Bon, je viens de le voir, et je crois que le grand exploit de ce film, c’est d’être banal. Ou moyen, si on veut, mais « moyen » laisserait entendre qu’il y a des pics de qualité.
Grosso modo, il n’est pas aussi médiocre et inepte que Prometheus. Les personnages font des conneries, mais le scénario ne les présente pas comme cons, simplement comme débordés. De là, on peut admettre que ça parte en vrille aussi vite, puisqu’ils prennent des décisions fâcheuses dans des circonstances pas prévues (là où la bande de taches du film précédent était composés de professionnels préparés en vue de l’exercice).
Passé ce constat, c’est quand même la foire à la caractérisation inutile (le commandant est croyant, mais en fait, la narration n’en fait rien, ni un frein ni un moteur à l’action : eût-il été agnostique, athée ou jeanfoutre que ça n’aurait strictement rien changé à son rôle dans l’histoire), aux dialogues pas creusés (la décision de faire un crochet vers la nouvelle destination est réglée en deux coups de cuiller à pot, alors que justement, les soi-disant tensions dont on nous rebat les oreilles auraient pu exploser à ce moment), à la définition floue des rapports sociaux (ce sont des colons par leurs vêtements, mais parfois des bidasses dans leurs rapports hiérarchiques). C’est un peu du grand n’importe quoi, avec des erreurs de positionnement flagrantes : dans Alien, le premier à tomber face à la bête est un type somme toute sympa, mais là, les deux premières victimes sont un gros con qui pense avec sa vessie et un balourd naïf incapable de sociabiliser, ce qui détruit toute empathie vis-à-vis du spectateur et connote négativement ces premières victimes (avec la tonalité religieuse ambiante, ça fait châtiment divin).
Le reste de l’intrigue enfile des scènes d’action sympathiques mais sans brio et des coups de théâtre sans aucune surprise. Tout est prévisible, jusqu’à la révélation finale, qui a le mérite de teinter le film d’une noirceur étonnante, mais bon, après tant de platitudes, c’est un peu en vain.
Après, c’est très bien fait. La mission de sauvetage et la baston finale sont pas mal, un peu courtes, également très prévisibles, sans danger palpable. La mention spéciale revient à la scène de l’infirmerie dans la navette, qui fait excellemment monter la pression : les deux plans de course dans le couloir rendent palpables l’invasion de la panique, le second jouant à fond sur un corps désordonné et qui se cogne partout. Ce moment laisse planer un espoir, vite dilué.
Tout le préchi-précha sur la création, la destruction, le côté démiurge et délétère, c’est intéressant, mais c’est long, lent, envahissant, assez lourd, et si ça passe, c’est que c’est porté par l’interprétation toute en finesses de Fassbender, qui tire le meilleur sel de ce défi d’acteur.
Bref, aucune des dimensions du film ne parvient à surnager d’un niveau très convenu. Si on veut des surprises, on n’en a pas et tout est facile à deviner par avance. Si on veut frissonner, c’est raté aussi, et si on sursaute, c’est par réflexe plus que par surprise. Etc etc.
En sortant du film, je songeais à la scène d’intro d’icelui, ainsi qu’aux deux prologues qui ont circulé sur le net. Et je me disais qu’il aurait dû les utiliser. Le prologue lié à David, remonté afin de masquer soit sa présence soit son action, aurait pu ouvrir le film, suivi du prologue consacré à l’équipage. Ensuite, paf, générique, et action. Quant au prologue qu’on voit sur grand écran, il aurait pu être présenté par le biais d’un rêve de David (on sait que Walter ne rêve pas), ce qui aurait permis de renforcer toute la dialectique créateur / création (en balançant aussi une référence à Blade Runner, dont le spectre était palpable dans Prometheus). Un tel choix aurait permis de solidifier pas mal d’aspect.
Mais non, le montage final a privilégié un récit trop long, souvent mou, sans réel défi, avec des incohérences et des moments ridicules. Scott s’est souvenu qu’il savait, il y a trente ans, éteindre et allumer un spot afin de créer des profondeurs, des reliefs, il en joue avec de gros sabots quand il filme la rencontre entre David et Walter, et si l’intention est balourde, le résultat est assez beau. Mais une scène d’action réussie et un joli travail sur les éclairages ne suffisent pas sauver un navet.
Jim
