BURNING FIELDS (Moreci, Daniel / Lorimer)


*couverture à venir

[quote]BURNING FIELDS

Dana Atkinson, une enquêtrice de l’armée renvoyée pour manquement à l’honneur, est rappelée au Moyen-Orient quand un groupe de techniciens américains spécialisés dans l’exploitation du pétrole disparaît dans des circonstances étranges. Suite à une série d’incidents sur le site de forage, Dana et l’enquêteur iraquien avec lequel elle doit collaborer font une découverte inimaginable : un mal mythique a été libéré, menaçant toute la région et la paix précaire qui y maintient l’équilibre.

Auteur(s) Michael Moreci, Tim Daniel, Colin Lorimer
Nombre de pages 208
Langue Français
Dimensions 18 x 26,7 cm
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[size=200]LE SUJET SUR LA V.O.[/size]

La couverture :

… En passant chez mon libraire favoris, j’ai vu cette BD qu’un rapide mais aguerri coup d’œil, m’a incité à a acheter.
En la feuilletant un peu plus attentivement j’ai vu que les scénaristes n’étaient autres que ceux de Roche Limit (Pour en savoir +), dont le premier tome chez Glénat m’avait bien plu.

• Inspecteur des travaux finis

Ensuite ce qui a attiré mon attention, est une bulle de dialogue d’un des personnages :

“Un ancien sergent de la Marine” peut-on lire.

Plutôt rompu aux arcanes du divertissement de masse, je me suis dit que c’était plutôt rare de mettre en avant un marin (militaire) dans une bande dessinée. Surtout que le peu que j’en avais vu, aller mettre en scène des durs-à-cuire au Moyen-Orient. Qui plus est dans la Marine française, il n’y a pas de sergent, on parle de second-maître.
En bas de la même page une case a fini de me convaincre de jeter un œil sur cette page en V.O. :

“T’es plu mon capitaine, Kendrick”. En effet il est impossible d’être à la fois sergent et capitaine, qui sont deux grades différents de l’armée.

À partir de là je me suis dit que le marin en question était très certainement un “marine” (ce que je soupçonnais d’emblée eu égard aux stéréotypes de la culture de masse) et que le terme traduit en français par “capitaine” devait être l’équivalent du terme “commandant”, non pas le grade mais celui qui commande (quel que soit son grade).
Et effectivement Kendrick, le personnage de la BD est un Staff Sergeant - l’équivalent à peu de chose près de sergent-chef en **France **- du corps des Marines. Car la Marine, aux U.S.A, s’appelle la “Navy”.


Et le terme traduit dans l’histoire par “capitaine” est “C.O” c’est-à-dire, vraisemblablement “commissioned officer” autrement dit une fonction et pas un grade.
Dans l’armée, en France, commandant est autant un grade qu’une fonction. Ainsi peut-on être sergent-chef et être celui qui commande une petite unité (de l’ordre du “groupe”), mais on peut aussi être du grade de capitaine et commander une “compagnie”. Et si dans le football par exemple capitaine est une fonction, ce n’est pas le cas dans l’armée.

Dana Atkinson, la jeune femme, aurait dû dire : “t’es plus mon commandant”, même si ce n’est pas très utilisé comme cela. On dit plutôt “T’es plus mon supérieur”.

Ça ne gêne pas la compréhension, mais quiconque s’y connait un peu se demandera si le reste de la traduction est aussi approximatif. Mais, comme je le dis souvent il est assez facile (plus facile en tout cas) de se pointer une fois le boulot terminé et de ramener sa science comme je le fais ici. Néanmoins je suis sûr qu’une relecture sérieuse aurait pu alerter n’importe qui. Ne serait que sur l’appartenance à la Marine et la confusion au niveau des grades, même sans avoir la V.O sous les yeux. Et j’en parle en connaissance de cause.

Cela étant dit cette BD s’annonce pas mal du tout.
En voilà quelques pages :

Tu n’as pas à t’excuser de pointer du doigts des erreurs présentes dans un livre que tu as acheté !
Tu travaillerais dans cette boite, tu arrives à la fin sans avoir fait aucune des surveillances intermédiaires, ouais, cela ferait inspecteur des travaux finis. Mais dans le cas présent, non !

Donc, tout ça pour dire que ta remarque est légitime (et que la médiocratie est vraiment la politique du moment)

Oui elle est légitime, c’est d’ailleurs pour ça que je me permets d’en parler. Cela dit, et ce n’est pas une manière de m’excuser, il est toujours plus facile de pointer du doigt les erreurs que de se confronter au travail qui les a permises.
D’autant plus qu’elles échapperont sûrement à 99% des lecteurs, et qu’elles ne gênent pas non plus la compréhension de ce qui se déroule.

Ce qui a surtout motivé ma réaction vient de ce que finalement, ces deux approximations auraient pu être facilement évitées ; elles ne relèvent pas d’une difficulté de traduction comme on peut parfois en rencontrer.
Je crois qu’ici c’est plutôt de l’ordre de la “faute d’étourderie” comme on dit.

Ceci dit j’apprécie ton soutient. :wink:

Le vrai problème derrière ceci n’est-il pas de ne pas avoir des spécialistes dans les rangs d’armée dans les traducteurs / relecteurs ? Ca m’a l’air assez pointilleux même si apparemment juste (je fais entièrement confiance aux dires d’Artie, mais comme je n’y connais rien…). Bon vu que c’est ma chérie qui critique cette oeuvre, j’y jetterai un œil.

Ben traduire, c’est aussi consulter de la documentation si le domaine qu’on aborde ne nous est pas connu.

Oui, enfin pas si pointu (en tout cas pas pointilleux) que ça.
J’ai déduit ce dont je parle (la Marine et l’erreur avec “capitaine”) sans même avoir la V.O sous les yeux. Pas besoin de sortie de Saint-Cyr comme on dit (justement). :wink:

Ouais, ça a l’air pas mal du tout. En tout cas la couverture et les dessins m’ont accrochés.

…. On ne peut pas ne pas penser à la société Blackwater, ce qu’on appelle aujourd’hui une société militaire privée autrement dit des mercenaires*, en lisant Burning Fields. L’idée de Michael Moreci & Tim Daniel est de greffer un whodunit sur l’arrière-plan géopolitique qu’une entreprise telle que ou disons plutôt équivalente à Blackwater ne manquera pas de produire dans un pays comme l’Irak (comme on a pu s’en rendre compte il y a quelques années).
En effet un tueur en série sévit à Kirkouk, et une enquêtrice est diligentée sur place.

La bonne nouvelle, c’est que rien ne va se passer comme on s’y attend.


[size=85]Une couverture alternative de Riley Rossmo[/size]

…. Outre un excellent scénario, étayé qui plus est par les solides fondations d’une histoire complète (et ce que permet ce genre de format au contraire d’une série à suivre), Burning Fields bénéficie de Colin Lorimer aux dessins. Et l’artiste n’est pas manchot. Si j’ai beaucoup aimé sa façon de dessiner, c’est son storytelling qui m’a le plus estomaqué. Efficace, très lisible - d’autant qu’une grande partie du récit se déroule de nuit ou dans des endroits sombres- son découpage s’adapte avec souplesse aux informations qui nous sont communiquées. Le résultat se traduit par un rythme de lecture ajusté au récit. Et d’une ergonomie très agréable.
Joanna Lafuente n’est pas pour rien non plus dans le plaisir que j’ai pris à lire ce recueil. Ses choix de colorisation sont en parfaite adéquation avec la tonalité du scénario. Aucun faux pas, ce qui n’était pas couru d’avance compte tenu des impératifs d’ambiance et des principaux lieux où se déroule l’intrigue ne laissant finalement pas beaucoup de marge.

Une fort jolie astuce, que je vois d’ailleurs pour la première fois, probablement due au lettreur Jim Campbell, se propose de signaler les phylactères en langues étrangères de manière très intuitive :

Ou ceux où les protagonistes parlent à voix basse en jouant sur l’intensité du lettrage :

http://ahp.li/1bf690e514ff0eab229a.jpg

Dans les deux exemples proposés on peut aussi remarquer le travail sur le placement des bulles, un aspect bien trop souvent négligé de mon point de vue, et pourtant essentiel.

…. **[size=150]V[/size]**ous l’aurez compris, lire Burning Fields a été l’occasion de passer un excellent moment.
J’avais déjà eu un avant-goût du talent des deux scénaristes en lisant Roche Limit (Pour en savoir +), et ce deuxième essai brillamment transformé, m’encline à devoir dès à présent suivre de près leur travail. Tout comme celui du dessinateur Colin Lorimer.
En plus des 8 numéros publiés aux U.S.A. par l’éditeur Boom Studios!, compilés ici, Ankama propose quelques couvertures dites « alternatives », notamment celles de Riley Rossmo (qui valent d’être vues). Et je n’oublie ni le travail de Lafuente, ni celui de Campbell.


  • Le traducteur opte d’utiliser « milice » pour traduire « private military company » (PMC) alors que justement mercenaires aurait bien mieux fait l’affaire.
    Au sujet de la traduction il y a aussi un « culte » qui aurait je trouve, bénéficié d’être remplacé par « secte ».

Quand on travaille pour Makma, la relecture ne peut pas être une raison … pas après tout ce que le patron a pu dire sur les traductions de Panini (il me l’a dit en live, il me l’a dit par écrit et un interview et il a dû le dire à tout le monde qui passait par là !

Y a rien de perso vis à vis de Makma, je connais quelques gars qui bossent là-bas et Ed a toujours été sympa avec moi. Cependant, comme Artie, je reste objectif et quand tu dis que tu peux faire mieux, tu fais mieux ! (c’est à dire pas de boulettes de genre, certes techniques, mais pas de boulettes. Les adaptations, choix de voix, de vocabulaire, c’est autre chose, ce ne sont pas des boulettes … enfin, pour moi)

Cependant, visiblement, quand tu industrialises ton process, bah c’est plus compliqué de tout vérifier … ce que je comprends aisément ! Dans ce cas, faut aussi mettre les relectures qui vont bien …

Comme je l’ai dit, mes remarques sur “culte” et “milice” ne gênent pas la lecture, je dirais même que peu de lecteurs - comme les termes “Marine” et “capitaine” relevés dans mon commentaire précédent - vont y prêter attention.

Seulement un “culte” et une “secte” ce n’est pas la même chose (surtout) dans le contexte de cette BD.
Idem pour le mot “milice” qui au Moyen-Orient justement, à une histoire. Mais de toute façon, une milice et une société militaire privée sont deux choses bien différentes.

Cela dit j’ai l’impression que la “justesse” si je puis dire du vocabulaire est une notion en perte de vitesse. (Et quand je dis ça je ne pense pas à la traduction de Burning Fields en particulier).
Tout au plus, cette précision, cette “justesse”, peut-elle apparaître comme une sorte d’exotisme un peu pédant pour une époque où on nous dit que la langue (française) est vivante, à grand renfort de globish.
Ce qu’oublient les thuriféraires d’une langue vivante (sous-entendu qui “évolue”) c’est qu’il faut (au moins) en maîtriser les usages avant de vouloir la changer.

Bref, tout ça pour dire que je pense que l’écrit, même dans un artéfact de la consommation de masse, est susceptible de faire jurisprudence pour pas mal de monde, et qu’à ce titre on a besoin de se reposer sur un travail auquel on a apporté le plus grand soin. (Surtout si on vend ce travail). :wink:

Attention, je ne faisais aucun reproche à Artie, bien au contraire, je posais juste une question.

Mais du coup Artie, retrouve tu le même genre d’erreurs sur des bd thriller/policier traduites actuellement ?

[quote=“Blackiruah”]…]

Mais du coup Artie, retrouve tu le même genre d’erreurs sur des bd thriller/policier traduites actuellement ?[/quote]

Je ne suis pas sûr de comprendre ta question, comment ça “actuellement” ?

En outre c’est souvent, comme ici un concours de circonstances ; je lis quelque chose en français, qui me paraît “bizarre” (la Marine, l’histoire des grades, l’utilisation du mot culte, ou encore le terme milice) et à partir de là - si je peux - je regarde la V.O et j’en tire certaines conclusions. Mais jamais je ne prends deux versions (La VF et la VO) pour les comparer.

Mon commentaire™© ici n’a pas d’autre but que d’attirer l’attention sur la difficulté de traduire, et le cas échéant de proposer une alternative (qui ne se révélera pas forcément mieux ou même juste). :wink:

Ça reste un éclairage intéressant, dont je me poserai la question les prochaines fois.

C’est quand même des fautes de débutant, ça (“marine”, “cult”).
Ça me fait penser aux nombreux “Monsieur Warden” dans les séries télé dès qu’un directeur de prison apparaît, ou à la confusion entre “physician” et “physicist”, ainsi qu’à la traduction de “nitrogen” par “nitrogène” et non “azote”, autant de fautes qui auraient été évitées si on avait été un peu attentif en cours d’anglais au collège.
Ça témoigne d’une étourderie un brin lourde, tout de même.

Après, deux choses m’intriguent (et je vais voir si je peux remonter un peu la piste…).
Les crédits cités plus haut donnent Run comme “adaptateur”. Connaissant les manies interventionnistes des responsables chez Ankama, j’ai comme la vague impression que quelqu’un a eu la main lourde sur le matériau fourni (la traduction de Benjamin Viette). J’accuse peut-être à tort, mais ça ressemble un peu aux interventions intempestives des inspecteurs des travaux finis que j’avais évoquées à mi-mots dans la discussion sur la traduction.
D’autre part, et là c’est clairement l’éditeur que je vise, le lettrage est pourri. Tout est passé en italique (on se demande bien pourquoi), les gras marquant les mots sur lesquels l’accent est mis ont disparu, et les dialogues n’ont plus un statut différent des récitatifs de temps et de lieu. Bref, un nivellement par le bas typique de la BD franco-belge et du peu de cas que les adaptateurs en français font de cet outil narratif qu’est le lettrage.

Pour ma part, ça fait une raison supplémentaire (s’ajoutant à une longue liste) de ne pas prendre le bouquin dans sa version française.

Jim

[quote]C’est quand même des fautes de débutant, ça (“marine”, “cult”).
Ça me fait penser aux nombreux “Monsieur Warden” dans les séries télé dès qu’un directeur de prison apparaît, ou à la confusion entre “physician” et “physicist”, ainsi qu’à la traduction de “nitrogen” par “nitrogène” et non “azote”, autant de fautes qui auraient été évitées si on avait été un peu attentif en cours d’anglais au collège.
Ça témoigne d’une étourderie un brin lourde, tout de même.[/quote]

Hier soir, en lisant le Marvel Universe H.S. qui compile les premiers épisodes de de la nouvelle série Captain Marvel, je suis tombé à deux reprises sur un “Ensign”…“Ensign, votre timing est parfait”, “j’imagine que vous avez raison, ensign”…
Je n’y connais rien en jargon militaire, mais je sais qu’on peut traduire “ensign” par sous-officier, on peut aussi parler d’“enseigne de vaisseau”. Là, ça donne l’impression que c’est le nom du personnage… :unamused:

On retrouve aussi un gars de Makma à la trad’…

[quote=“Le Doc”]

[quote]C’est quand même des fautes de débutant, ça (“marine”, “cult”).
Ça me fait penser aux nombreux “Monsieur Warden” dans les séries télé dès qu’un directeur de prison apparaît, ou à la confusion entre “physician” et “physicist”, ainsi qu’à la traduction de “nitrogen” par “nitrogène” et non “azote”, autant de fautes qui auraient été évitées si on avait été un peu attentif en cours d’anglais au collège.
Ça témoigne d’une étourderie un brin lourde, tout de même.[/quote]

Hier soir, en lisant le Marvel Universe H.S. qui compile les premiers épisodes de de la nouvelle série Captain Marvel, je suis tombé à deux reprises sur un “Ensign”…“Ensign, votre timing est parfait”, “j’imagine que vous avez raison, ensign”…
Je n’y connais rien en jargon militaire, mais je sais qu’on peut traduire “ensign” par sous-officier, on peut aussi parler d’“enseigne de vaisseau”. Là, ça donne l’impression que c’est le nom du personnage… :unamused:

On retrouve aussi un gars de Makma à la trad’…[/quote]

Ne connaissant pas la BD, je joue l’avocat du diable en signalant que “Ensign” est effectivement un nom de famille attesté. Cela dit, je reconnais que cela a un parfum d’erreur, effectivement…

Jim

Si j’ai fait la remarque, c’est parce que le nom de famille du personnage est Garcia… :wink:

Dans les séries télé avec l’armée en toile de fond (style, celle sur les avocats de l’armée américaine), ils disent Enseigne, non ?

Je n’ai jamais regardé une de ces séries mais j’ai déjà entendu ce terme à plusieurs reprises, oui…

La critique par Equinoxe est disponible sur le site!

Lire la critique sur Comics Sanctuary