VENOM #1-33 (Donny Cates / Stegman, Coello, Bagley)

Oui, depuis Secret Wars, je n’ai pas souvenir de l’avoir vu sans. Mais vu que le perso’ a l’historique de son passé Ultimate, on peut considérer qu’il y a eu un précédent… même si Marvel maintient son nouveau look depuis.

Voilà, n’ayant pas lu ses aventures dans l’univers Ultimate (je dois avoir les deux TPB reprenant les Ultimate Fantastic Four de Warren Ellis, et quelques épisodes épars de diverses séries, sans d’ailleurs que ça me donne envie de compléter, je sens que ça va finir chez des bouquinistes, tout ça…), j’ai été aussi surpris que Dylan et Normie.

Jim

Ah, mais du coup, tu ignorais son identité ?

Non, je savais qui c’était (tout est bien clair dans les Ultimates d’Ewing), mais j’ignorais ce qu’il cachait sous son casque, que je prenais pour une coquetterie ou l’expression baroque de goûts discutables en matière de super-costume.

Jim

(W) Donny Cates (A/CA) Iban Coello
KING IN BLACK ARRIVES!
• What happens to Eddie Brock when he finally comes face to face with the lord of the abyss, the KING IN BLACK: KNULL?
Rated T+
In Shops: Dec 09, 2020
SRP: $3.99

Je reprends ma lecture de la série Venom. Je m’étais arrêté peu après le cross-over Absolute Carnage, peu avant l’arc « Venom Island ». Qui est très sympathique. Bourrin, mais sympathique.

Donc, après la partie d’Hippos Gloutons à laquelle Brock et Kasady se sont livrés, le premier a été connecté à son adversaire, ce qui lui a permis d’obtenir la victoire, mais pas seulement. D’une part la fin du cross-over a officialisé l’arrivée imminente du dieu Knull, mais surtout, Brock se retrouve avec une nouvelle voix dans sa tête : pas la sienne, pas celle de son symbiote, mais celle de Kasady.

Profitons-en pour signaler, en guise d’aparté, que Donny Cates utilise la voix off de Brock de manière assez ingénieuse. Si elle sert à présenter la situation aux lecteurs retardataires ou distraits, elle fait surtout partie des dialogues constants entre le héros et son symbiote. Elle occupe donc plusieurs fonctions, à la fois machine à résumer et jauge de la santé mentale du héros. Le lecteur se trouve donc en prise avec les angoisses intériorisées de Brock, et les résumés de la situation prennent alors une dimension de ressentiments remâchés, dépassant de loin leur statut d’outil narratif. C’est plutôt habile.

Donc, se sentant infecté par Kasady, Brock décide de s’éloigner de Dylan (et de la famille de Liz Allan) et s’exile sur « l’île des os », un lieu qui renvoie directement aux épisodes d’Amazing Spider-Man par David Michelinie (et, je crois, Bagley déjà). Il connaît les lieux puisqu’il y a passé, jadis, de longs mois, et l’endroit est truffé de caches d’armes et de ravitaillement puis promettant d’être en mesure de tenir un siège. Il espère pouvoir coincer ce qu’il reste de Kasady. Ce qui n’ira pas sans quelque sacrifice.

Le récit, qui se conclut dans le numéro 25 (agrémenté d’une histoire courte écrite par David Michelinie et illustrée par Ron Lim, qui ne sont que l’ombre de ce qu’ils ont été il y a vingt-cinq ans), est bourrin, mais très bien troussé. Une longue séquence d’hallucination permet de faire le rappel des faits autour de la menace de Knull. De même, quelques séquences rapprochent le héros des Avengers, Cates continuant sa relégitimation de Venom (est-ce que cela va mener vers une rédemption officielle ou vers une chute précipitant le justicier vers une nouvelle chute, on verra bien).

L’ensemble est très bien écrit, bien articulé, avec une voix off convaincante. En parallèle, Cates s’intéresse à Dylan et à Sleeper, organisant un final aussi musclé que décalé (ah, le Venomosaure !!!). Il y a régulièrement de belles scènes, de beaux moments d’émotion.

En faisant la vaisselle (moment d’intense réflexion durant lequel l’esprit s’envole), je me disais que la série de Cates (et son style en général) , n’était peut-être pas si éloigné de ce que Geoff Johns propose lui-même bien souvent. On retrouve un certain goût de l’action avec surenchère, des images tendance « shock value », des blessures physiques bien saignantes, etc. La main coupée de Brock, par exemple, est un artifice (la mutilation) dont Johns s’est montré déjà friand. Qu’est-ce qui fait que chez moi, je trouve les propositions de Cates plus convaincantes ?
Sans doute qu’en fait, ce dernier inscrit ses péripéties dans des chaînes de causes et de conséquences plus visibles et mieux articulées que chez Johns. Le moignon de Brock, montré ici, résulte d’un véritable suspense à un moment du récit (contrairement, par exemple, au surgissement d’un homme-requin dans un épisode de Green Lantern, où la péripétie semble plus gratuite qu’autre chose). De plus, les stigmates des combats ont chez Cates des conséquences, physiques bien entendu, mais aussi mentales. Le scénariste s’amuse d’ailleurs à bien marquer les conséquences de tous les changements, jusqu’à la barbe rasée ou qui repousse, et qui entraînent des réactions chez les autres personnages. Une grande partie de la progression dramatique de la série tourne autour de ce genre de choses : les actes des protagonistes ont des conséquences, ce qui induit une réelle évolution.

Jim

Le parallèle Cates/Johns est cependant légitime pour leur travail pour étendre la franchise, en la développant à partir de « petits éléments passés ».

Sur ce point, je dirais que la différence (mais c’est aussi lié à ma perception du truc) se situe sur la manière d’organiser ces éléments passés. Il est clair que tous deux ont un souci constant de restituer une continuité cohérente, mais éclairée d’une manière différente. Cependant, Johns élargit là où Cates recentre.
Par exemple, Johns nous invente de nouveaux anneaux, dans une optique arc-en-ciel qui correspond à « l’ère prismatique » dont on parlait il y a peu, à savoir que le modèle Lantern est décliné et multiplié. Cates, lui, ramène les différentes versions de Venom, et sa progéniture variée, à un seul modèle. Même Sleeper (que j’ai découvert en lisant cette série), qui peut apparaître comme l’une des déclinaisons les plus lointaines et périphériques, prend du sens parce qu’il est reconnecté aux fondamentaux, aux racines.

Jim

C’est vrai, mais l’état de la franchise n’était pas le même.
L’univers Green Lantern avait un peu « vidé » tout ce qui pouvait être fait sur le tronc commun : les Gardiens, Oa, etc. Ils en étaient venus à créer de nouveaux Gardiens, dans la série avec John Stewart, puis à anéantir le Corps lui-même.
Johns a étendu, élargi pour redonner de la fougue, de nouveaux éléments avec lesquels jouer. Il a bien sûr lié ça au coeur de la franchise, mais il « fallait » étendre.

Alors que Venom a très rapidement développé les éléments, mais en partant dans tous les sens. La multiplication des symbiotes, des personnages-hôtes… pour finalement ne jamais vraiment donner d’origine, de sens à tout ça. On a bien eu Planet of the Symbiotes, mais ça ne racontait rien ou pas grand-chose.
On n’a jamais « vraiment » su d’où venaient les symbiotes, en fait. Cates s’empare de ce vide et meuble, nourrit autour pour créer des liens, souvent pertinents.
Parce que ça n’existait pas, en fait.

Oui et non. Il y a l’exécrable « Planet of the Symbiotes », des années 1990 (je me demande si je n’ai pas glissé des commentaires quelque part, il y a longtemps), et qui avait proposé l’idée d’une race de symbiotes. Là aussi, Cates rebondit sur ça. Ce qui me semble intéressant, c’est qu’il fait feu de tout bois, mais sans trier (un peu à la Kurt Busiek sur Avengers Forever, comparaison qui signifie beaucoup pour moi), en allant même chercher les trucs les plus oubliables possibles, et en les intégrant dans un schéma d’ensemble (lui, c’est Planet of the Symbiotes, Busiek c’était TimeSlide…).

Jim

Mouais je pense que c’était pas nécessaire et qu’il aurait pu faire autrement. Il pouvait relancer l’univers GL sans passer par un arc en ciel ou en tout cas en s’étalant moins et Hal pouvait rester en arrière plan.

Je pense qu’il aurait pu s’arrêter à la Guerre de Sinestro, en matière d’extension. Il avait remis l’univers et la franchise sur les rails. Il aurait très bien pu passer à Blackest Night directement, même si le récit aurait été différent sans toutes les bagouzes.

Jim

Tiens, j’ai une question sur Venom, au passage…
Sait-on comment le symbiote s’était retrouvé dans la machine que Peter a utilisé lors des Guerres Secrètes ?

Tori.

Je crois qu’il y a eu une histoire à ce sujet. Mais je ne sais plus où.

C’était à la fin des années 90 dans Planet of the Symbiotes (le premier Marvel Mega), donc bien avant que les symbiotes soient appelés les Klyntar. Le symbiote de Brock a été rejeté par les siens parce qu’il entretenait un rapport d’affinité avec ses hôtes plutôt que de domination. Il a alors été condamné à la désintégration et sa prison a été transférée sur le Battleworld…

Pour en savoir plus :

Merci, Doc.

Tori.

Oui. Mais on ignorait leurs origines.
C’était complètement comme les Aliens de Ridley Scott jusqu’à Prometheus : ils sont là, ils détruisent, ils anéantissent. Idem pour les symbiotes.
Heureusement, Cates se révèle plus inspiré que Scott pour l’origine.

Et en chopant les éléments « proches » mais extérieurs, jusque-là.
Récupérer le Wraith de Annihilation Conquest, c’est une bonne idée.

Oui.
Mais je pense que plusieurs volontés arrivent, alors. Johns prend sûrement la confiance et veut aller « à fond », après la réussit de Sinestro War. DC voit le succès, et le pousse à étendre. Et il y a « le jeu » de voir ce que chaque couleur peut donner.
Mais oui, la période entre Sinestro War et Blackest Night est, a posteriori, moins bonne.

Oui, tiens, je n’y pensais plus parce qu’il n’a fait que quelques courtes apparitions dans les morceaux du Cates-verse que j’ai lus.

Jim

J’ai vu passer un one-shot dessus, en fait.