TROIS CORACLES CINGLAIENT VERS LE COUCHANT - Alex Nikolavitch (Les Moutons électriques)


(Le Doc) #1

Trois Coracles Cinglaient vers le Couchant

Auteur : Alex Nikolavitch
Editeur : Les Moutons Electriques

Trois coracles cinglaient vers le couchant.

À leur bord, Uther, un chef de guerre de l’île de Bretagne, et ses compagnons de toujours. Leur destination, une île au bout de la mer, là où dit-on vivent les fées et les morts glorieusement tombés au combat. Que va-t-il chercher si loin des terres habitées par les hommes ?

Alors que l’Empire romain n’en finit pas de mourir, et qu’un monde nouveau se refuse encore à naître, Uther sait-il seulement qu’il va enfanter d’une légende destinée à traverser les siècles ?


(Le Doc) #2

Et d’après Alex sur son blog, la sortie est prévue pour le printemps 2019…


(Nikolavitch) #3

eh ben, ça n’aura pas trainé !

du coup, je vous en colle un extrait :

Uther était jeune enfant encore, lorsque la nouvelle du sac de Rome par les Goths parvint en Bretagne. Pour certains, et même pour la plupart de ses compatriotes, la Ville n’était qu’un maître lointain, surtout pourvoyeur d’impôts et de corvées. Pour d’autres par contre, Rome représentait la présence vivante d’une grandeur touchant au cosmique, une source jaillissante de civilisation qui soudain s’était tarie._

Dans les vertes campagnes de l’île, bien entendu, cela ne changea rien de prime abord à la vie quotidienne, ou si peu. Certes, les quelques légions s’en étaient allées sur le continent défendre ce qu’il restait de la cité impériale, mais l’alternance des saisons ne s’en trouvait pas perturbée pour autant, pas plus que les moissons. Dans les villes, les vieilles familles tentaient de grappiller le pouvoir abandonné par ceux qui gouvernaient jusqu’alors au nom des distants et faibles césars, et elles et se livraient à d’ insidieuses luttes d’influence.

Depuis des générations, dans tout l’Empire mais particulièrement sur l’île de Bretagne, les descendants de légionnaires se fondaient dans la population et portaient leur loyauté vers la terre qui les avait vu naître plutôt que vers la ville de leurs ancêtres, dont les ordres mettaient des semaines à leur parvenir et ne se manifestait guère que pour exiger des impôts toujours plus accablants. Ces descendants de colons armés n’étaient plus romains que de nom. D’ailleurs, si leur langage restait nominalement celui de la ville-monde, Cicéron et Virgile n’auraient pas reconnu leur parler abâtardi. Et puis ces terres bretonnes s’étendant aux marches de l’Empire n’intéressaient plus guère leurs maîtres lointains. Elles constituaient un avant-poste sans importance, au contact de régions barbares et mal connues de l’occupant, avec lesquelles l’on commerçait vaguement. Nul ne s’était soucié de soumettre leurs habitants, les Gaels, les Scots d’Iwerddon - cette île que les Romains appelaient Hibernie et ses habitants Eirinn. Pas plus qu’au Nord de la Bretagne, l’on avait tenté de mettre au pas les Pictes de Calédonie. Tous ces peuples avaient depuis longtemps été jugés trop sauvages et arriérés pour apporter à l’Empire quoi que ce fut qui vaille de se lancer dans une campagne coûteuse pour les intégrer à la Pax Romana. Quelques murs et camps avancés avaient suffi pendant plusieurs siècles à tenir en respect leurs guerriers peinturlurés et à demi nus.


(FC powaaaa) #4

Pourquoi Trois et pas Cinq, pour faire une belle allitération ?

Ah, le malin : il ne donne plus de date précise pour qu’on évite de faire un compte à rebours !


(Nikolavitch) #5

ouais, mais il aurait fallu les remplir, et je ne voulais pas avoir trop de personnages…


(FC powaaaa) #6

Tu tuais les deux autres dans les premières pages et c’était réglé
(soyouz, agrégé en conseil d’écriture de roman)


(FC powaaaa) #7

Tiens, une petite question : tu fantasmes sur les îles ?


(artemus dada) #8

Une min-interview de l’ami Nikolavitch [Pour en savoir +] sur le blog des Moutons Électriques.


(Nikolavitch) #9

Je fantasme pas particulièrement sur les îles, mais c’est un bon support d’imaginaire.

et sinon, je vous remets un extrait ? Allez, je vous remets un extrait :

Quand les feux et les rires commencèrent à s’éteindre, et qu’une servante fut allée coucher Ambrosius, Uther se pencha vers son hôte.
« J’ai été absent fort longtemps, je le sais. Et si loin de terres familières que j’ignore ce qu’il a pu survenir en mon absence. Raconte-moi les années écoulées.
— Ici, elles furent égales à toute autre, Uther. Parfois nous avons repoussé des pillards, et parfois nous avons commercé avec la côte. Parfois, les champs ont donné, et parfois ils nous ont laissés le ventre creux.
— Mais à l’Est, sur les terres de mon clan ? En as-tu eu des nouvelles ? »
Le vieillard jeta à Uther un regard lourd. Il ne souhaitait pas blesser un ami de son village en se faisant porteur de tristes histoires. Il fit signe à une femme de leur rapporter un cruchon d’épaisse cervoise noire, qu’elle leur servit dans des gobelets d’étain. Uther la laissa verser le breuvage, sans montrer le moindre signe de l’impatience qui le rongeait.
« Tu ne reconnaîtrais pas ton pays, Uther. Ton clan, sous le conduite de ton jeune frère, le défend pied à pied, et Camulodunum tient bon. La ville a même, me suis-je laissé dire, grandi. Elle attire à elle tous ceux qui fuient les Saxons. Son étendard à l’effigie d’un dragon est devenu un fanal, une lueur d’espoir pour tous, quand bien d’autres villes sont tombées.
— D’un dragon ? Mais pourquoi un dragon ?
— Tes ennemis ont déformé ton surnom de Pendraig t’ont appelé Pen-Drache, le dragon. Et ainsi, l’image leur rappelle que tu fus défenseur de ces terres et fléau de leurs frères. »
Uther s’aperçut alors qu’il avait posé la main sur la garde de son épée tandis que le vieillard parlait. Il en sentait la douce chaleur affluer en lui, réveillant le chef de guerre, et la bête, assoupis dans ses tripes. Il vida son gobelet d’un trait et le tendit à nouveau à la servante qui le remplit une fois encore. Un jeune homme passa devant la table, celui qui les avait accueillis à la porte, lui sembla-t-il, sans qu’il en soit sûr dans l’obscurité grandissante. Ce garçon respirait la vitalité, l’insouciance de son âge qui en faisait toute la force. Il était l’avenir. Et ne se souciait pas du passé, renvoyé à des récits de coin du feu. Uther eut soudain peur de voir tous ses combats, tous ses engagements, tous ses déboires et toutes ses souffrances se réduire à cela, une mention floue dans des histoires contées par des vieillards pour passer le temps, pendant les soirées d’hiver, jusqu’à ce que d’autres histoires prennent leur place, et que les anciennes soient graduellement déformées, puis oubliées.