyd ou Keaton), sont une évocation de la lutte des classes, où le héros est un prolo qui n’a donc que ses mains pour se défendre face aux puissances de l’argent. C’est peut-être dans ce sens que va d’ailleurs la conclusion gaguesque du film (“pas maintenant, je suis crevé, là”).

Imparfait mais impressionnant comme c’est pas permis.