UTU (Geoff Murphy)

REALISATEUR

Geoff Murphy

SCENARISTES

Geoff Murphy et Keith Aberdein

DISTRIBUTION

Anzac Wallace, Bruno Lawrence, Wi Kuki Kaa, Tim Elliott…

INFOS

Long métrage néo-zélandais
Genre : drame historique/aventures
Année de production : 1983

« Les Guerres Maories » est un terme qui désigne une série de conflits qui ont opposé les Maoris de Nouvelle-Zélande aux forces coloniales britanniques entre 1845 et 1872. Des promesses non-tenues de la part des colons concernant la propriété des terres des Maoris ont entraîné une résistance à l’occupation anglaise qui a dégénéré en plusieurs affrontements armés (également entre tribus rivales) à partir du Massacre de Wairau en 1843. L’une des dernières guerres est la « Guerre de Te Kooti », du nom du chef de guerre et guide spirituel décédé en 1893.

Te Kooti est l’une des inspirations de Te Wheke, le personnage principal de Utu. Utu peut être traduit par réciprocité…et aussi vengeance. Vengeance pour le guerrier Te Wheke, qui se retourne contre l’armée anglaise après la découverte du massacre de son village. Te Wheke prend les armes, recrute des fidèles et laisse derrière lui une traînée sanglante, en bouleversant notamment la vie du fermier Williamson. L’homme perd sa femme…et aussi la raison…après une attaque de Te Wheke et de ses hommes, le mettant lui aussi sur le chemin de l’Utu

Utu est le troisième long métrage réalisé par Geoff Murphy, l’un des pionniers du cinéma néo-zélandais décédé il y a deux ans. La bonne réception de ses films lui a ouvert les portes d’Hollywood où il a peu à peu perdu de son identité (comme son compatriote Lee Tamahori) avec des productions sympathiques mais oubliables (Young Guns II, Freejack, Piège à Grande Vitesse…) jusqu’au médiocre Fortress 2. Il était alors temps de retourner en Nouvelle-Zélande, où Peter Jackson a fait appel à lui pour diriger une des secondes équipes du monumental Seigneur des Anneaux.

Avant Peter Jackson, Geoff Murphy fut à la tête de l’un des budgets les plus importants du cinéma néo-zélandais. Cela se voit notamment à la qualité de la direction artistique, les aspects techniques sublimant les déjà magnifiques décors naturels. Geoff Murphy et son directeur de la photographie rendent justice à ces espaces sauvages dans lesquels se déchirent des êtres humains perdus dans un cycle infernal.

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Le discours anti-colonisation est clair tout en reconnaissant que la violence était déjà présente dans ce pays au fil des nombreuses guerres de clan. Les portraits sont complexes et la caméra n’embrasse pas qu’un seul regard. Te Wheke (incarné de manière hallucinée par le débutant Anzac Wallace) créé sa propre légende, ce qui passe par un retour aux traditions tribales, avant de se perdre dans ses dérives, de s’éloigner de ce peuple qu’il est censé défendre et de redevenir en quelque sorte humain.

Avec son rythme particulier, ses éclairs de violence, ses scènes décalées (dont une attaque faisant référence à Shakespeare), Utu est une oeuvre étrange et fascinante, qui tient aussi bien du film historique et du récit de vengeance que du western crépusculaire plein de bruit et de fureur…avant une fin triste, intimiste et apaisée…

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