CARNIVORES t.1-2 (Jean Wacquet / Éric Hérenguel)

Discutez de Carnivores

Le diptyque Carnivores fait partie de ces titres franco-belges qui ont permis d’asseoir Zenda, bientôt simple label dans le giron de Glénat, en tant que collection à part entière, au-delà des excellentes adaptations de comics (Watchmen, Dark Knight, Ronin, Marshall Law…) à la fin des années 1990. Une nouvelle générations d’auteurs a surgi alors, proposant un ton plus musclé, plus rock ‘n’ roll, influencé par la bande dessinée et le cinéma américains. Stan, Vince, Gess, mais aussi Hérenguel…

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Le récit en deux tomes est écrit par Jean Wacquet, alors libraire spécialisé en comics (Dangereuses Visions, à Lille) et illustré par Éric Hérenguel. Les deux jeunes lillois font alors leurs débuts professionnels, et chacun connaîtra une carrière assez réussie, le premier en tant que responsable éditorial et le second en tant qu’auteur complet. Le premier tome paraît en mars 1991, sous une maquette très proche de celle qui a été utilisée pour les comics, tandis que sa suite arrive en février 1992, sous une maquette qui évoque cette fois-ci celle des éditions Delcourt, notamment la collection “terres de légendes” (ce qui n’est pas idiot tant la tonalité de Delcourt à l’époque peut séduire les lecteurs de comics). Signe que l’éditeur évolue, s’éloigne de son créneau de base (et témoignage des tractations qui verront le label intégrer la galaxie Glénat ? Sais pas trop, faudrait voir les dates…).

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Le récit implique Terry, le fils d’un savant ayant travaillé sur une drogue amplifiant les pouvoirs mentaux, notamment télékinésiques. Il est traqué par Jason Blake, un ancien agent ayant servi de cobaye au projet gouvernemental et désireux d’accroître ses capacités. Mais Terry, quant à lui, a hérité des capacités similaires parce que son père a été exposé aux produits : Terry est un mutant. Le premier tome se concentre sur le duel (mis en couverture) entre le jeune homme et l’agent de terrain, tandis que le second voit un troisième intervenant lutter contre l’entité maléfique constitués des deux premiers et désormais hors de contrôle.

L’action est rapide, les deux tomes se relisent en une heure. Les emprunts, dans le premier, sont sans doute un peu trop visibles et n’ont pas l’élégance d’être finement grimés, de sorte que ça saute aux yeux : un décor piqué à Blade Runner, des pouvoirs mentaux et des transformations physiques qui évoquent immanquablement Akira (alors all the rage à l’époque), et jusqu’à une scène (celle des cordes à linge) directement empruntée à la BD Predator (d’ailleurs elle-même traduite chez Zenda), ça fait un peu beaucoup.

Le second tome est mieux construit, plus dense, et plus personnel. Les idées lorgnent plus vers du Moebius ou du Jodorowsky, et d’ailleurs l’encrage d’Hérenguel semble lorgner vers ces références, appuyant ainsi la parenté. De nouveaux personnages apparaissent (trop, peut-être ?) et disparaissent vite faute de temps pour se développer. Mais l’ensemble prend de l’ampleur. Rajoutons à cela une parodie de président, qui pointe directement en direction de Ronald Reagan mais qui, pour peu qu’on relise aujourd’hui, pourrait également servir de pastiche à Donald Trump.

Ça explose de partout, c’est musclé, c’est parfois assez drôle, souvent premier degré, mais très agréable. Du pop-corn. Hérenguel signe des planches structurée et dense, où la narration semble un souci constant. Son style est plus régulier que sur Edward John Trelawnay, qui sera pourtant réalisé plus tard. Il signe avec Carnivores une première prestation prometteuse, annonce d’une jolie carrière.

Jim