Discutez de Alieen

J’ai récemment trouvé la première édition de l’album, aux éditions Bréal. Et pour la petite histoire, je l’ai trouvée dans une boîte à livres… à Bréhal !
Quelle étrangeté. Le livre se pose en reproduction d’un ouvrage destiné à la jeunesse… d’une autre planète (une sorte de palimpseste un peu à la manière du Nom de la Rose, présenté comme la redécouverte d’un texte oublié). Trondheim croise donc les tropes du conte pour enfants, avec son lot de cruautés édifiantes, avec ceux du récit extraterrestre, parvenant à un résultat troublant d’autant plus incompréhensible que l’ensemble est écrit dans la langue des éditeurs et lecteurs d’un autre monde.
On suit donc différents personnages dont on ne connaît que l’apparence colorée (et ni le nom ni les liens qui les unissent), sans réellement savoir ce qu’ils font dans la forêt épineuse où il semble de coutume de se perdre sur cette planète. Il leur arrive des trucs atroces (qui auraient fait frémir Wertham : ah, les blessures à l’œil), dont la morale échappe au lecteur terrien qui ne maîtrise pas la langue des auteurs d’origine.
Le sommaire est composé de plusieurs histoires qui mettent des protagonistes variés dans des situations toutes plus difficiles (et consternantes) les unes que les autres. Certains personnages reviennent d’une histoire sur l’autre, donnant la sensation d’un univers partagé assez riche. Les péripéties varient, allant du sanguinolent au scatologique, avec une jubilation infantile, et la collision entre la cruauté des contes et l’émerveillement de la science-fiction ne fait, en définitive, que mettre en valeur les structures édifiantes de la littérature classique pour la jeunesse.
Jim


