TRESE t.1 (Budjette Tan / Kajo Baldisimo)

Oui oui, j’avais bien compris :grin:. Moi le premier, je cherche d’autres choses.
Avec plaisir pour l’explication.

Et donc aujourd’hui, pas un truc de superhéros ou de surnaturel (hum … enfin, un peu quand même). J’ai lu ces jours-ci : Kare-Kare Komiks d’Andrew Drilon. L’auteur présente son livre comme des nouvelles graphiques. C’est en effet un recueil de petites histoires, mais ce serait très réducteur de ne le cantonner qu’à cela.
karekare
Déjà, un petit éclaircissement sur le titre : Kare-Kare est un plat typique philippin (plutôt du nord) dans lequel on fait cuire de la queue de boeuf avec de la citrouille et tout ce qu’on peut trouver en plus (comme légumes). C’est donc un ragout local. Dans ce livre, Drilon reprend ce principe. Il garde les bases du Komiks et y rajoute un peu de tout. Bien que ce soit un recueil d’histoires plus ou moins courtes, l’auteur parvient à créer une continuité entre celles-ci et plus on avance dans le bouquin, plus les histoires s’assemblent et deviennent cohérentes entre elles. Autant vous dire tout de suite que j’ai beaucoup aimé. Un petit résumé (mais ça va être dur de faire court) : On commence par une page des Bagoong Boys avec une petite scène humoristique entre deux crevettes (le bagoong est une pâte de crevettes marinées dans de la saumure et ça se mange comme condiment) ; une des deux crevettes ne veut pas manquer la photo de groupe pour la couverture de l’album, mais ils se perdent dans la page suivante du livre. Et oui, l’auteur joue avec les codes ; la plupart des personnages dans le recueil savent qu’ils sont des personnages de BD et ceux qui ne le savent pas l’apprennent par la suite. On retrouvera ces Bagoong Boys plus loin et c’est eux qui clôtureront l’ouvrage, très déçus d’avoir loupé la photo pour la couverture, mais fiers d’être les seuls sur la dernière page.
Puis, on a 5 pages de Mang Tomas, Storyhunter ; Mang Tomas est un cow-boy dont le boulot est de veiller à la cohérence des histoires pour ne pas qu’elles s’entrecroisent. Il est équipé d’un pistolet spécial qui tire des balles fictionnelles (couper, coller, exposition, Fin, …). C’est un personnage qui brise le quatrième mur et navigue dans les histoires. Ici, au début (puisqu’on va le retrouver à de nombreuses reprises), il est dans un monde qui rappelle celui d’Archie (Riverdale) des années 80. Mais les histoires des ados sont coupées par un monstre à tête de citrouille qui vient détruire la narration.
Après avoir esquivé la bête sans l’avoir vaincue, on est transporté dans le monde de Caraboy, moitié carabaw (buffle d’eau d’Asie) moitié garçon, d’abord adoré par les humains puis détesté et rejeté par ces derniers.
On passe ensuite à un auteur obsédé par une femme qu’il n’a vu qu’une seule fois, furtivement mais qui le hante et l’empêche d’écrire. Il est confronté à ses démons et essaie de comprendre pourquoi l’inspiration ne vient plus.
L’histoire suivante raconte la vie d’Upo ; deux vieillards sans enfants vont demander aux esprits de leur donner un enfant, même s’il est monstrueux. Ils ont alors un bébé qui ne sait dire que Upo et ils le nomment de la même manière. Il a une tête énorme et un petit corps. En grandissant, seule sa tête grandit et il pleure et hurle s’il n’est pas nourri. Le village en a assez des cris du bébé et de la désolation qu’il cause en avalant toutes les ressources naturelles du coin. Le chef impose que le bébé soit tué (oui, c’est un peu radical), mais en route, le fermier trouve un esprit mystérieux qui lui promet que son fils restera à ses côtés même après l’avoir tué. Le fermier s’exécute et sur le lieu de la sépulture de l’enfant poussent des légumes ayant la même forme que leur fils. Ils vont appeler ces légumes du nom de leur enfant : Upo (Upo est une sorte de courge verte qui ressemble à la courgette en goût, mais tient plus du butternut dans sa forme, tout en étant beaucoup plus gros).
Sans transition, on passe à un récit de 5 pages où un enfant qui rêve part dans l’espace et à travers des mots (c’est je crois la partie que j’ai aimée le moins).
Suit ensuite Act of choice où une nonne est la dernière survivante de l’histoire dans laquelle elle est. Le dernier prêtre vient de mourir et le cow-boy du début (Mang Tomas) vient la sauver pour qu’elle prenne sa suite ; Attaqué et diminué, il a besoin d’un personnage pour le remplacer. Elle est alors confrontée à différentes dimensions narratives et promet au cow-boy de faire de son mieux, même si elle abhorre les armes à feu.
Puis, c’est l’histoire d’un auteur qui navigue entre styles narratifs et polices de caractère.
Ensuite, dans Memorial, un homme cherche sa bien aimée dans un monde apocalyptique et se trouve face à un monstre qui menace de l’engloutir. C’est sa fiancée qui vient le sauver pour lui avouer qu’elle est morte et qu’il doit faire son deuil et continuer à vivre. C’est très bien écrit et j’ai été très touché par cette histoire de 9 pages.
Je suis à la moitié du volume et je ne peux pas totu vous raconter.
On tombe une nouvelle fois sur les Bagoong Boys et je ne peux que m’attarder sur The Dog, the Cat and the Giant Squid où 3 animaux de compagnies (le chien, le chat et le calamar géant) partent en vacances avec leurs maîtres, mais la caravane dans laquelle ils sont se détache et ils doivent retrouver leurs maîtres. Le calamar qui semble être un fardeau au début (le chat veut le manger pour ne pas mourir de faim) est leur sauveur sans oublier le chien plein d’empathie (mais pas très malin) et le chat très intelligent (mais un peu cruel).
Dans Secret Heart, un couple se dispute après avoir été follement amoureux. Le garçon essaie de retenir sa petite amie, mais la tue grâce à sa force. Il ne comprend pas ce qui lui arrive et son coeur est arraché de son corps (et il meurt). On apprend alors qu’il possédait le talisman de Darna que lui avait transmis sa grand-mère sans lui dire ce que c’était. Sans savoir qu’il avait une force herculéenne, il a brisé les os de sa petite amie, mais l’esprit de Darna lui a pris son coeur car il n’était plus assez vertueux pour contenir ses pouvoirs.
Puis, on trouve une histoire sur les Love Eaters, un couple de démons informes qui dévorent l’amour. Ils veulent manger tout ce qui s’aime. Ils trouvent un serpent qui leur expliquent qu’il sait où trouver deux êtres qui s’aiment qu’ils pourront manger. Quand il leur dit que c’est eux, ils s’exécutent et s’entre-dévorent.
Ensuite, un auteur sur les ruines de son oeuvre qu’il tente de reconstruire. Le style est très pastel, avec des trames pour les couleurs et un découpage très BD franco-belge.
Après, on s’intéresse à Enlightener, un mystique qui arrive au sommet sacré où les esprits vont lui dire les secrets de la vie. Ceux-ci lui révèlent que Life is Shit. Déçu et incrédule, il redescend et trouve un novice qui lui demande ce que lui ont dit les esprits. Il ment et lui dit qu’il lui faudra plusieurs années pour l’accepter.
L’histoire suivante s’intitule Pericos Tao (le perroquet homme). On suit un jeune homme homosexuel dont la grand-mère possède un perroquet-homme (un perroquet avec une bouche humaine et un long nez pour bec). Celui-ci répète ce que les humains disent, mais convoque un monstre, l’Ongloc, si deux jeunes hommes sont ensembles. Ils doivent fuir pour ne pas être rattrapés par le monstre. Des années plus tard à Manille, le jeune homme reçoit le perroquet-homme au décès de sa grand-mère. Il vit avec un homme et le perroquet-homme veut invoquer l’Ongloc. Le jeune homme libère le pericaos tao et se débarrasse de ses démons.
On arrive presque à la fin avec Crisis in the Kingdom of Color où le roi Datu Bughaw doit partir à la guerre contre les adorateurs du dieu citrouille (qu’on avait rencontré auparavant). Cette divinité veut détruire les colorisations et uniformiser la façon de raconter des histoires. Acculés, ils sont sauvés par le cow-boy et la nonne qui utilisent de nombreuses balles de narration qui n’ont aucun effet sur le monstre avant de tirer la dernière balle … celle de la fin.
En on finit avec les Bagoong Boys qui posent pour la dernière page.
Wow, je crois avoir fini ! Je n’ai pas tout raconté, mais ça donne un bel aperçu du bouquin !
C’est un bouquin assez incroyable. L’auteur alterne styles narratifs, artistiques tant pour l’illustration que la colorisation, fait intervenir le lecteur en passant le 4e mur, nous implique avec des histoires à la première personne. En fil rouge, c’est la création artistique qui est raconté. On comprend les difficultés de l’artiste, ses exigences, et au fur et à mesure que je le lisais, je me disais que j’avais déjà vu quelque chose de similaire, en France … Ah oui, Thérapie de Groupe de Manu Larcenet. J’avais été un peu désarçonné lorsque j’avais vu cet album pour la première fois et ne l’avais pas lu tout de suite (pour être ravi après). Ici, c’est sûrement moins réfléchi, plus spontané, mais c’est du même ordre et de qualité narrative similaire (les dessins sont totalement différents). Et là où Larcenet utilisait un narrateur-auteur tout au long de ses albums, j’ai trouvé que c’était plus subtil ici et moins axé sur l’humour (même si les albums de Larcenet évoquent plus que ses difficultés d’ordre artistiques).
Bref, un livre que j’ai dévoré et relu pour essayer de dénicher toutes les ficelles de la première à la dernière page. Cet ouvrage date de 2015 et était la première publication personnelle de Drilon. Depuis, il bosse pour les éditeurs américains et vit à New-York. Il faut que je voies s’il a sorti d’autres trucs depuis.
Désolé pour cette belle tartine, une fois de plus !

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Tant qu’il y a de la queue de boeuf et de la citrouille sur la tartine, ça me va.