ARTISTES ET MODÈLES (Frank Tashlin)


(Le Doc) #1

REALISATEUR

Frank Tashlin

SCENARISTES

Herbert Baker, Hal Kanter, Don McGuire et Frank Tashlin, d’après la pièce de Michael Davidson et Norman Lessing

DISTRIBUTION

Dean Martin, Jerry Lewis, Shirley MacLaine, Dorothy Malone, Eva Gabor, Anita Ekberg…

INFOS

Long métrage américain
Genre : comédie/musical/romance
Titre original : Artists and models
Année de production : 1955

Entre 1945 et 1956, Dean Martin et Jerry Lewis ont formé un duo comique qui se complétait parfaitement. À Dino, le rôle du “straight man”, comme on dit en Amérique : le “clown blanc”, le personnage sérieux, l’intérêt romantique qui emballe les filles avec sa voix de crooner. À Jerry, celui de l’Auguste, celui qui déclenche l’hilarité par ses grimaces, son jeu corporel, ses facéties désordonnées. Sur scène, à la radio puis à la télévision, leur succès ne s’est jamais démenti et l’étape suivante fut bien entendu le cinéma, grâce au contrat signé avec la Paramount et le producteur Hal Wallis en 1949.

Entre 1949 et 1956, Dean Martin et Jerry Lewis ont été les stars de 16 films (et ils ont également fait une courte apparition dans En route vers Bali en 1952). Mais Dean Martin a fini par être frustré de jouer quasiment le même rôle à chaque fois (et de n’être qu’un faire-valoir) et en 1955, année de sortie de leur 14ème collaboration cinématographique, Artistes et Modèles, le divorce entre les deux amis était presque consommé. Un vrai cinglé de cinéma (1956) fut leur dernier film ensemble. Dean Martin trouva ensuite ses meilleurs rôles (comme dans le magistral Rio Bravo de Howard Hawks) et Jerry Lewis continua d’enchaîner les succès commerciaux guère prisés par la critique U.S. et ils ne se parlèrent plus pendant presque 20 ans, avant leur réconciliation dans les années 70.

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Une scène de Artistes et Modèles reflète d’ailleurs la situation dans laquelle les deux hommes se trouvaient à l’époque : Rick Todd (Dino), un peintre sans le sou, menace de quitter l’appartement qu’il partage avec son meilleur ami Eugène Fullstack (Jerry), un grand enfant maladroit passionné par la série de comic-books Bat Lady et qui aspire à devenir écrivain pour la jeunesse, parce que les bêtises de celui-ci leur ont coûté leur dernier emploi. Mais devant l’air attristé d’Eugène, Rick ne peut se résoudre à partir. Dans la vraie vie, Dean Martin a attendu deux films supplémentaires avant de prendre sa décision.

Comme souvent, le scénario sert surtout de prétexte aux roucoulades de l’un et aux délires de l’autre et après 10 ans, la mécanique est classique, efficace et bien rodée : Dean Martin est l’incarnation même du beau parleur et il est au centre de presque tous les numéros chantés, et Jerry Lewis est un véritable personnage de cartoon live. Il y a de nombreux gags hérités de la tradition des dessins animés idéalement mis en scènes par Frank Tashlin, ancien animateur et réalisateur de cartoons qui collaborera par la suite à de nombreuses reprises avec Jerry Lewis (Un vrai cinglé de cinéma, Le Kid en Kimono, Jerry chez les cinoques…).

Dans Artistes et Modèles, les décors et les costumes sont parés de couleurs flamboyantes, les passages musicaux sont empreints d’une belle énergie et les gags sont cartoonesques à souhait. Mais le métrage est tout de même un poil trop long et s’essouffle en cours de route dans un dernier acte qui s’éloigne du charme de ce qui a précédé en prenant le chemin de la parodie du film d’espionnage (avec les méchants cocos, comme il se doit dans les années 50).

Les intérêts amoureux de Dean et Jerry sont une dessinatrice de comics et son amie modèle, jouées respectivement par les craquantes Dorothy Malone et Shirley McLaine. Sous le prisme de la comédie, Artistes et Modèles offre un reflet de son époque, notamment par la façon dont les bandes dessinées étaient considérées. Pour Rick Todd par exemple, ce n’est qu’un travail alimentaire, et il va même jusqu’à cacher le fait qu’il travaille sur un comic-book en s’inspirant des idées de Eugène, qui parle en dormant.

Le personnage du responsable éditorial de Murdock Publishing est gratiné, mais malgré l’évolution de la dessinatrice de Bat Lady (qui finit par en avoir assez de travailler pour lui) , je ne trouve pas que le portrait soit vraiment à charge : les scénaristes brocardent la “chasse aux sorcières” de Fredric Wertham, Estes Kefauver et cie en mettant en parallèle un numéro chanté plein d’enfants qui lisent joyeusement et une parodie des audiences au Sénat qui énumère les “choses dangereuses” que ces chères petites blondes apprennent soi-disant dans les pages des illustrés…et le gamin qui mène la vie dure à Jerry dans le bureau de Murdock n’est en fait qu’une petite peste qui n’en a rien à faire des comics !

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(Le Doc) #2

Voici quelques pages du comic-book The Bat Lady (on les aperçoit furtivement dans le film). Le dessinateur n’est pas connu (certainement un membre de l’équipe artistique).


(soyouz) #3

J’en avais parlé ici : Comics & médias
Mais c’est marrant, parce que je 'n’ai pas la même interprétation que toi sur ce qu’ils pensent de Wertham …


(Le Doc) #4

Soyouz : Bon, je viens de le voir en entier (c’était pas prévu, mais comme je n’ai pas sommeil), et en 1955, il semblerait que le scénariste soit d’accord avec un certain Fred’ !

Le réalisateur Frank Tashlin fait partie des quatre scénaristes d’Artistes et Modèles. À côté de son travail d’animateur et réalisateurs pour les cartoons, Tashlin a aussi travaillé sur son propre comic-strip pendant 3 ans. Je ne le vois donc pas rejoindre le camp de Fredric Wertham.
Pour moi, la façon dont les comics étaient perçus à l’époque sert de toile de fond à l’histoire pendant une grande partie du film (jusqu’à ce que ça soit mis de côté pour laisser la place aux espions russes), en nourrissant également le parcours des personnages (au moment où Rick crée son propre comic, même s’il préfère le cacher, Abby Parker laisse tomber The Bat Lady parce qu’elle n’est plus d’accord avec les choix de son éditeur).
L’émission télé, qui parodie les audiences au Sénat, n’est pas à prendre au premier degré tant les déclarations d’Eugène sont exagérées. Eugène y participe naïvement parce qu’Abby lui a demandé, mais il reste un grand enfant qui célèbre l’imagination, notamment par le biais de la malicieuse première chanson. Et lors du numéro de claquettes de Dean Martin, les enfants qui lisent ne sont pas représentés négativement. Comme je l’ai écrit plus haut, le seul gosse représenté tel quel est juste une petite peste. Il n’est pas influencé négativement par les comics, comme le pense sa mère, tout simplement parce qu’il n’en lit même pas !


(soyouz) #5

Arf … faudra que je le revois alors … y avait une conversation dans le film qui m’avait fait penser le contraire … je suis un grand naïf !