ALIEN : COVENANT (Ridley Scott)

Bon, je viens de le voir, et je crois que le grand exploit de ce film, c’est d’être banal. Ou moyen, si on veut, mais « moyen » laisserait entendre qu’il y a des pics de qualité.
Grosso modo, il n’est pas aussi médiocre et inepte que Prometheus. Les personnages font des conneries, mais le scénario ne les présente pas comme cons, simplement comme débordés. De là, on peut admettre que ça parte en vrille aussi vite, puisqu’ils prennent des décisions fâcheuses dans des circonstances pas prévues (là où la bande de taches du film précédent était composés de professionnels préparés en vue de l’exercice).
Passé ce constat, c’est quand même la foire à la caractérisation inutile (le commandant est croyant, mais en fait, la narration n’en fait rien, ni un frein ni un moteur à l’action : eût-il été agnostique, athée ou jeanfoutre que ça n’aurait strictement rien changé à son rôle dans l’histoire), aux dialogues pas creusés (la décision de faire un crochet vers la nouvelle destination est réglée en deux coups de cuiller à pot, alors que justement, les soi-disant tensions dont on nous rebat les oreilles auraient pu exploser à ce moment), à la définition floue des rapports sociaux (ce sont des colons par leurs vêtements, mais parfois des bidasses dans leurs rapports hiérarchiques). C’est un peu du grand n’importe quoi, avec des erreurs de positionnement flagrantes : dans Alien, le premier à tomber face à la bête est un type somme toute sympa, mais là, les deux premières victimes sont un gros con qui pense avec sa vessie et un balourd naïf incapable de sociabiliser, ce qui détruit toute empathie vis-à-vis du spectateur et connote négativement ces premières victimes (avec la tonalité religieuse ambiante, ça fait châtiment divin).
Le reste de l’intrigue enfile des scènes d’action sympathiques mais sans brio et des coups de théâtre sans aucune surprise. Tout est prévisible, jusqu’à la révélation finale, qui a le mérite de teinter le film d’une noirceur étonnante, mais bon, après tant de platitudes, c’est un peu en vain.
Après, c’est très bien fait. La mission de sauvetage et la baston finale sont pas mal, un peu courtes, également très prévisibles, sans danger palpable. La mention spéciale revient à la scène de l’infirmerie dans la navette, qui fait excellemment monter la pression : les deux plans de course dans le couloir rendent palpables l’invasion de la panique, le second jouant à fond sur un corps désordonné et qui se cogne partout. Ce moment laisse planer un espoir, vite dilué.
Tout le préchi-précha sur la création, la destruction, le côté démiurge et délétère, c’est intéressant, mais c’est long, lent, envahissant, assez lourd, et si ça passe, c’est que c’est porté par l’interprétation toute en finesses de Fassbender, qui tire le meilleur sel de ce défi d’acteur.
Bref, aucune des dimensions du film ne parvient à surnager d’un niveau très convenu. Si on veut des surprises, on n’en a pas et tout est facile à deviner par avance. Si on veut frissonner, c’est raté aussi, et si on sursaute, c’est par réflexe plus que par surprise. Etc etc.
En sortant du film, je songeais à la scène d’intro d’icelui, ainsi qu’aux deux prologues qui ont circulé sur le net. Et je me disais qu’il aurait dû les utiliser. Le prologue lié à David, remonté afin de masquer soit sa présence soit son action, aurait pu ouvrir le film, suivi du prologue consacré à l’équipage. Ensuite, paf, générique, et action. Quant au prologue qu’on voit sur grand écran, il aurait pu être présenté par le biais d’un rêve de David (on sait que Walter ne rêve pas), ce qui aurait permis de renforcer toute la dialectique créateur / création (en balançant aussi une référence à Blade Runner, dont le spectre était palpable dans Prometheus). Un tel choix aurait permis de solidifier pas mal d’aspect.
Mais non, le montage final a privilégié un récit trop long, souvent mou, sans réel défi, avec des incohérences et des moments ridicules. Scott s’est souvenu qu’il savait, il y a trente ans, éteindre et allumer un spot afin de créer des profondeurs, des reliefs, il en joue avec de gros sabots quand il filme la rencontre entre David et Walter, et si l’intention est balourde, le résultat est assez beau. Mais une scène d’action réussie et un joli travail sur les éclairages ne suffisent pas sauver un navet.

Jim

http://www.comics-sanctuary.com/public/superpouvoir/img/presse/alien_saga.jpg

[quote]MAD MOVIES HORS SÉRIES 35 : ALIEN, LA SAGE
Des origines d’Alien à la dernière œuvre de Ridley Scott, Alien: Covenant,
l’histoire et l’analyse de l’une des plus grandes sagas cultes du cinéma.
Parution mai 2017. 116 pages
Prix : 9,90 €
[/quote]

Lien:
Le site du magazine : www.mad-movies.com

Dans une interview, Scott a déclaré que si « Convenant » est un succès :

_« Prometheus 3 » se fera en 2018.

_Qu’il y a une grande chance que le dernier volet de la trilogie se situe entre « Prometheus » et « Convenant ».

_Qu’il a déjà des idées pour une seconde trilogie.

Que de bonnes nouvelles… . :open_mouth:

En fait il s’est rendu compte quand il a fait Covenant… Que c’était le troisième film et qu’il manquait un bout (au hasard, David qui arrive sur la planète des Ingénieurs et qui crée les œufs

Enfin ça peut permettre de raccrocher les wagons avec Alien si on voit au cours du film un ingé s’écapper de la planète avec une reine qui lui sort du bide et va pondre des œufs dans la soute du vaisseau, œufs qui seront plus tard retrouvés par le Nostromo…

« Navet » je te trouve un peu dur sur ta conclusion, Jim.
J’ai enfin trouvé le temps de me mater ça hier soir. Bon c’est difficile tout de même de faire pire que Prometheus, tant les personnages de Prometheus sont complètement cons et manquent cruellement de professionalisme (« le syndrome de Q ». comme j’aime l’appeler, vous savez l’expert en informatique dans James Bond, robotique et tutti quanti hyper intelligent qui ne trouve rien de mieux à faire que de coller la clé USB du méchant sur le réseau central…).
Là effectivement, on a un équipage qui se fait un peu déborder par les événements. La première connerie déjà, c’est de sortir sans scaphandre. Même si l’atmosphère ressemble à l’atmosphère terrestre, rien ne dit qu’il n’y a pas d’organismes, de virus, etc pouvant nuire à l’homme. La même connerie avait d’ailleurs été faite dans Prometheus, atmosphère respirable, hop on enlève les casques. Bon, admettons, visuellement parlant, c’est plus sympa de voir les acteurs sans casque et arnachement divers, ça permet de les identifier plus facilement. Après, on est capable dans le futur d’avoir des voiles solaires, de naviguer dans l’espace, et on ne sait pas faire une petite pilule qui protège des organismes extérieurs voire un petit champ de force perso à la Dune (en moins épais)? Oui, après, il n’y aurait pas de film, ou il faudrait trouver d’autres astuces scénaristiques.

Bon ceci étant posé, on notera cependant que ce film a repris façon patchwork différents éléments des précédents volets (attaque du face-hugger, infirmerie, y compris la scène finale marquant la fin de l’alien). OK, c’est de l’Alien, on a bien compris.

Les personnages sont mal caractérisés et manquent cruellement de charisme. A croire qu’il suffit d’avoir une belle photographie pour faire un bon film.

Au niveau scénario, c’est très basique: un problème dans le vaisseau, l’équipage est réveillé, ils captent un signal et le suivent. On a vu mieux en terme d’originalité. Heureusement qu’il y a des scènes comme celle de l’infirmerie ou du sauvetage qui sont plutôt bien foutues.

Le twist est hyper prévisible.

Au final, un film sans prise de risque aucune, porté par un Fassbender excellent encore une fois. Décevant. A comparer, Life qui est un clone d’Alien, est mieux foutu.

Et dans tout ça, on a totalement oublié les Ingénieurs, leur implication dans la création de l’humanité, qui ils sont etc…

Voilà.

Sérieusement, c’est un navet. Avec beaucoup de pognon, mais un navet quand même.

Jim

Malgré les résultats décevants de Alien : Covenant (seulement 240 millions de dollars de recettes pour un budget de 97 millions), Ridley Scott compte bien poursuivre la saga, mais en mettant de côté les xénomorphes pour se mieux se concentrer sur les dangers des Intelligences Artificielles.

“We are [going to make another], we are. I think what we have to do is gradually drift away from the alien stuff. People say, ‘You need more alien, you need more face pulling, need more chest bursting,’ so I put a lot of that in ‘Covenant’ and it fitted nicely. But I think if you go again you need to start finding another solution that’s more interesting. I think AI is becoming much more dangerous and therefore more interesting.”

Et pourquoi il a pas fait « Blade Runner 2049 », à ce compte-là ? Au lieu de ce « Alien : Covenant » très décevant (même s’il est joliment emballé, le métier du bonhomme oblige)…

Oh bah en voilà une bonne idée !! :sweat_smile:

Pour que Blade Runner 2019 ait une chance d’être un bon film ? (Dont le propos est un peu plus complexe que « ohlala les intelligences artificiels c’est dangereux », soit dit en passant !)

Va falloir assumer votre fétichisme pour Michael Fassbender, Monsieur Scott.

Ce qu’il n’est pas à l’heure actuelle non plus, hein… Une tentative certes intéressante, mais non aboutie.

Je disconviens respectueusement.