AMAZONES CENTURY t.1-4 (Dominique Latil / Jean-Marc Ponce)

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Dans un monde dévasté par la pollution, Homère et Jason traversent les ruines. Mais leur véhicule les lâche, occasion pour mettre en scène la lente décrépitude technologique qui accompagne les mutations biologiques (chiens, poissons… et hommes, bien entendu) peuplant ce qui reste de la société. Ils sont bientôt pris à partie par des pillards qui, en se rendant compte qu’il s’agit de « conteurs », décident de les épargner et de les accueillir à condition que le plus vieux leur raconte le monde d’avant. La séquence permet de donner des explications rétrospectives à la situation de base (un vaste flash-back où sont passées en revue la génétique, la pollution, l’agriculture intensive, la chimie, l’énergie, les politiques nationalistes, les répressions aveugles… bref tout un cocktail un peu poussé mais qui semble moins fantaisiste et sujet à moquerie si l’on relit la série aujourd’hui…).

C’est alors que surgit un commando de guerrières qui attaque le petit groupe dans le but de les faire prisonniers. Après une fusillade impitoyable, les femmes emportent les fuyards, y compris nos deux héros. Le transfert jusqu’à la société matriarcale où elles comptent les ramener à des fins diverses se passe mal, constituant la fin du premier tome et une première ébauche d’alliance entre les ennemis d’hier.

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Le récit de Dominique Latil est direct et sans fioritures. Il avance dans ce monde où tout est décrit au fil de la progression des héros. C’est classique, mais efficace. Les dialogues n’encombrent pas les planches, et l’album se lit réellement très vite.

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Au dessin, Jean-Marc Ponce livre des planches très dynamiques, avec force effets de vitesse et traits de mouvements. Les onomatopées sont bien intégrées à la dynamique des planches. Ses personnages sont solides, presque lourds, bien campés, musculeux, et si l’on peut voir un peu de Stan & Vince dans la mise en scène des anatomies belliqueuses, il n’est pas inutile de faire la comparaison avec le trait massif d’un Jacen Burrows, dont les personnages de Ponce arborent aussi les mâchoires carrées. L’encrage est épais, mais il propose des astuces pour les ombres qui sont assez inédites et laissent respirer la couleur. Le lettrage, lui aussi, est épais, mais les bulles sont bien placées et l’ensemble ne souffre pas de confusion. L’album emprunte aux comics sa vitesse et son énergie. Il est aussi vite lu qu’un fascicule américain.

Jim

Jason et Thoth, le robot qu’il a rencontré au moment de la mort d’Homère, sont retenus par Omphale, la guerrière, qui les a réclamés comme butin. Mais derrière cette revendication se cachent des jeux de pouvoirs chez les Amazones, la reine semblant abuser de son pouvoir et les factions déchirer le tissu social de cette petite bulle de paix et de modernité au milieu d’un décor dévasté.

Les auteurs, dans ce deuxième tome, continuent sur leur lancée, alignant alliances et mésalliances. Deux menaces émergent depuis la fin du tome 1, d’un côté l’apparition d’animaux mutants de plus en plus nombreux et de plus en plus agressifs, et de l’autre les troupes de Khan, un conquérant qui utilise des machines de guerre pour ravager les territoires qu’il convoite. Jason semble détenir des informations qui pourraient être utiles aux Amazones, et une expédition est mise sur pied.

Cette deuxième livraison confirme les signes particuliers du premier, à savoir une action rapide, un humour de block-buster, un personnage principal grinçant, genre vaurien bagarreur cloné à partir d’un mélange de Han Solo et de Snake Plissken, de la baston, un découpage lisible, une intrigue linéaire, une présentation limpide des enjeux et des parties en puissance. La contrepartie de tout cela, c’est peut-être une certaine absence de surprise.

Jim

Troisième volet des aventures de Jason, Thoth et Omphale. En route pour aller dénicher un soutien logistique face à la menace de Khan, ils croisent le chemin d’un DJ cybernétique vivant dans une ville peuplée de mannequin, et sont attaqués par des hommes à la solde du conquérant. Ce dernier entraîne des troupes d’humains irradiés qu’il désire utiliser comme des surhommes guerriers. Enfin, la reine des Amazones liquide les opposantes et les soutiens à Omphale.

Bref, ça bouge beaucoup, il se passe plein de choses et ce troisième tome est un poil plus bavard que les deux précédents. Paradoxalement, il ne se passe pas grand-chose, les auteurs finissant de mettre en place les différents joueurs de la partie.

Chose amusante, puisque la série joue sur le postulat d’une sorte de guerre des sexes à l’époque post-apo, c’est ici que le scénariste s’amuse à inverser les modalités : Jason se montre un peu romantique, un peu fleur bleue, un peu rêveur et idéaliste, alors qu’Omphale a une vision très solitaire et charnelle des relations amoureuses. Ce qui vaut quelques scènes à la tonalité comédie assumée.
Quant à Jean-Marc Ponce, il met en scène une poursuite de bagnoles futuristes, un exercice qui l’avait déjà fait remarquer dans le petit monde du fanzinat, et dans lequel il excelle à représenter les technologies à venir.

Jim

Le quatrième et dernier tome apporte son lot d’explications sur différents éléments aperçus ou évoqués dans les épisodes précédents. On découvre qui sont les nains traversant le paysage urbain dans le troisième tome, les plans de la reine arrivent à leur conclusion et le robot Thoth a des réponses concernant ses origines.

Le tricotage de ces différents fils narratifs permet de revenir sur l’apocalypse et sur les restes des tentatives pour extirper la civilisation de son gourbi. C’est plutôt bien troussé, parce que les explications sont assez bien placées dans un récit rapide. La confrontation avec Khan a bien lieu, donnant là aussi une résolution à l’une des intrigues en cours. Et Jean-Marc Ponce parvient à nouveau à glisser une poursuite de véhicules. Au sujet du dessin, on remarquera que l’encrage évolue, les hachures cédant la place à des modelés et les visages s’arrondissant un peu, évoquant le travail d’un Bessadi, par exemple.

Les auteurs sont parvenus à boucler une bonne partie de ce qu’ils avaient mis en place, et concluent ce quatrième tome sur une fin ouverte. Qui laisse cependant pour évidente cette sensation qu’ils avaient encore des choses à dire, au sujet de la mythique Élysée, au sujet de la reine et ses complots, au sujet de l’émergence de formes de vies mutantes. Le lettrage, plus petit, indique que Latil et Ponce tentent de placer plus de choses que prévu, sur un rythme plus dense et moins rapide, car il y a plus à lire. Ils s’en sortent bien, l’exercice consistant à fermer boutique plus tôt que prévu n’étant jamais ni facile ni agréable. On peut donc lire cette tétralogie comme une sorte de premier cycle, qui ne connaîtra pas de second.

Jim

Le quatrième

C’est bien, y en a un qui suit.
Les autres, je ne vous félicite pas.

Jim

Et tu mets un S à la fin de second. Je ne connaissais pas cette règle.

Je suppose qu’il avait dans l’esprit un second cycle composé de plusieurs tomes, d’où le pluriel dans sa tête, qui s’est retrouvé dans ses doigts sur son clavier…

Quand on écrit un texte, il est presque inévitable de commettre des erreurs :

La phrase correcte donnerait plutôt :
« Le lettrage, plus petit, indique que Latil et Ponce tentent de placer plus de choses que prévu ».

Troi.

Surtout quand on se relit pas.

Jim

Oui, je le sous-entendais : ce n’est pas comme un texte publié.

Tori.

Bah en fait, ça devrait : c’est publié sur la toile. Mais bon, voilà, on va vite, on passe à autre chose, on minimise la fatigue et l’inattention…

Jim

Ça reste moins grave qu’un texte pour lequel tu serais payé.

Ici, ta rémunération est seulement constituée de nos commentaires (et en plus, c’est pour souligner tes fautes d’inattention !)…

Tori.

Certes : un texte pour lequel je serais payé serait relu avant envoi à l’éditeur. Lequel assurerait aussi au moins une relecture, voire plusieurs. Ce qui n’empêche pas les fautes : on peut ne pas les voir, on peut aussi en rajouter à cause de corrections maladroites.
Et même pour un texte « gratuit », par exemple dans un fanzine ou une publication à très petit budget : je trouve toujours le temps de me relire. Effort que je devrais faire aussi ici, mais en fin de journée, on est fréquemment démotivé…

Jim

J’aime bien l’utilisation du conditionnel …