UNE COLÈRE NOIRE (Ta-Nehisi Coates)

[quote=“Amazon”]Présentation de l’éditeur
Salué par la critique et hissé dès sa sortie sur la liste des meilleures ventes du New York Times, ce livre phénomène a reçu le National Book Award 2015.

“Voilà ce qu’il faut que tu saches : en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition - un héritage. Je ne voudrais pas que tu te couches dans un rêve. Je voudrais que tu sois un citoyen de ce monde beau et terrible à la fois, un citoyen conscient. J’ai décidé de ne rien te cacher.”

Biographie de l’auteur
Ta-Nehisi Coates est né en 1975 à Baltimore et vit aujourd’hui à Harlem avec sa femme et son fils. Correspondant à “The Atlantic”, il a reçu le prix Hillman pour le journalisme d’opinion et d’analyse en 2012, et le prestigieux George Polk Award en 2014 pour son texte “The Case for Reparations”.

Broché: 205 pages
Editeur : AUTREMENT (27 janvier 2016)
Collection : ESSAIS-DOCUMENT
Langue : Français
ISBN-10: 2746743418
ISBN-13: 978-2746743410
Dimensions du produit: 20,4 x 1,3 x 12,9 cm[/quote]

Jim

[quote=“artemus dada”]

[quote=“barney stinson”]article sur Ta-Nehisi Coates dans Les Inrocks de la semaine dernière

…][/quote]

Merci Barney, mais il n’est accessible entièrement qu’aux abonnés.

Je l’ai et je le mettrai dans quelques temps, entièrement ; c’est assez court une page de toute façon (ça parle de lui et de son livre Une colère noire, lettre à mon fils traduit chez Autrement).[/quote]

Sacré bouquin.

Je l’ai acheté à la gare de Rennes et je l’ai lu durant mon séjour vendéen, et c’est impressionnant.
Coates fait le choix du corps afin d’évoquer les violences racistes. Il insiste sur la violence physique, qui est l’expression de la violence sociale / culturelle / psychologique. Il ne parle pas d’âme ou d’esprit, et précise bien, à un moment, qu’il pense que nous n’existons que par notre corps, et qu’il ne croit pas à l’âme telle qu’on la définit communément. Donc l’ensemble de sa démonstration est axée sur le corps, que l’on peut voler, piller, monétiser et bien entendu détruire. Ça donne des pages d’une grande puissance.
Mais c’est également un texte qui s’en prend au Rêve et aux Rêveurs, et là, c’est clairement une attaque contre une certaine conception de l’Amérique. C’est l’occasion pour lui d’évoquer le développement du pays comme grande puissance mondiale, dont les moteurs ont utilisé l’esclavage comme carburant (on pensera aussi à Triste Amérique, de Michel Floquet). À ce titre, la préface d’Alain Mabanckou tape dur, également.
Cela dresse le portrait d’un homme qui ne croit pas en l’Amérique, en tout cas pas celle que l’on nous donne à croire d’ordinaire. Un décalage s’impose. Il y a notamment deux pages consacrées au 11 septembre 2001, qui sont proprement saisissantes tant il s’exprime à contre-courant, avec violence, du discours habituel.
Ouais, vraiment, sacré bouquin.

Jim

Ce chapitre, et plusieurs autres, abordent également le thème de la peur : sociale, physique, culturelle, politique. Peur qui est dévoilée lors de la rencontre avec une autre culture, et qui trouve les moyens de se “guérir”. C’est assez passionnant (et angoissant, aussi), de constater que ce sentiment devient un ciment social, envers et contre tout.

Je n’ai fait que survoler les deux premiers épisodes. Faut vraiment que je m’y mette.

Jim

Il y a un truc qui m’attriste, c’est que ma méconnaissance de la littérature américaine actuelle, notamment celle produite par des auteurs de la communauté afro-américaine, m’empêche d’évaluer la singularité ou non de cette vision de Coates.

C’est à la fois si pertinent, si puissant et si révolutionnaire (pour moi) que je suis vraiment curieux de savoir si d’autres partagent aujourd’hui ce point de vue.

Et puis, ça ferait d’autres bouquins à lire, ce qui ne gâche à rien :mrgreen:

Il faut se réjouir des choses que l’on apprend, et pas s’attrister des choses qui nous restent à apprendre.
Sinon, on s’en sort pas.
:wink:

Jim

[quote=“Khaymarn”]

Et puis, ça ferait d’autres bouquins à lire, ce qui ne gâche à rien :mrgreen:[/quote]

tu en trouveras quelques uns chez Gallmeister

[quote=“barney stinson”]

[quote=“Khaymarn”]

Et puis, ça ferait d’autres bouquins à lire, ce qui ne gâche à rien :mrgreen:[/quote]

tu en trouveras quelques uns chez Gallmeister[/quote]

Des noms ! Des noms !
Des titres ! Des titres !
Des liens ! Des liens !

Jim

Bref puisque tu soulevais ce point ailleurs, en voyant le livre à la médiathèque (je me suis souvenu de ce que tu reprochais (?) à **Onfray **notamment), je me demandais quelle attitude l’auteur de Une Colère Noire avait vis à vis de l’alternative dans son discours ?

Parce qu’à ce sujet ma position est qu’un auteur qui propose un point de vue, une théorie, n’a pas à donner du grain à moudre à l’alternative. C’est au lecteur de faire cette démarche s’il en a le souhait.

Et ici, Ta Ne-Hi-Si Coates ménage-t-il des ouvertures vers une pensée qui aurait un son de cloche divergent ou ne sert-il que son discours ; l’auteur de la critique dont j’ai posté un extrait semble dire qu’il oublie les “avancées qui ont eu lieu” ?

Est-il *“quelqu’un qui cherche à avoir une influence sur la pensée de ses contemporains” * ou pas ?

D’ailleurs peut-on rapprocher à quelqu’un, un “intellectuel” de surcroît, dont je recopie *supra *le définition selon Regis Debray (que tu avais communiquée), d’avoir un avis, de penser juste (ou du moins de le croire) et de tenter (au lecteur/auditeur/spectateur de s’en défaire le cas échéant de mon point de vue) d’influencer ses contemporains ?

Moi je ne crois pas, et j’irais plus loin les “intellectuels” qui m’intéressent ce sont ceux qui d’une part ont une pensée franche (et pas un robinet d’eau tiède), claire et argumentée.
Les deux derniers points sont de mon point de vue indispensables car de fait le lecteur peut alors soupeser et comprendre les arguments, et se faire sa propre idée.

Contrairement par exemple aux textes pleins de néologismes, de charabia emprunté aux sciences “dures” (souvent) mal digéré et appliqué au “champ du social” comme on dit.

Bref, alternative ou pas ?
Clarté & arguments ?

Merci d’avance.

[quote=“Jim Lainé”]

[quote=“barney stinson”]

tu en trouveras quelques uns chez Gallmeister

Des noms ! Des noms !
Des titres ! Des titres !
Des liens ! Des liens !

Jim[/quote]

bon en fait 2 :mrgreen:

Ayana Mathis:
gallmeister.fr/auteurs/fiche/21/ayana-mathis

James McBride (adapté au ciné par Spike Lee):
gallmeister.fr/auteurs/fiche … es-mcbride

sinon Walter Mosley,Chester Himes,James Baldwin, Caryl Phillips et évidemment Toni Morrison

[quote=“barney stinson”]

[quote=“Jim Lainé”]
Des noms ! Des noms !
Des titres ! Des titres !
Des liens ! Des liens !

Jim[/quote]

bon en fait 2 :mrgreen:

Ayana Mathis:
gallmeister.fr/auteurs/fiche/21/ayana-mathis

James McBride (adapté au ciné par Spike Lee):
gallmeister.fr/auteurs/fiche … es-mcbride

sinon Walter Mosley,Chester Himes,James Baldwin, Caryl Phillips et évidemment Toni Morrison[/quote]

Un grand merci :mrgreen:

[quote=“artemus dada”]
Et ici, Ta Ne-Hi-Si Coates ménage-t-il des ouvertures vers une pensée qui aurait un son de cloche divergent ou ne sert-il que son discours ; l’auteur de la critique dont j’ai posté un extrait semble dire qu’il oublie les “avancées qui ont eu lieu” ?[/quote]

Le passage sur Paris me semble correspondre à un moment de son expérience personnelle où il découvre que le monde peut ressembler à autre chose qu’à ce qu’il a connu. Et lui inspirer autre chose que la peur. D’une certaine manière, même si ce n’est pas formulé aussi abruptement, il nous laisse entendre que, peut-être, il a eu tort. C’est un passage de remise en cause, de doute, qui me semble assez fort.

Je crois que si l’on arrive à l’argumentation (ce qui est souhaitable, selon moi, hein…), on sort un peu de la pensée tranchée, puisque l’on identifie les points sur lesquels il peut y avoir discussion (parce que s’il n’y a pas discussion, il est inutile d’argumenter). Une pensée qui a conscience de la possibilité d’être contestée n’est pas, selon moi, une pensée tiède.
J’ai sans doute une vision très scolaire de la philosophie, mais il me semble que le philosophe doit être capable de dire qu’untel pense ceci, qu’untel pense cela. Et il me semble que c’est valable pour n’importe quoi d’autre (sociologie, histoire, politique, langues…).
En gros, je crois qu’on ne peut pas penser tout seul. On pense avec et on pense contre. Mais fatalement, si on pense bien, on a conscience des pensées des autres.

Je fais le reproche à Onfray de prendre trop position. Mais ce que j’aime bien dans le bouquin de Coates, c’est qu’il arrive un moment où il dit, entre les lignes, qu’il a découvert qu’il était sur des positions trop tranchées. Quand il parle de son épouse, qui va à Paris avant lui, il en parle en des termes qui laissent entendre qu’il lui trouve une capacité d’ouverture qu’il n’a pas encore. Et qu’il aura plus tard, mais qui sera une expérience à la fois enrichissante et douloureuse (du moins, c’est ce que j’ai ressenti à sa lecture).

Pour en revenir aux commentaires issus de l’extrait de Books que tu as posté, je renverrai à la lecture de Triste Amérique, de Michel Floquet, un portrait désabusé et angoissant des USA, sans doute forcé, mais bon, pas tant que cela je crois. Et dedans, il y a un chapitre sur les violences policières et la place des noirs (pauvres, mais pas seulement) dans la société. Et l’auteur évoque le “talk”, le moment où les parents expliquent à leur enfant adolescent comment faire profil bas afin de ne pas attirer l’attention et de ne pas avoir d’ami. Il cite un personnage public haut placé (je ne sais plus qui… Colin Powell ?) qui a tenu un tel discours à son fils. À la lecture de ce paragraphe, on peut se poser la question des “avancées réelles qui ont eu lieu”.

Jim

Merci.