BERLIN t.1-3 (Jason Lutes)

Discutez de Berlin

Lutes est américain. Berlin a été publié ailleurs qu’en France, avant !

Voici ce que j’en disais sur France-Comics : http://www.france-comics.com/2010/05/17/berlin-01-cite-pierres/

Berlin 3. Ville de lumière

Date de parution : 28/08/2019 / ISBN : 978-2-413-01123-1

Résumé

Dix ans après la sortie du tome 2, Jason Lutes achève son oeuvre : Berlin se conclut dans la ville lumière, déchirée par la montée du nazisme.

Berlin, ville noctambule et artistique, est un personnage à part entière dans l’oeuvre de Lutes. En 1933, après des luttes fratricides entre nazis et communistes, Adolph Hitler accède au pouvoir. Le couple formé par Marthe, une artiste peintre et Kurt, un journaliste engagé, assiste impuissant à l’emprise du nazisme sur la presse et la vie culturelle de leur cité. Bientôt, le monde entier va se déchirer.

Yipeeeeeeeeeeeeee !

Delcourt sortira le même jour un coffret avec les trois tomes.

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Diable, il est sorti, j’avais déjà oublié (pourtant, je ne l’ai pas bien vu dans les étals)

Je remets mon avis d’une autre époque parce qu’à la relecture, il reste le même…

Ce premier tome de la trilogie de Jason Lutes nous emmène à Berlin, entre septembre 1928 et le 1er mai 1929, le début du « Blutmai ». On y suit les pérégrinations d’un journaliste, Kurt Severing, et d’une étudiante en art, Marthe Müller. Plusieurs personnages vont aussi agrémenter ce volume et permettront à l’auteur de nous présenter la complexité politique de cette période charnière, ainsi que la vie des Allemands, pris entre les extrêmes gauches et droites, face à un gouvernement de plus en plus autoritaire. L’auteur va développer diverses situations, qui vont s’entremêler, créant un tissu de relations enchevêtrées ou non dans des évènements, et qui donneront des confrontations de points de vue, d’idéaux. Pour ceux qui connaissent peu cette période, cela permet d’avoir une vision moins simpliste et moins de l’Allemagne pré-nazie.

Ce développement de personnages permet également de diversifier sa palette d’émotions et de faire ressentir différentes sensations aux lecteurs. Surtout que cette construction par étape donne une montée en pression progressive avec un final très poétique tranchant complètement avec le reste du récit.

Le trait fin et précis de Lutes permet de bien identifier tous les acteurs de l’histoire, de les rendre très expressifs et de créer des atmosphères avec des décors bien retranscrits. Sans connaître la ville et l’époque, on a vraiment l’impression d’y être.

… sauf que je n’étais pas très averti sur le lettrage, et là, je ne le trouve pas aidant pour la lecture. Alors je comprends l’idée. Une typo différente pour les communistes et pour les nazis, une typo plus petite mais lisible pour les sons en arrière-plan (genre, les messes). Mais ce n’est pas toujours simple, et par moment, j’ai aussi l’impression que c’est pour que ça rentre dans la bulle, alors qu’il y avait quand même moyen d’aérer, ou de sauter des lignes.

Mais sinon l’histoire est plutôt intéressante d’un point de vue social, sur cette période charnière de l’Allemagne qui sort de l’empire avant d’arriver au IIIème Reich. et Lutes joue beaucoup avec les bulles de pensée, pour insister sur le quotidien somme toute basique du peuple. Comme tout peuple.
Par contre, je n’avais pas forcément fait gaffe la première fois, mais je ne pensais pas que que le « Heil Hitler » existait déjà en 1929.

Je vais attaquer le 2ème tome, mais je me suis rendu compte que les 20 dernières pages n’étaient pas bonnes (ce sont des pages de chapitres précédent du même album). Je suis assez dégouté, je ne l’avais pas lu, et je crois que ce tome, je l’avais eu à un anniv’ ou à un Noël. Autant dire qu’il n’y a pas moyen de le changer. ça me fout en rogne !

J’avais (et j’ai encore) quelques rapports d’apprentissage à lire, donc j’ai mis un peu de côté lecture.. mais bon, faut bien faire des pauses de temps en temps.
Donc la série se politise de plus en plus, avec clairement des affrontements physiques entre les factions d’extrêles gauche et ceux d’extrême droite. Et puis on voit aussi les journalistes de gauche continuer à théoriser sur les sujets et les évènements qui arrivent et risquent d’arriver. D’autant plus qu’entre la crise de 29 et la mort du chef du gouvernement, y a de quoi faire. Même s’ils sont des sphères plutôt protégés financièrement.
C’est quand même assez marquant de voir que même s’ils mettent à la fois des gens extrêmes et des gens mesurés parmi les gens de la rue, les communistes paraissent vraiment moins bien lotis que les futurs fascistes qui semblent avoir quelques moyens, mais également en façade. En cela, même si la lecture donne quand même l’impression d’un parti-pris (on le ferait à moins), la manière d’écrire les perso et les différents groupes de la part de Lutes est assez subtile.
Et puis il y a les interactions entre les persos, qui amènent aussi certains à faire des explications à leurs progénitures (surtout côté communistes et côté juifs).
Et comme il faut aussi s’amuser, le contraste est assez violent avec des étudiantes en école d’art qui découvrent les soirées friponnes de Berlin, et en profitent allègrement.
En tout cas, même si c’est une fiction, rappeler ce que l’homme de la rue à vécu à cette époque en Allemagne est plutôt intéressant.

A noter qu’il y a un autre lettreur pour ce tome, qui est plus lisible, quand même.

Domme qu’il me manque presque 20 pages à la fin, c’est vraiment frustrant.

Changement de style narratif, avec ce troisième tome. Alors, je me demandais en le lisant si l’auteur ne commençait pas à fatiguer ou se lasser (même si graphiquement, y a pas de changement), parce qu’on a ici moins de cases par pages, moins de bulles, et donc les chapitres se lisent beaucoup plus vite, avec même des pages sans texte. En plus, ce troisième volume est plus petit d’une quarantaine de pages. Et puis à la fin, j’apprends que l’auteur a mis 19 ans à écrire tout cela, ce qui renforce mon idée… sauf que je me suis demandé, s’il n’avait tout simplement pas fini de raconter son histoire (ça, c’est très probable), et qu’en plus, je me demandais s’il ne voulait pas montrer une sorte de sentiment d’urgence, d’accélération de la montée des extrêmes. Bref, toujours est-il que ce tome est quand même plus « léger » en terme de contenu, moins dense, mais toujours aussi lourd en terme d’ambiance, et même beaucoup plus ici, puisqu’en plus, là où avant il ne s’intéressait quasiment qu’à l’homme de la rue, l’auteur montre clairement Hitler et certains de ses généraux continuer à placer leurs pions, fomenter leurs exactions. Et je trouve que ça met en lumière ce qu’on a pu lire dans les deux tomes précédents, avec cette montée en puissance de l’extrême droite et la lutte perdue d’avance (le sacrifice même) de l’extrême gauche, ainsi que des autres communautés. Ce qui se passe pour la famille juive en est un exemple, avec la mère qui sent plus que beaucoup d’autres Berlinois de la rue, qu’il se passe quelque chose, et pas en bien.
Alors, il y a des perso qu’on ne voit plus, donc je suppose qu’ils ont dû être tués ou envoyé en prison à la fin du tome précédent (quand je vous dis que je suis frustré de cette fin de ce tome 2).

En tout cas, le bouquin montre bien la fin d’un cycle pour les personnages principaux, marqué par celui de Marthe, qui fait le chemin inverse du tome 1. Et puis on voit d’autres perso évoluer, guère sans surprise, l’auteur les ayant bien préparés et caractérisés.

J’ai oublié de l’évoquer dans le tome précédent, mais je me demande si Lutes ne s’est pas appuyer sur des styles graphiques de l’époque sur certaines pages. C’est pas totalement flagrant afin de garder une certaine uniformité dans son album, mais y a des touches qui m’y font penser.
Mais je ne suis pas assez expert pour cela.

En tout cas, une sacrée saga, qui, si elle proche d’une vérité, est historiquement intéressante pour comprendre ce qui a pu se passer.