ZOMBIES ! (Julien Bétan & Raphaël Colson)

[quote]Zombies ! « la bibliothèque des miroirs », volume 1
*Auteurs : Julien Bétan & Raphaël Colson
ISBN 978-2-915793-63-5 | broché, 17 x 21 cm, 344 pages, paru le 17 février 2009 | prix 28.00 €

Les morts-vivants sont parmi nous ! Cinéma, télévision, littérature et bandes dessinées, musique, jeux vidéo ou mondes virtuels, ils ont progressivement contaminé l’ensemble des supports culturels, inexorablement infecté la surface du globe. En quelques décennies, le zombie s’est imposé comme une figure incontournable de la culture globale, s’adaptant et mutant pour se maintenir sur la ligne d’horizon. Bien plus que de notre chair, c’est de nos peurs qu’il se nourrit, incarnation putride et déshumanisée de l’avenir incertain qui hante nos sociétés.

Julien Bétan et Raphael Colson, deux anciens libraires férus de culture populaire, épaulés par Julien Sévéon, de la revue Mad Movies, ont réalisé cette étude historique et culturelle de ce que Deleuze et Guattari qualifiaient de « seul mythe moderne » : le zombie !*[/quote]

Liens :
Le site de l’éditeur : www.moutons-electriques.fr
Le blog de l’éditeur : blog.moutons-electriques.fr

J’ai remis le nez dans le bouquin sous l’impulsion de remarques de Benoît concernant les zombies, les influences du genre, son impact, et ce qu’il dit de notre époque…

[quote=“Benoît”]

[quote=“Jim Lainé”]
Du coup, est-ce qu’il serait exagéré de dire que les jeux vidéo saisissent une sorte d’air du temps, de zeitgeist[/quote]

du moment ?
Voire seraient en prise avec une sorte d’inconscient collectif ?
On parle toujours de la saga Resident evil en particulier? Pas du jeu vidéo en général? C’est difficile à dire. Pour reprendre un extrait du livre Zombies ! de Julien Bétan et Raphaël Colson, le premier opus de la série a vu le jour en 1996, à une époque où le genre zombie était délaissé au cinéma par les studios, survivant principalement dans des productions au budget étriqué, tandis que le genre horrifique, en pleine remise en question, explorait d’autres voies. [/quote]

Du coup, j’ai repicoré dans le bouquin. J’ai relu les pages que Bétan et Colson consacrent aux films de Romero, par exemple. Ils replacent dans le contexte la création de La Nuit des Morts-Vivants, et décryptent un peu comment le film s’est chargé d’une métaphore politique qui est valide, mais qui n’était pas prévue au moment du tournage. En gros, le film a été rattrapé par son époque (assassinat de Martin Luther King, guerre du Viet-Nam…). Cette “relecture en temps réel” a du coup influencé les suites, qui portent ouvertement un discours socio-politique. La mise au point des auteurs est vraiment pertinente.
J’ai aussi relu les passages concernant Resident Evil. Très intéressant.
Et quelques lignes concernant le versant “giallo”, avec les zombies italiens remplis de gore et de sexe. Faudrait que je refouine dans le bouquin pour voir s’ils parlent du Black Gas de Warren Ellis, ou de Crossed, qui me semblent deux séries qui réinjectent l’outrance des zombies italiens.
Bref, tout ça pour dire que c’est un excellent bouquin, celui-là aussi.

Jim

[quote=“Jim Lainé”]
Et quelques lignes concernant le versant “giallo”, avec les zombies italiens remplis de gore et de sexe. Faudrait que je refouine dans le bouquin pour voir s’ils parlent du Black Gas de Warren Ellis, ou de Crossed, qui me semblent deux séries qui réinjectent l’outrance des zombies italiens.[/quote]

Ils en parlent dans la dernière partie, me semble-t-il.

[quote=“Jim Lainé”]J’ai aussi relu les passages concernant Resident Evil. Très intéressant.
Et quelques lignes concernant le versant “giallo”, avec les zombies italiens remplis de gore et de sexe. Faudrait que je refouine dans le bouquin pour voir s’ils parlent du Black Gas de Warren Ellis, ou de Crossed, qui me semblent deux séries qui réinjectent l’outrance des zombies italiens.
Bref, tout ça pour dire que c’est un excellent bouquin, celui-là aussi.

Jim[/quote]

Je n’ai pas encore lu le bouquin mais un passage semble traiter du revival des zombies dans le domaine du comic book, à partir de la page 283. Je ne sais pas si Black Gas est abordé dans cette partie, mais Raphaêl Colson parle de Crossed dans les pages 320-322.

Ils en parlent effectivement, mais ils ne jettent pas de pont vers les zombies outranciers italiens.
Je me demande s’il n’y a pas quelque chose à creuser, dans ce coin.

(Bon, pour Black Gas, ils disent que le problème est réglé par une bombe atomique. Or, quand on regarde la fin de Black Gas, on voit surtout que la bombe fait craquer l’écorce terrestre et libère le fameux gaz noir qui est à l’origine de l’épidémie de zombies localisée… dans une espèce d’ironie nihiliste très ellisienne, d’ailleurs… j’ai l’impression qu’ils ont loupé ce passage.)

Jim

(Oui, ils en parlent très brièvement à la page 286.)
Ils ent parlent très rapidement des zombies italiens dans la BD à la page 164.

C’est le principale reproche que je ferai à ce livre (que j’aime beaucoup), il y a une grande exhaustivité dans les oeuvres cités, mais elles ne sont pas ou (très peu) analysé. Ou il aurait fallut plusieurs tomes ! ^^ Néanmoins cette exhaustivité est intéressante, ça donne des pistes, si on veut chercher plus avant.
[size=85]Enfin, c’est l’impression que j’en ai car depuis que j’ai pris ce livre à sa sortie, je ne suis toujours pas certain de l’avoir lu en entier, tellement je l’ai picoré à droite à gauche dans une totale anarchie.
[/size]
Et puis y a pas mal d’erreur aussi ([size=85]comme noté aussi plus haut par Jim à propos de la BD d’Ellis[/size]) quand ils comparent le jeu vidéo Dead Rising ([size=85]page 303[/size]) à d’autres jeux plus parodiques, et affirment qu’il est réaliste, là je me demande si ils y ont joué ou s’ilsont eu la curiosité de regarder une bande annonce de ce jeu avant d’écrire cette ineptie. Non Dead Rising, c’est du gore nawak, on est bel et bien là dans la parodie. Et un petit regret sur le fait que les jeux vidéo soient assez peu évoqué.

Après, je le répète, c’est un très bon livre de par son exhaustivité et richement illustré. [size=85]Et un livre qui cite Michel Ricaud ne peut pas être mauvais ! ^^[/size]

[quote=“Jim Lainé”]

(…)
J’ai aussi relu les passages concernant Resident Evil. Très intéressant. (…)[/quote]

Du coup, je viens de relire ce passage aussi ([size=85]pages 229-230[/size]).
Et c’est intéressant que Mikami évoque plutôt Fulci que Romero, car en effet, dans Resident Evil, il n’a aucune critique sur la société. Le thème c’est la peur, mais esthétiquement, on n’est pas du tout dans du zomblard décrépi italien à la Fulci, les références esthétiques sont nettement plus anglosaxonnes (et japonaises pour le design de certains monstre).

Mais un jeu vidéo qui convoque le zomblard italien et Fulci, ça existe désormais, et c’est polonais ([size=85]le studio Techland[/size]) ! ^^
C’est Dead Island ([size=85]sorti en 2011. Le bouquin Zombies ! sortie en 2009 n’en parle donc pas)[/size].
On peut y jouer en solo:


Ou en co-opération à quatre joueurs:

Esthétiquement en tout cas, le fait que cela se passe sur une ile et dans la jungle convoque clairement L’enfer des Zombies de Lucio Fulci, et c’est un jeu en monde ouvert ([size=85]donc l’exploration est importante, et on ne sait jamais sur quoi on va tomber[/size]). [size=85]On peut voir aussi pas mal de clins d’oeil au cinéma d’horreur, à un moment dans le jeu on peut croiser un certain Docteur West qui fait pas mal de recherche sur les mort-vivants, ou un dénommé Jason (redoutable et quasi immortel) qui porte bien sur un masque de hockey.[/size] Il y a graphiquement dans ce jeu, une poésie visuelle morbide que n’aurait pas renié Fulci ([size=85]mais je ne sais pas si c’est conscient de la part des développeurs[/size])
[size=85]J’en ai parlé très brièvement ici (c’est con, il me semble en avoir parlé plus longuement sur l’ancien SP).[/size]

L’enfer des Zombies de Lucio Fulci:

[quote=“Zombie”](Oui, ils en parlent très brièvement à la page 286.)
Ils ent parlent très rapidement des zombies italiens dans la BD à la page 164.[/quote]

En lisant les passages sur les zombies italiens, j’ai pensé à Black Gas et à Crossed, mais il était tard et je n’ai vérifié qu’aujourd’hui. Et effectivement, ils ne jettent pas de pont. Ça manque, je crois, sur ce point particulier.

C’est tout le problème de ce genre d’exercice : il faut tendre vers une certaine exhaustivité, je crois, tout en dégageant de l’espace pour l’analyse. Et parfois, évoquer l’importance de telle ou telle série dans l’évolution d’un genre, ça confine à l’analyse mais c’est très superficiel. Bref, c’est tout un équilibre à trouver, et c’est pas facile.
Moi, c’est ça que j’aime, passer de l’évocation historique à l’analyse, et ce que j’aime dans l’analyse, c’est qu’elle permet d’être transversal, de croiser les supports, les époques, les auteurs. Mais c’est de la voltige à toutes les lignes, ce genre d’exercice.

Jim

[quote=“Zombie”]
Mais un jeu vidéo qui convoque le zomblard italien et Fulci, ça existe désormais, et c’est polonais ([size=85]le studio Techland[/size]) ! ^^
C’est Dead Island ([size=85]sorti en 2011. Le bouquin Zombies ![/size] sortie en 2009 n’en parle donc pas).
On peut y jouer en solo:[/quote]

Puisque l’on parlait ailleurs de la pertinence du rapport Jeu video/Cinéma, il me semble que Dead Island avait bénéficié d’une très agréable bande-annonce, pour le coup cinématographique, au découpage très soigné, lors de la campagne de promo. La vidéo montait en parallèle un flashback au ralenti et une scène de poursuite ayant abouti au point d’origine du flashback, sans jamais rien dévoiler du jeu lui-même.

Oui, c’est celle-ci:

Un trailer de promotion effectivement très réussi, si j’ai préféré poster d’autres bande-annonces, c’est que ce trailer n’a pas été fait fait par le studio qui a développé ce jeu et surtout car il ne reflète pas vraiment l’ambiance du jeu ([size=85]à noter que les cinématiques à l’intérieur du jeu sont très mauvaises d’un point de vue cinématographique, dommage qu’ils n’aient pas travaillé avec l’équipe en charge de la vidéo promotionnelle[/size]). Cette émotion, ce sentiment de fin du monde empli d’une certaine tristesse, ne se retrouve pas dans le jeu en lui-même.

Du coup, ce jeu qui n’était pas attendu, développé par un petit studio polonais connu pour ses ratages vidéoludiques ([size=85]les Call of Juarez, par exemple[/size]), est passé au premier plan avec ce trailer qui a fait un buzz incroyable.
[size=85]Et l’impensable se produisa, Techland avait enfin sorti un bon jeu (avec des défauts certes, mais largement compensé par de réelles qualités), mais qui n’avait rien à voir avec ce que ce trailer montrait en terme d’émotion et d’ambiance.[/size]

Oui, mais c’est aussi cela qui est intéressant. Le jeu exploite le terrain du bisseux-qui-tache tandis que la promo joue sur une esthétique beaucoup plus raffinée, deux approches antagonistes réunies pour vendre du zombie à un public qui en est saturé, le mythe ayant suffisamment infusé pour qu’il devienne possible de multiplier, non seulement les clins d’oeil, mais aussi les pistes narratives inattendues.

Étonnant.
Voire épatant.
Merci, les gars.

Jim

A noter qu’un dossier assez complet ([size=85]20 pages[/size]) sur les zombies vient de paraitre dans le dernier Écran Fantastique ([size=85]le N° 334, septembre 2012[/size]) pour ceux qui voudraient aller un peu plus loin après la lecture de ZOMBIES ! de Bétan et Colson, en ce qui concerne les zombies au cinéma.

On y trouve:

-un article intitulé Zombie Vs Mort-Vivant,[size=85] anatomie comparée de deux créatures légendaires[/size] qui est très intéressant et montre à quel point Romero en fusionnant les deux (avec aussi les cannibales) en a donné une toute nouvelle définition qui est désormais la plus connue.

  • une filmographie hyper exhaustive en 4 pages, Zombies & Morts-Vivants à l’écran ([size=85]1919-2013[/size]) où on remarque que les années 70 et 80 prennent une large place, mais ce n’est rien à coté des années 2000 ([size=85]plus de la moitié de la filmo ! o0[/size]).
    -un article sur Les Zombies de Romero.
    -et enfin un article sur Les Zombies du cinéma italien.

J’ai pas encore tout lu ([size=85]juste en diagonale et dans le désordre[/size]), mais ça m’apparait très bien si on veut creuser un peu plus le sujet.

[size=85]Et y a aussi le bouquin coordonné par Thoret sorti en 2007 chez Ellipses concernant les zombies de Romero: Politiques des Zombies, l’Amérique selon Georges A. Romero. A ne lire que si on a vu les films, car sinon c’est au risque de n’y rien comprendre et de se faire sauvagement spoiler ![/size]

[quote=“Zombie”]
[size=85]Et y a aussi le bouquin coordonné par Thoret sorti en 2007 chez Ellipses concernant les zombies de Romero: Politiques des Zombies, l’Amérique selon Georges A. Romero[/size]. A ne lire que si on a vu les films, car sinon c’est au risque de n’y rien comprendre et de se faire sauvagement spoiler ![/quote]

Thoret abordait également le thème dans son bouquin sur le cinéma hollywoodien des années 70, sorti à la même période.

Le cinéma américain des années 70, sans doute.
Merci de l’info, ce bouquin m’avait échappé ([size=85]faudra réparer l’erreur assez vite ![/size]) ! [size=50]Non , je suis pas un maniaque,c’est pas que pour les zombies que je veux le lire, rhôôô ! ^^[/size]

C’est d’ailleurs étrange qu’on utilise le terme zombie pour désigner cette “fusion” puisque, dans ses films, Romero utilise le terme “dead” ou “living dead”, pas le terme zombie…
Et c’est bien que cet article existe, parce qu’un zombie, c’est tout de même très différent d’un “simple” mort-vivant… c’est un peu l’équivalent vaudou du golem (avec un corps humain à la place de l’argile), c’est plutôt un “non-mort” qu’un “mort vivant”, d’ailleurs.

Tori.

C’est le public et la critique qui ont d’abord utiliser le terme “zombie” pour parler des morts-vivants de Romero.

Voilà ce qu’en dit le principal intéressé à propos de la nuit des morts-vivants (1968) dans l’article** Les Zombies de Romero** ([size=85]toujours dans le dernier numéro de l’Écran Fantastique[/size]):

[quote=“Georges A. Romero”]A mes yeux, les créatures que je décrivais dans ce film étaient des espèces de <<ghoules*>>, comme dans les films Universal des années 40.
Mais la critique et le public les a immédiatement nommés des <>.
Étrangement, ce mot ne m’était jamais venu à l’esprit auparavant, car je l’associais aux Caraïbes et au vaudou.
Mais depuis, mon nom est devenu indissociable des zombies.[/quote]

*[size=50]la faute vient du mag mauvaise traduction de ghouls en goules, sans doute.[/size]

C’est certainement pour cela qu’il fera dire, par la suite, à un prêtre dans son Zombie/Dawn of the Dead (1978) la prophétie Vaudou: <<lorsque l’enfer est plein, les morts reviennent sur terre pour se venger>>.

Puis-je vous conseiller la prochaine émission de Culture Prohibée sur le sujet de cette discussion !?

Oui je crois.

Une réédition “considérablement augmentée” est prévue pour avril 2013.

C’est qu’en trois ans l’épidémie s’est “considérablement” accrue aussi ! :mrgreen:
Merci pour l’info ! :slight_smile:
[size=85]hmmm j’attendrai peut-être une autre réédition, car à ce train là, c’est pas fini de s’arrêter, du zomblard à bouffer à toutes les sauces pour les années à venir, même si t’en veux pas, t’en auras dans ta gamelle ! ^^[/size]