VERSION (Hisashi Sakaguchi)

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C’est étonnant le nombre de trucs qui ont été abandonnés en cours de route.
Le fait qu’il n’y ait pas de reprises, c’est à cause de la trop grande richesse du marché, selon toi ? De l’attrait de la nouveauté ?

Jim

À l’époque, les éditeurs naviguaient un peu à vue…
Je pense aussi que le public n’était pas prêt pour des titres un peu plus adultes.
Cela dit, de Sakaguchi, on a quand même eu Fleur de pierre et Ikkyu.

Tori.

Mais depuis le temps, il y a plein de trucs qui auraient pu être terminés. Qu’une série se plante, bon, mais avec l’offre, on peut imaginer que quelqu’un songe à reprendre certains titres. Ou bien c’est moi qui croit voir beaucoup de trucs laissés en rade alors que c’est sans doute très minoritaire.

Jim

T’es un vieux.
Et le lectorat du manga, vous me dites si mon intuition est complètement faussée, n’a pas le même age que le lectorat des comic-books !
Et donc, les jeunes, ils ont la hype pour les dessins qui font jeune !

C’est un peu la même chose pour les comics, non ?
Je veux dire, sinon, John Byrne vendrait des caisses, non ?

Il doit régner sur le marché manga une dictature de la nouveauté, peut-être.

Jim

Tu as autant de sorties en mode patrimoine en mangas que dans les comic-books en France ?
(j’en sais rien, je pose la question)

Soyouz n’a pas complètement tort, même si on voit désormais une partie de la clientèle qui s’intéresse à des titres plus anciens ou moins mainstream.
Chez certains éditeurs, les titres sont rapidement arrêtés après la fin de la série, aussi.

Mais, globalement, c’est vrai que le public est assez jeune, et se renouvelle souvent : comme si, passé vingt-cinq ans, les gens passaient à autre chose. J’ai l’impression que c’est nettement plus visible pour le lectorat manga que pour ceux des comics ou de la franco-belge… Peut-être parce que la grande majorité ne s’intéresse qu’aux titres mainstream (et n’imagine même pas, peut-être, qu’il y a d’autres genres que ceux qu’ils lisent… Un manque de curiosité, en somme).
Sans compter ceux qui s’intéressent au manga comme pendant à l’animation… Et tout le monde sait que les dessins animés, c’est un truc de jeune.

Tori.

Il y en a, mais il s’agit souvent de sorties bien plus confidentielles (et de tirages assez réduits, ayant peu de visibilité au milieu de la masse de sorties).

Tori.

Comme toujours.

25 ? Pas 26 ?

C’était un âge approximatif.

Tori.

Le même pour les hommes comme pour les femmes ?

Bah justement, j’ai l’impression qu’il y en a moins en mangas. Et si c’est comme pour les comics, les tentatives sont éclipsées par la nouveauté. Mais je me trompe peut-être.

Ah tiens ?
Étonnant. Enfin, je trouve. J’ai jamais trop réfléchi à la question.

Jim

Il y a plus d’hommes parmi les plus âgés, mais plus de femmes entre vingt-cinq et trente-cinq…
Et les femmes sont plus curieuses à tout âge.

Tori.

Effectivement, et c’est bien dommage, parce que l’équilibre du récit est plutôt pas mal, et la caractérisation amusante.

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C’est d’ailleurs un point fort du récit, mais c’est assez risqué, je trouve : le premier personnage principal que l’on découvre, c’est Happo, un détective privé de petite envergure, spécialisé dans les adultères, et que Sakaguchi traite sur le mode humoristique. Comme il force le trait, au propre comme au figuré, il pourrait tomber dans l’écueil du pas sérieux et ainsi diminuer son personnage. Mais il s’en sort en le confrontant à la fille du savant disparu sur lequel il doit enquêter, qui est quant à elle plus sérieuse, permettant d’articuler le récit sur ce contraste.

Contacté par un personnage assez raide et visiblement désireux d’entretenir une certaine discrétion, Happo doit enquêter sur une forme de vie artificielle capable de se reproduire, et dont le développement a causé des problèmes de santé, des morts, des disparitions et, il va s’en apercevoir très vite, des convoitises. Il part donc en Australie, rencontre Eiko, la fille du professeur, découvre que la créature artificielle peut changer de forme, croise une sirène, puis se retrouve poursuivi par une organisation étrange à la tête de laquelle règne un milliardaire difforme.

Sakaguchi mélange, avec un certain bonheur, le techno-thriller, les délires scientifiques (dont certains se sont imposés entre-temps dans la société réelle : c’est amusant de lire des dialogues à propos des « datanets » dans un bouquin qui date de 1996 où l’éditeur renvoie à une adresse Minitel…), la grande aventure (ah, la séquence d’évasion de la grotte…) et un casting diversifié et distrayant (le Captain Pepi vaut le détour…).

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Ce premier tome, qui est donc un tome unique en France, boucle un premier cycle d’aventures, et il peut donc être lu à part. Même s’il laisse le sentiment que tout n’est pas résolu, il donne au moins un destin à la créature et une portée intéressante au récit. Ceux qui ont connu, comme moi, la série à sa sortie (j’ai dû acheter mon exemplaire quelques années après, mais je l’ai vu arriver en rayon), n’ont plus qu’à attendre qu’un éditeur se souvienne de la partie inédite et ressorte une intégrale.

Jim

Je ne suis même pas certain de l’avoir relu depuis qu’on a changé de siècle…

Ah, ouais, il faut que je le relise !

Tori.

Je l’ai laissé dormir sur des étagères pendant des années avant de le rouvrir. Suffisamment pour oublier plein de choses, à part l’appartement miteux du privé, la scène de kayak…

Jim

Tiens j’avais raté ça aussi à l’époque pourtant tout l’argent de mes repas du midi passait en mangas chez tonkam Monge à en ce temps là …

Je crois que je n’ai mis les pieds à la boutique de la rue Monge qu’une seule fois…
En revanche, pendant une période, j’allais à la boutique de la rue Keller un samedi sur trois ou quatre (ouais, parce qu’en habitant en province, il fallait se payer le train, quand même).

Tori.

J’ai fréquenté la boutique un peu plus tôt dans la décennie. Vers 1992-1994. Après, j’ai quitté Paris, j’y revenais de temps en temps mais j’allais plutôt chez Album ou Déesse si je pouvais…

Jim