TUMATXA : L'ÉMISSION !

Il me semble que non, au final précisément. Ce temps permanent c est une itération de dieu.

Il le dit lui même lorsqu il dit que nous sommes un texte à jamais existant, quel autre lecteur que dieu pour assurer la permanence de ce texte ? Et.naturellement, tu le commentes ainsi lorsque tu formules que la conséquence de cette vision de moore, c est que chaque vie, instant, pensée sont sacrés. Sacré.

Pour Einstein, il me semble que la permanence du temps ne découle pas de sa théorie, que c est la lire dans le mauvais sens. Lorsqu Einstein etablit la theorie de l espace temps, il ne fait pas du temps un espace mais bien de l espace un temps et c est là où c est absolument impossible à imaginer, que l espace soit relatif à la vitesse de la lumière qui, elle, est une constante. Ce qui est permanent, ce n est pas l espace (extension de l univers) mais la vitesse (un espace temps).

Si tu poursuis un photon et tu es quasiment à la vitesse de la lumière à courir derrière lui, à quelle vitesse relative par rapport à toi se deplace le photon ? Ce que demontre enstein, c est que le photon s emoigne de toi à la vitesse de la lumière quand même. Ça c est trippant, ça ça fait voler la notion d espace en eclat.

Sans être un spécialiste, hein, mais c est ce que j ai cru comprendre des conférences d etienne klein sur YouTube.

Clin d’œil.

Mais « sacré », c’est une notion qui ne se recoupe pas complètement avec le théisme, non ?

Pour ce qui est de Dieu comme « lecteur du Livre », non, ce n’est pas tout à fait ça que Moore développe dans le passage que j’ai lu : c’est celui qui vit cette vie qui est le propre lecteur de celle-ci, pas Dieu.

Etienne Klein, excellent vulgarisateur, au meilleur sens du terme. On lui pardonnera même ses errances de plagiaire, pour ça (le plagiat n’étant pas pour moi un pêché capital).
Sur Einstein, faudrait reprendre la citation que Moore utilise (mais j’ai pas le livre sous la main, là) mais je ne pense pas trahir sa pensée en considérant qu’Einstein aussi envisage le temps qui passe de façon rectiligne (tel qu’on le ressent : passé - présent - futur, dans cet ordre) comme une illusion de la conscience humains. C’est en ce sens que Moore reprend son propos. Après, je ne pense pas effectivement qu’Einstein aurait adhéré à cette vision complètement « spatialisée » du temps que Moore semble adopter.

Je suis en pleine écoute de ta chronique de « Jerusalem ».
Je te suis tout à fait quand tu dis que la seconde partie est la plus faible du livre mais contrairement à toi (dans mes souvenirs, ma lecture datant d’il y a 4 ans), je l’ai trouvé plutôt fluide (comme un « club des 5 » sous ayahusca). Je me suis arrêté au moment où tu critiques le côté trop « tenu par la main » des 5 dernières pages. Il faudrait que je les reprenne. Ca ne m’avait pas trop choqué à l’époque même si je préfère objectivement les fins plus ouvertes que ce postlude très tranché.
N’empêche que outre ces nombreux défauts, c’est une oeuvre que je mets très haut d’un point de vue littéraire. Il y a des passages qui m’ont littéralement scotché et auxquels je pense encore régulièrement : le gars qui reste assis sur son toit, la ballade avec la petite fille au travers du temps, le chapitre de Lucia Joyce (auquel j’ai pensé il y a très peu de temps en lisant le « Enig Marcheur » de Russel Hoban) et surtout la balade d’Alma en ville vers la fin du livre. Ce chapitre est fabuleux, je l’avais d’ailleurs relu peu de temps après la fin du roman.
La qualité de l’oeuvre global permet de tempéré quelques passages imbitables (les affaires d’angles/anges ou les parties de trillard m’ont un peu gavé par exemple).

Si je dis que la deuxième partie est peu fluide, c’est surtout « ma faute » si j’ose dire ; comme je savais que j’avais à passer onze chapitres là-dedans, je rechignais un peu à reprendre ma lecture après tel ou tel passage un peu faible, comme la très lourde biographie de Cromwell, ce genre de trucs… En soi, c’est plutôt bien structuré de la part de Moore, mais j’avoue que j’étais beaucoup plus excité à l’idée de découvrir ce qu’il avait bien pu trouver encore pour surprendre son lecteur sur la première et surtout la troisième partie du livre.
Ceci dit, l’irruption du mammouth à la fin de cette deuxième partie est un joli climax, bien dans l’esprit des récits d’aventures/fantasy que Moore veut émuler ici.

Moi aussi, nonobstant les quelques défauts que j’évoque. Je citerai les mêmes passages que toi, mais aussi le moine qui revient de Jérusalem vers le début du livre, le chapitre sur le poète au rabais, « Atlantis », le chapitre incroyable qui fait un parallèle entre Roman le militant anarchiste et l’évolution de la monnaie au cours de l’histoire anglaise, et des tas d’autres trucs, en fait. Ce livre est un puits sans fond.

C’est même plutôt les deux dernières pages à la réflexion. J’aime bien l’idée de l’utilisation de la citation de Picasso sur Guernica (c’est vous qui avez fait ça ? Non, c’est vous, répond-il à un allemand; peut-être parce que je l’ai utilisée moi-même dans un autre contexte… :grin:), mais après avoir demandé beaucoup à son lecteur je trouve que Moore ne lui fait subitement plus assez confiance et explicite trop son sous-texte, et le parallèle entre le travail d’Alma et le sien, qu’on avait pourtant bien intégré puisque c’est tout l’objet du dernier chapitre. Mais bon, c’est vraiment un détail au regard de l’impressionnante tapisserie que Moore tisse au global.

Taratata, quand le lecteur meurt, le texte disparaît, or là non. Si si y a dieu là dedans.

C’est là que ça devient délicat d’échanger sur un texte que tu n’as pas lu, pour le coup. :upside_down_face:
C’est précisément ce qu’explique Moore dans ce passage : quand tu meurs, tu repars au commencement/première page, tu reprends le livre au début. Pas besoin de Dieu dans son système.

« Puits sans fond » c’est exactement ça quand je repense aux excellents chapitres que tu cites. J’avais beaucoup apprécié celui où Black Charley veut aller sur la tombe (pas totalement sûr de ce point) de John Newton et où il découvre (moi aussi pour le coup) que l’auteur du célèbre cantique « Amazing Grace » est un ancien négrier.

Je ne crois pas qu’il veuille aller sur sa tombe, mais il découvre de façon fortuite en effet que John Newton qu’il avait idéalisé sur la base de son travail n’était pas celui qu’il imaginait…
Ce qui nous ramène à une dimension du livre sur laquelle je n’ai pas du tout insisté dans ma chronique, et qui est cette notion d’absence de jugement. Moore peut être assez impitoyable avec certaines figures (je pense à Isaac newton, par exemple) mais globalement, il juge l’existence si compliquée et ses tenants et aboutissants si intriqués que le jugement devient impossible. C’est une idée magnifique, et elle est loin du relativisme moral ou que sais-je encore : c’est une notion philosophique de très haute volée, de mon point de vue.

C’est d’autant plus intéressant en ces temps de croissance de la « cancel culture » …

J’avais souvenir d’un déplacement compliqué pour Black Charley mais je ne me rappelle plus la raison exacte (à part qu’elle concernait John Newton).

Et sinon, je reviens sur un point évoqué plus haut. As-tu déjà lu le nouveau bouquin de Pacôme Thiellement ou pas encore. En tout cas, déjà impatient d’écouter votre futur entretien!

Pas encore, et j’ai encore deux trois bouquins à me faire avant d’y venir. Mais je l’ai feuilleté et ça m’a l’air d’être du lourd, dans le meilleur sens du terme…

Super !

L horreur en fait, condamner à lire éternellement le même livre !

Chiant.

Clin d’œil

Ha ha ha !! Oui, encore une fois Moore intègre cette dimension-là, et prévient qu’il y a des passages chiants et d’autres qu’on aura aucune envie de relire. Mais il promet l’immortalité à ses lecteurs, c’est pas mal non ? :wink:

Je crois que je préfère clamser .

Je crois qu’on a pas le choix, de toutes façons.
Blague à part, Moore ne nie pas la mort, mais en relativise l’importance, d’une certaine manière.
Et à la fin de l’ouvrage, dans les remerciements, il y a une dédicace très drôle : « merci à la Mort et au roman anglais ».

Lacan à la conférence de Louvain : «La mort est du domaine de la foi. Vous avez bien raison de croire que vous allez mourir, bien sûr – ça vous soutient. Si vous n’y croyiez pas, est-ce que vous pourriez supporter la vie que vous avez ?»

Sourire

Ah pas mal.
Je sais pas pourquoi, mais ça me fait penser à cet aphorisme de Nietzsche, qui dit en gros qu’il ne comprend pas les gens qui croient que les Dieux existent, car s’ils existent, comment supporter de ne pas en être un ?

Je ne connaissais pas cette réflexion de nietzstche, que je connais fort peu, en fait.

Je dirais à la volée que ça se ressemble, inversion de la doxa mais que c est beaucoup plus héroïque chez nietzsche.

Oui, dans son style bien wagnérien.

Voilà, alors qu avec lacan, on est rassuré, mais on l etait en fait déjà, amusé, quelle jolie entourloupe, et penaud.

Pas du tout héroïque.

EPISODE 2 : Le sale boulot selon Peter Milligan

Deuxième épisode de la saison pour « Tumatxa! », et déjà une émission spéciale puisque j’ai le plaisir d’accueillir un invité cette semaine, pour parler de cinéma, avant que nous ne parlions de BD (en évoquant le travail d’un des scénaristes favoris de votre serviteur, l’excellent Peter Milligan) et que nous ne rendions hommage au très regretté Norm MacDonald, alias l’homme le plus drôle de tous les temps…

  • Pour la littérature, nous nous penchons donc sur « La Transgression selon David Cronenberg », essai paru en début d’année chez Playlist Society (qui se constitue un joli catalogue en la matière), en compagnie de son auteur Fabien Demangeot, très au fait du travail du maître canadien du « body horror » (puisqu’il a consacré une thèse à la question). Qu’il soit ici à nouveau remercié pour sa gentillesse, sa patience et sa disponibilité !!

  • Pour la BD, double dose cette semaine avec deux sorties récentes en VF issues du corpus du trop rare Peter Milligan (rare en VF, car par ailleurs le bougre produit beaucoup), d’abord le tome 1 de « American Ronin » aux côtés du dessinateur ACO (chez Panini Comics), puis « Tomorrow » (Delcourt), récit post-apocalyptique qui accomplit l’exploit d’être original dans un genre pourtant bien galvaudé, et il s’appuie ici sur les talents d’illustrateur de Jesús Hervás.

  • Pour le cinéma, on évoque « Dirty Work » (1998) de Bob Saget, certes pas l’équivalent du « Cuirassé Potemkine » ou de « Citizen Kane », mais une bonne « stupid comedy » à l’américaine, imparfaite mais fun, qui nous donnera l’occasion de revenir sur le travail de Norm MacDonald (ici interprète principal et co-scénariste), ce génie du rire récemment décédé.

Le tout est copieusement arrosé de zique, excellente tant qu’à faire : le dernier et très surprenant album de Lantlôs, « Wildhund », se dévoile sous vos oreilles ébahies avec la pop étrange du puissant « The Bubble » ; Hélène de Thoury et son projet Hante. déploient un "« Blank Love » envoûtant et nocturne, entre cold-wave et électro musclée mais planante, et c’est issu du tout récent « Morning Tsunami » ; Low est de retour avec un nouvel album exceptionnel, « Hey What », dont « Disappearing » n’est pas le moins beau morceau ; enfin, Gentry Densley et son projet au long cours Iceburn dégainent l’épique « Healing The Ouroboros », morceau introductif de leur dernier album « Asclepius »…!!!

« That disappearing horizon
It brings cold comfort to my soul
An ever-present reminder
The constant face of the unknown, unknown »

EPISODE 2 !!