VIRGINIA t.1-3 (Séverine Gauthier / Benoît Blary)

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La critique de Virginia T.1 (simple - Casterman) par vedge est disponible sur le site!

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La critique de Virginia T.3 (simple - Casterman BD) par vedge est disponible sur le site!

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Très agréable surprise que cette trilogie, dont je n’avais pas entendu parler, mais dont les couvertures m’ont attiré dans un bac, récemment.

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Doyle, un ancien soldat ayant combattu durant la Sécession (qui n’est pas finie à l’époque du récit, d’où son statut de déserteur), est hanté par un fantôme. Il arrive dans une petite ville et rencontre un médecin afin de faire soigner une vieille douleur. Ce dernier reconnaît une blessure qu’il a déjà vue chez des soldats, et lui donne du landanum. Mais Doyle revient la nuit, fracture la porte et dérobe un flacon de morphine, espérant chasser les spectres de son passé.

Le récit nous apprend qu’il était tireur d’élite et qu’il a tenté de tuer un général ennemi, abattant du même coup la fille de ce dernier. Depuis, le fantôme de la petite Virginia le suit partout, visiblement sans entretenir de mauvaises intentions, mais sans non plus l’aider ni l’apaiser.
L’album se termine alors que Doyle croise le chemin de quelques blancs déterminés à pendre une fillette noire. Il sauve celle-ci, mais se retrouve aussitôt arrêté par les forces de l’ordre qui cherchent le bandit ayant dévalisé l’armoire à pharmacie du médecin.

Je dois avouer que je ne connais pas les auteurs. Il a fallu que je cherche pour comprendre que j’avais croisé le nom de Séverine Gauthier sur la série Noodles chez Soleil. Quant à Benoît Blary, il a récemment illustré le Legio Nostra de Hervé Loiselet. Ici, il utilise diverses techniques picturales (aquarelle, crayons de couleurs) pour les différentes époques, et si ses personnages sont parfois un peu raides, le problème s’amenuise assez vite et les palettes de couleurs sont plutôt jolies.

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Le deuxième tome reprend l’intrigue au moment où Doyle est retenu prisonnier. Détesté par les Sudistes (avant même qu’ils reconnaissent en lui le « sharpshooter » ayant tiré sur l’un de leurs généraux), il est libéré par des Noirs qui l’emportent dans un camp clandestin, au cœur du Bayou, afin de l’aider en guise de remerciement pour avoir sauvé la petite fille.

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Celle-ci s’appelle Virginia. Or, c’est aussi le nom de la petite fille qu’il a malencontreusement abattue ainsi que celui de sa propre mère. Doyle plonge alors dans une vaste confusion. Il perd pied, ne sachant plus si c’est la petite fille noire ou le fantôme de la gamine blanche qui s’adresse à lui.

Ses sauveteurs décident de l’enfermer et de le sevrer de force, afin de le débarrasser de l’influence de l’alcool et de la morphine. Les séquences d’hallucination qui s’ensuivent (annoncées par une scène qui n’est pas sans rappeler la scène de delirium tremens dont souffre Yves Montand dans Le Cercle rouge) sont traitées par Benoît Blary en pleines pages sans marge, ce qui est du meilleur effet.

On reprochera à l’album (et à la série en général) un lettrage sans effort, avec une police raide et des phylactères rectangles peu inspirés. Dommage, avec un bullage plus souple, les pages auraient gagné en élégance.

Jim

Troisième et dernier tome, ce volume nous permet de retrouver Doyle alors qu’il renoue avec ses démons alcooliques.

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Aidant le groupe de fugitifs noirs qui lui ont permis de se sevrer de la drogue, il confond réalité et hantise. Benoît Blary utilise des astuces visuelles assez bienvenues pour montrer le trouble du personnage.

C’est aussi l’album où ses mauvais souvenirs, jusque-là évoqués de loin, sont explicités. À l’occasion d’ailleurs d’une construction assez astucieuse où le présent et le passé se répondent (l’attaque des soldats ennemis qui voit son équipier prendre une balle, et l’attaque des Sudistes qui tentent de coincer les Noirs dans le bayou). Le scénario décrit deux lignes narratives qui se répondent, et le dessin est au diapason.

La dernière séquence nous permet de retrouver certains personnages, vingt ans plus tard, pour un dernier tour de piste nostalgique et doux-amer.

Une chouette trilogie, visiblement passée inaperçue, et qui mérite une redécouverte, même tardive.

Jim

La chose est désormais possible avec l’intégrale que sortent les éditions du Long Bec, dans un mois.

Broché : 184 pages
Editeur : Editions du Long Bec (27 novembre 2019)
Collection : ELB.HORS.COLLEC
Langue : Français
ISBN-10 : 2379380473
ISBN-13 : 978-2379380471

Jim