TUMATXA : L'ÉMISSION !

Même pas besoin d’aller écouter, tu l’as déjà bien vendu.

1 « J'aime »

EPISODE 3 : La satisfaction de l’auto-stoppeur à Hollywood

Troisième livraison de cette nouvelle saison de « Tumatxa! », et retour à la formule classico de chez classique cette semaine : cinéma, littérature, BD, le tout en musique, comme il se doit.

Pour le cinéma, à l’occasion d’une récente rétrospective consacrée à son cinéma, nous évoquons « Le Voyage de la Peur » (« The Hitch-Hiker », 1953) d’Ida Lupino, actrice/réalisatrice de haut vol, pionnière du cinéma indépendant américain, qui signe avec ce film un petit bijou de film noir sec comme un coup de trique, et très porté sur la masculinité pour le coup…

Pour la littérature, on se penche sur un primo-romancier, comme on dit en période de rentrée littéraire, mais qui n’est pas un inconnu pour autant : « Il était une fois à Hollywood » est en effet le premier ouvrage de Quentin Tarantino, qui avait déjà tiré un film de cette chronique d’un certain âge d’or hollywoodien, mais c’est bien le petit jeu de la comparaison entre la version cinématographique et son pendant romanesque qui rend cet opus intéressant.

Pour la BD, j’ai le plaisir de me pencher pour la première fois sur le travail du méconnu Rick Veitch, scénariste/dessinateur qui signe avec « Can’t Get No (Satisfaction) » une des BD les plus étranges (au meilleur sens du terme) qu’il m’ait été donné de lire de récente mémoire. Un OVNI, sans l’ombre d’un doute…

Le tout est évidemment agrémenté d’excellente zique, comme on essaye de le faire à chaque fois : The Body et Big Brave unissent leurs forces pour un album collaboratif (une discipline dont The Body s’est fait une spécialité) étonnant, « Leaving None But Small Birds », pas heavy pour un sou mais folk et ténébreux en diable, et on en écoute le premier morceau, « Blackest Crow » ; les san-francisains de Kowloon Walled City reviennent après un hiatus de 6 ans avec « Piecework », dont l’excellent « When We Fall Through The Floor » est issu ; pour rester dans l’ambiance 60’s/70’s à laquelle nous invite Tarantino, on écoute « Make The Woman Love Me », extrait de l’abum « Born To Be With You » (1975) de Dion, produit par le légendaire et zinzin Phil Spector ; on termine avec une curiosité, l’abum collaboratif (décidément) « Breathing Spirit Forms », signé David Toop, Akio Suzuki et Lawrence English, et le morceau mi-ambient mi-« field recording » s’appelle « The Quietening Of Rocks »…!!

« Lord, I know I haven’t asked for much
In such a long, long time
Not since that brand new pair of Levis
Back when I was eight or nine »

EPISODE 3 !!!

J’ajoute mon petit billet sur ce film :

Ah je l’avais loupé celui-là !!
Et à la lecture de ton billet, je me rends compte que j’ai oublié de préciser que l’intrigue du film était basée sur un fait-divers qui avait fait couler de l’encre à l’époque.

Sinon, on est globalement d’accord sur le film, même si mon visionnage du film n’a pas vraiment souffert des flagrantes répétitions dans les rouages narratifs, car à mon sens elles sont compensées par la grande concision du film (70 mn, emballé c’est pesé), sa sécheresse je dirais même. Et thématiquement, je trouve le film passionnant.

Oula ça va trop vite.

Très bon itw pour la précédente.

Drôle d idée développée selon laquelle cronenberg frolerait parfois le kitch pour démontrer l impuissance du cinéma par rapport au livre à représenter la transgression du corps.

Que perçoit il ici pour dire cela ?

Son ressenti, certes,il n y croit pas. Mais aussi quelque chose d un autodenigrement de cronenberg. Moins psychologique : une mise en scène qui pousse à se saborder elle même.

Intéressant.

Impatient d’écouter ta chronique.
J’ai pas mal tourné autour en librairie pour ne pas le prendre au final.
Tu vas peut être me décider à sauter le pas. :wink:

Merci beaucoup !

C’est un point qui m’a passionné durant l’entretien, car je ne suis pas loin de penser exactement la même chose.
Ce n’est pas tant que Cronenberg ne croit pas à la puissance du cinéma (et encore moins qu’il chercherait à démontrer son impuissance) : son découpage, par exemple, est passionnant à analyser (c’est un truc dont les gens se foutent un peu en général, ou n’y prêtent pas attention en tout cas).
Fabien voulait surtout parler de la mise en images, et c’est vrai que Cronenberg n’est pas un cinéaste visuellement si fantaisiste ou original que ça ; pas de cadres complètement ouf, peu de mouvements de caméras spectaculaires, etc… en cela, il est un cinéaste assez sobre.
Et pour un cinéaste aussi porté sur la transgression (comme Fabien l’explique très bien), il reste finalement assez « prude » ; question d’éducation cinématographique certainement.
La réponse à ta remarque, c’est tout simplement que aussi spectaculaires que soient certains des « effets » chez Cronenberg (la métamoprhose de « La Mouche », les bizarreries de « Videordrome », les visions hallucinées du « Festin Nu »), on sent que ce qu’il suggère l’intéresse plus que ce qu’il montre. Comme tous les grands cinéastes, en fait.
Je ne sais pas si je réponds bien à ton interrogation, ceci dit.

Ce ne serait pas en tout cas le seul cinéaste à acter d’une certaine limite de la création cinématographique ; l’un des plus grands cinéastes vivants, Sokourov, considère que le cinéma est un art mineur, si on le compare par exemple à la peinture (l’art majeur par excellence selon lui).

J’espère que ce sera le cas parce que je pense que c’est en mesure de t’intéresser. Vraiment très original et « bizarre », tout en racontant une histoire dont la trame est étonnamment limpide, quand on y pense.

Non, mais il pourrait s y confronter. S y cogner.

Alors pour ça je dirais qu’il le fait carrément, quand même, et notamment dans son dernier film « Maps To The Stars », que j’ai personnellement réévalué en le revoyant pour préparer l’entretien, et dont Fabien et moi parlons pas mal pendant l’entretien. Lui l’aimait beaucoup d’emblée.
Le fait que ce soit dans ce film que Cronenberg aborde la question du déclin terminal d’Hollywood n’est évidemment pas anodin. Il y avait des critiques à l’époque pour défendre l’idée que la pauvreté formelle du film (réelle) était voulue par Cronenberg, dans un geste audacieux de cohérence fond/forme. Je me demande rétrospectivement s’ils n’avaient pas raison.
C’est un film que je conseille, en tout cas, après cette deuxième vision.

Sur la liste.

Toutes les émissions sont impossibles à écouter.

Pareil pour vous ?

Sur le site de Xiberoko Botza ou dans l’archive ?

J’arrive à les lire sur le site. Sinon, tu me dis si l’archive ne fonctionne pas. Pour rappel, elle est là: Tumatxa – Google Drive

Oui sur le site

Merci pour l.archive

1 « J'aime »

Ah, j’ai bien peur que ça vienne de chez toi, alors. Ou alors, le problème était temporaire. Je n’ai pas de difficultés pour l’écouter sur le site.

Je n y arrive pas sur le site mais j ai pu écouter par les archives.

Merci encore.

Très intéressantes première partie et bel hommage à ilda lupino que je ne connaissais pas.

Si tarantino n à plus la maestria de ses débuts, il me semble que l intérêt aujourd’hui de ses films consiste dans sa gestion du temps, non plus en scenette mais durant tout le film, une gestion qui desamorce tout événement, et qui en fait des films extrêmement agréables à regarder à défaut de véritablement intéressants.

Tous ayant fait des expériences mystiques ?

Freud dans totem et tabou ou dans l avenir d une illusions, je ne sais plus, empruntait à un de ses amis le terme de sentiment océanique pour qualifier l affect moteur de la croyance.

La fusion avec le tout. Freud se disait incapable de ressentir pareil émotion. Rattaché à une construction infantile, il y avait ceux chez qui le sentiment océanique perdurait à l age adulte et les autres.

Une façon de donner un socle pulsionnel à la croyance, donc.

On attribue à Leibniz, le premier philosphe à avoir anticipé l idée d une mathematisation de la logique et de la pensées, la question suivant :« pourquoi y a t il quelque chose plutôt que rien ? »

Question qui résonne chez beaucoup dans la modernité. Certains parlerent de sentiment d absurdité de la vie. Il me semble que c est encore trop connoter l expérience auquel renvoie cette question, l expérience qui amène à formuler en ces termes cette question.

Il s agit, me semble t il, d une expérience assez radicale de l impossibilité de l existence. Derrière la question « pourquoi y a t il qqch plutôt que rien? », il y a une affirmation : il ne devrait rien y avoir, il est impossible qu il y ait quelque chose.

Appelons cette expérience le sentiment de l impossible.

Si le sentiment océanique est l expérience limite et euphorisante donnant son socle pulsionnel à la croyance, alors nous pouvons compléter Freud, il existe aussi une expérience limite donnant son socle à l athéisme : le sentiment de l impossible.

On en revient aussi.

J’avoue que c’est un peu audacieux de le dire en des termes aussi assurés que les miens à l’antenne, mais c’est un peu ce que je pense, oui.
Et plus que le « sentiment océanique » (il me semble avoir été confronté à cette notion, mais je ne savais pas qu’elle venait du corpus freudien), je trouve que ce que tu développes par la suite, avec cette idée de sentiment de l’impossible.
Sans remonter jusqu’à Leibniz, je pense à une expression de Jodorowsky (on peut lui accoler bien des défauts, mais il a un talent majeur : il dit en des termes très simples des choses extrêmement profondes, concernant l’expérience mystique) : l’illumination, c’est se rendre compte qu’on est là, maintenant, tout simplement, se rendant compte qu’on existe et qu’il y a là quelques chose de miraculeux, et donc d’impossible. C’est presque un renversement des hiérarchies par rapport à l’idée qu’on se fait habituellement d’une grande révélation, avec des portes dorées qui s’ouvrent dans le ciel et des anges qui jouent de la trompette. Ce sont souvent des petites choses, auxquelles il faut être attentif.
L’illustration de ça dans le domaine du cinéma, ce serait une de mes séquences préférées tous films tous genres toutes périodes confondues, à la fin du « Stalker » de Tarkovski : la petite fille qui est paralysée mais qu’on voit se déplacer, et à la faveur d’un décadrage on s’aperçoit qu’elle est juchée sur les épaules de son père. Et à la séquence, un authentique miracle (mais guère plus spectaculaire : un verre qui bouge tout seul) se produit.

Tu cernes bien le problème, mais perso je dirais justement qu’il a un peu perdu la vista concernant la gestion du temps dans ses films.
Moi j’aimais le Tarantino qui gérait mieux la dynamique globale de ses films, qui supportaient très bien le désordre chronologique par exemple (et s’en nourrissaient, même) ; après on a eu le Tarantino qui se focalise plutôt sur des séquences en particulier, qu’il gère en mode temps mort/temps faible, en faisant monter des crescendos qui explosent en gerbes de violence très sèches et violentes, et ne se préoccupent pas vraiment de la dynamique générale (ça donne des films très « décousus », manquant de liant). Là je ne le suis plus du tout (c’est celui de « Inglourious Basterds », exemplairement)

Il en est aujourd’hui à une forme hybride (c’est en tout cas le cas sur « Once Upon A Time In Hollywood »), avec des films où il fait bon « habiter » mais où il ne se passe quasiment plus rien.
Ses films étaient en sur-régime, ils sont désormais en sous-régime.

Une figure assez peu souvent citée finalement, alors que son corpus, indépendamment de son statut de pionnière sur bien des plans, mérite que l’on s’y attarde ; cette rétrospective récente que j’évoque en début d’émission était la bienvenue.